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Emploi féminin en agriculture

«Les filles sont plus patientes et plus attentives»

A l'EARL de Satinges, au nord de Varennes-Vauzelles, Alain Troux est un chef d'exploitation tombé sous le charme des femmes. Sa compagne, Elodie Pesson, s'installera avec lui en tant qu 'associée d'ici la mi-2013. Surtout, après de multiples recrutements de stagiaires masculins et féminins, il a décidé de faire confiance, en septembre 2011, à une jeune salariée qui était son apprentie depuis deux ans.
Par E.C
«Les filles sont plus patientes et plus attentives»
Alain Troux et sa compagne, future associée (à gauche), ont trouvé chez Cécilia Huicq (à droite) toutes les qualités d'endurance et d'implication nécessaires à une exploitation de polyculture-élevage mixte.
Ces deux-là se sont trouvés. Depuis l'automne dernier, Cécilia Huicq, 21 ans, est salariée en CDI à temps plein de l'EARL de Satinges, une exploitation de polyculture-élevage mixte qui associe un troupeau
de 60 vaches laitières Prim'Holstein à 45 mères charolaises et 227 hectares de céréales (blé, orge, triticale, colza) vendues en grande partie au groupe Soufflet. Alain Troux, 30 ans, président cantonal des JA, et sa compagne et future associée, Elodie Pesson, n'ont pas hésité à faire confiance à la demoiselle pour les taches de la traite, de l'alimentation et du nettoyage des bovins, chose relativement exceptionnelle dans le milieu agricole nivernais. Cécilia avait quelques atouts, il est vrai, à commencer par le fait que son patron l'avait prise en apprentissage depuis deux ans. [I]«J'ai pu la former, lui apprendre les méthodes que je veux employer dans ma ferme, la perfectionner»[i] témoigne Alain Troux. Après une telle période de tuilage, la jeune femme, son Bac pro passé à Challuy en poche, a su convaincre l'agriculteur de rester sur la ferme. Elle a su se rendre indispensable à la bonne marche de l'exploitation, et cela [I]«dans un cadre relationnel fait de franchise et d'efficacité  bien comprises»[i] selon le maître des lieux.
[INTER]Huit stagiaires avant Cécilia[inter]
Ce n'était pas gagné d'avance. Hyper-actif et voué à la performance de son exploitation, Alain Troux, qui outre ses élevages et ses céréales, développe une activité de travaux agricoles et de location de matériel, avait ses exigences. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'avant de trouver sa [I]«perle rare»[i], il a [I]«usé»[i] à ce poste sept stagiaires -dont quatre garçons- avant Cécilia. Depuis son installation en 2007, il a connu des jeunes et des moins jeunes qui ne lui ont pas donné satisfaction, les moins endurants finissant par afficher des retards de plus en plus importants, le matin, vers 7 heures, quand la première traite de la journée doit commencer. Sa jeune recrue, elle, a démontré ses qualités de [I]«résistance physique, quand il s'agit de manipuler des pots de lait de 25 kilos, et d'endurance par rapport au rythme de travail»[i]. Frêle et toute menue mais [I]«costaud»[i] selon son patron, Cécilia [I]«prend plaisir à venir travailler»[i] de 7h à midi et de 17h à 19h. Elle habite à Balleray, à 20 minutes de là, et explique sa motivation par le fait qu'elle [I]«aime les animaux depuis toute petite, même si (ses) parents n'étaient pas agriculteurs»[i]. Et puis avant sa formation à Challuy, le petit bout de femme avait déjà pu s'initier aux travaux de la ferme chez trois agriculteurs: [I]«des stages et une expérience qui m'ont dégourdie et qui m'ont forgé le tempérament»[i] dit-elle. Cela va sans dire: [I]«elle est traitée comme n'importe quel autre salarié et le fait qu'elle soit une femme n'est pas un frein»[i] souligne Elodie, la compagne d'Alain. C'est même un atout. Le couple a pu vérifier que [I]«les filles sont plus patientes, plus attentives, et plus consciencieuses quand les garçons, eux, sont plus attirés par les Charolaises et les tracteurs»[i]. Cécilia nourrit le rêve de s'installer [I]«mais pas avec des charolaises car il faudrait que je trouve à me marier»[i]. Et prendre des responsabilités. Certes, elle [I]«ne va pas dans les champs sur le tracteur et se concentre sur les animaux»[i] mais, malgré un projet de création d'une pension pour chevaux avec sa meilleure amie du côté de Prémery, elle n'envisage à aucun moment de quitter son emploi salarié à l'EARL de Satinges. Où elle s'investit et s'épanouit pleinement. Tout au bonheur de ses patrons.