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Bourgogne Franche-Comté

Les atouts et les enjeux d’une grande région agricole

Les organisations professionnelles agricoles de Bourgogne et de Franche-Comté se sont données rendez-vous, le 18 septembre aux Salines d’Arc et Senans. Exposés, tables-rondes et échanges ont permis de mesurer combien l’agriculture, la forêt et les filières seront des composantes incontournables pour l’économie de la grande région
Par Anne-Marie Klein
Les atouts et les enjeux d’une grande région agricole
Ils étaient nombreux, membres des OPA agricoles des huit départements de Bourgogne et de Franche-Comté à participer à la grande convention agricole organisée par les organisations professionnelles de Bourgogne Franche-Comté, le 18 septembre aux Salines d’Arc-et-Senans, dans le Doubs, pour «préparer l’avenir», comme l’indiquait Michel Renevier, président de la Chambre d’agriculture de Franche-comté en les accueillant. Cette convention marque une étape dans un processus de fusion qui va voir au 1er janvier 2016 la naissance d’une grande région agricole, la Bourgogne Franche-Comté. C’est une page qui se tourne et une réflexion d’ensemble qui se poursuit, nourrie par la diversité et la complémentarité des territoires agricoles et des productions des deux régions. Cela suppose de bien connaître l’existant et d’anticiper «ce qui est en marche». Cela suppose aussi de replacer l’avenir de la grande région dans le contexte plus large de la société et de l’économie mondiale et de l’apprécier à l’aune d’un monde dont l’appétit grandit et qui excite les convoitises.
Répondre à tous les besoins du monde
Invité comme  grand témoin, Jean-Paul Delevoye, président du Cese (Conseil économique social et environnemental) national, n’a pas manqué de relever «la pertinence du choix des tables rondes avec les mutations en cours». La valeur ajoutée, les savoir-faire, l’esprit d’entreprise, l’innovation... assurent de nouvelles perspectives d’avenir ici comme ailleurs, aujourd’hui comme demain. La nouvelle histoire de la Bourgogne Franche-Comté, s’écrit en référence au passé certes, mais suppose aussi de se confronter à la nouveauté, de quitter sa «zone de confort» comme l’explique Jean-Paul Delevoye. Le concept de crise est dépassé, nous vivons plutôt une «métamorphose». Il va falloir apprendre à vivre, à construire et à évoluer dans un monde incertain, paradoxal où l’on avance «entre inquiétude et espérance». D’un côté on construit des murs aussi inutiles qu’illusoires, de l’autre la société numérique et l’internet se rient des frontières, des barrières et laisse le champ libre à toutes les initiatives, individuelles ou collectives, à toutes les manipulations aussi.
Nous vivons «une troisième révolution», insiste le président du Cese national, celle de la révolution numérique, de la toute puissance des algorithmes, celle de tous les dangers aussi, puisque l’on peut se demander si l’on ne s’achemine pas vers une société où le travail sera confisqué par les machines. Et face à cela, l’agriculture possède de puissants atouts, elle puise sa force dans son histoire, ses valeurs. «Le milieu agricole porte historiquement et naturellement des valeurs fortes, personnelles, humaines, il a conscience de la fragilité de l’être humain et de la nature». Il peut donc «s’appuyer sur le caractère identitaire de la production agricole» en ayant l’ambition de répondre à «tous les besoins du monde».
Jean-Paul Delevoye «n’a aucun doute sur l’avenir de l’agriculture», mais il considère que «personne ne peut garantir l’avenir de tous les agriculteurs». L’avenir dépendra de leur capacité «à mettre à bas les stéréotypes, les discours convenus», à éviter aussi «le repli identitaire», «à réapprendre la culture de la nature», à passer de l’exploitation à la coopération «en optimisant les potentiels de la nature et du vivant». «Le monde de demain passe par la réflexion collective et la collaboration» indique-t-il en réponse à une question, tout comme la conquête d’un marché ou de la valeur ajoutée passe désormais par les services et les valeurs qui sont associés au produit.
Libérer les énergies
Dans sa conclusion aux débats qui suivront, Frédéric Perrot, de la FRSEA Franche-Comté ne dira pas autre chose en engageant «à ne pas mettre sous cloche une agriculture forcément en mouvement», une agriculture qui s’inscrit dans «une Europe de projets, pas une Europe de dogmatismes». L’agriculture régionale sera forcément collaborative entre les différents partenaires, les OPA, il s’agira d’être «tous ensemble demain pour être encore mieux entendus». Et il s’agira aussi, comme le martèle Francis Letellier, président de la FRSEA Bourgogne, «de reconnaître le rôle stratégique de l’agriculture régionale, dans sa diversité et sa richesse, de libérer les énergies pour des exploitations productives, avec des investissements de modernisation à mener à bien dans les filières de l’amont à l’aval». La vision partagée de l’avenir de l’agriculture de Bourgogne Franche-Comté est bien là et «l’agriculture régionale a de beaux jours devant elle car elle est indissociable de l’identité de nos territoires, de leur attractivité et de leur performance économique».
L’alternative est posée par Christian Decerle, président de la Chambre régionale d’agriculture de Bourgogne : «grandir ou rabougrir». On ne peut pas se contenter «d’opposer une agriculture productiviste à une agriculture vertueuse». La réalité est plus complexe, les enjeux vont bien au-delà d’un cadre national par trop étriqué. «Il n’y a pas de situation désespérée, seulement des hommes abattus» constate-t-il. Il faut que cette société prenne bien en considération «le poids économique de l’agriculture, de l’amont à l’aval, en termes d’emplois, de valeur dégagée». Il faut aussi que la société prenne conscience «que le paysan a autant besoin de considération que de revenu». Enfin, «il faut se mettre en ordre de bataille pour se réconcilier avec la société, reconquérir la sympathie des consommateurs, construire des passerelles avec les leaders d’opinion, créer des liens solides avec d’autres milieux économiques, car nous avons besoin des autres forces vives de la société». Et quand on constate que les deux agricultures associées placent la grande région au premier rang des nouvelles régions pour la part du secteur agro-sylvicole dans la valeur ajoutée régionale, on mesure encore mieux le formidable potentiel de développement d’un secteur moteur dans une économie régionale qui puise une grande partie sa richesse dans la ruralité.