Les vaches et le sourire de retour à Ecleux
Le repeuplement des élevages jurassiens touchés par la DNC débute. Trois mois après l’abattage des troupeaux, le silence a laissé place au bruit des bétaillères et au meuglement des vaches. Le 20 janvier, 49 vaches ont rejoint l’exploitation de Florent Eplenier, première étape d’un redémarrage attendu.
Depuis le début de la semaine, les bétaillères s’arrêtent dans la cour des trois fermes d’Ecleux, dans le Jura. Les portes s’ouvrent et laissent descendre des vaches. Ce mardi 20 janvier, c’est Florent Eplenier qui a reçu son nouveau troupeau de 49 vaches laitières. Les bêtes descendent calmement des camions pour rejoindre les bâtiments. Autour de l’éleveur, les sourires sont visibles, le soulagement est palpable. Fin octobre, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) frappait les élevages d’Ecleux et de Chamblay, conduisant à l’euthanasie de 352 bovins appartenant à quatre élevages. Représentants de l’Etat, de la Chambre d’agriculture, du GDS et élus locaux étaient présents pour accompagner des décisions sanitaires lourdes, dans une atmosphère pesante. Ce mardi de janvier marque donc, pour les éleveurs touchés, le début d’un nouveau chapitre. Pour Florent Eplenier, ce retour des vaches met fin à près de trois mois d’attente et d’angoisse. Touché par trois foyers successifs, l’éleveur a vu 50 vaches laitières et des génisses euthanasiées à l’automne. Les animaux euthanasiés ont fait l’objet d’une indemnisation moyenne de 2 500 € par vache, calculée à partir de leur valeur génétique établie le jour de l’abattage. La solidarité des habitants du village a aussi permis, à travers l’organisation de cagnotte en ligne et de soirée de soutien, de verser 8 500 € d’aide à chaque éleveur touché. Les compensations liées à la perte de production et une aide régionale de 300 € par animal sont encore attendues.
« Pas de regrets »
« Pour me préserver, je n’ai pas souhaité assister au dépeuplement. La première semaine, j’avais même du mal à entrer dans le bâtiment silencieux. Nous avons été indemnisés pour la perte des vaches mais le préjudice moral, lui, n’a pas de prix », réagit Florent Eplenier. « Mais je n’ai pas de regrets : il fallait protéger les autres élevages. Et surtout, j’ai réussi à garder la santé. » Avant la crise, son troupeau lui permettait de produire près de 295 000 litres de lait par an. Après l’abattage, il ne lui restait plus qu’une trentaine d’animaux : 26 génisses et quatre vaches taries. Durant les trois mois qui ont suivi, l’éleveur n’a pas chômé. Il a multiplié les réunions administratives, nettoyé et désinfecté l’ensemble des bâtiments et des installations, et avancé sur des travaux laissés de côté jusque-là même si, avoue-t-il, « je n’ai pas eu le temps de tout effectuer, il reste toujours des bricoles à faire ». Ce 20 janvier, deux bétaillères ont acheminé les 49 Montbéliardes destinées à reconstituer le troupeau : 36 animaux sont arrivés à 13 heures, les autres en milieu d’après-midi. « Il y a du gabarit, de la mamelle, elles sont saines. Ce sont de très belles vaches, de qualité. Je remercie les éleveurs qui me les ont proposées, ils ont fait preuve d’une grande solidarité. » À la descente des camions, les animaux se sont intégrés sans difficulté, malgré leurs origines multiples. « Je craignais un peu qu’elles ne s’entendent pas, mais tout s’est bien passé. Elles ont l’air calme, ce soir la première traite devrait bien se passer. » Toutes les vaches ont déjà un nom attribué dans leur élevage d’origine. Florent Eplenier doit maintenant s’habituer à ce nouveau troupeau et retenir l’ensemble de ces noms.
Préselection par Eva Jura
La reconstitution des troupeaux a été coordonnée par Eva Jura, dont les techniciens ont présélectionné les animaux afin qu’ils correspondent aux pratiques des élevages d’accueil. Les éleveurs sont ensuite allés voir ces bêtes pour choisir celles qui composeront leur nouveau troupeau. « La crise est terminée pour les éleveurs concernés, mais ses conséquences se poursuivent, notamment pour les structures touchées par les interdictions d’exportation comme Eva Jura. » La coopérative continuera d’accompagner les éleveurs durant les premiers jours, afin de faciliter l’adaptation des animaux à leur nouvel environnement. Christophe Buchet, président de la Chambre d’agriculture du Jura, voit dans ce retour des vaches « le bout du tunnel », tout en appelant à la prudence. Pour le préfet Pierre-Edouard Colliex, « voir revenir les vaches après des mesures aussi radicales est un signe de résilience et de fierté collective. Les indemnisations rapides ont permis ce repeuplement. Nous travaillons également avec la profession pour accompagner les entreprises impactées par la crise. » Le représentant de l’Etat a aussi rappelé que le Jura était désormais classé en zone vaccinale : « Les bêtes vaccinées ont plus de liberté de circulation mais il reste des restrictions ». L’enquête épidémiologique n’a toujours pas permis de déterminer l’origine de la maladie dans le Jura. « Nous continuons les recherches pour identifier ce vecteur. Nous serons transparents et vous ferons part des avancées sans rien cacher. »