Emplois d'avenir
Le secteur agricole recrute aussi
Le ministre du Travail et de l'emploi, Michel Sapin, était venu le 12 novembre dernier à Château-Chinon signer les premiers Emplois d'avenir en milieu rural, du nom du dispositif symbole de la lutte contre le chômage des jeunes initiée par le Président de la République après son élection. Malgré un démarrage un peu poussif, la Nièvre fait figure de bonne élève dans la montée en puissance de ces contrats aidés ouverts aux 16-25 ans pas ou peu diplômés. 218 emplois d'avenir ont été signés depuis 7 mois dans la Nièvre, dont 60 dans le secteur marchand. L'agriculture s'y colle aussi.
Maëva Girard, 22 ans, était inscrite à Pôle emploi depuis 2009. A part une expérience dans le maraîchage aux Jardins de Marigny, à Sauvigny-les-Bois, elle n'avait pas encore réussi à trouver d'employeur prêt à lui donner durablement sa chance dans la Nièvre. Depuis le 25 mars dernier, elle est enfin engagée comme salariée, en CDI à temps plein, chez Nadine et Jean-Paul Loisy, à la Fromagerie du Val d'Osseux à Rouy. Et affiche, comme ses nouveaux patrons, un large sourire à l'idée de pouvoir vivre désormais sa vie d'adulte en étant intégrée socialement et en faisant des projets d'avenir personnels et familiaux. Et telle est bien là la priorité donnée par le gouvernement depuis sa prise de pouvoir en juin 2012: permettre aux jeunes, plus touchés que d'autres par le chômage, d'en finir avec la précarité et les galères de longue durée. A côté de dispositifs comme les Contrats de génération, le gouvernement a donc imaginé les Emplois d'avenir à leur intention. Michel Sapin, le ministre du Travail et de l'emploi, était même venu lancer officiellement le dispositif dans le monde rural, le 12 novembre dernier, à Château-Chinon. Depuis, nombreuses sont les collectivités locales nivernaises ainsi que les associations à avoir joué le jeu, en embauchant des jeunes grâce à ces contrats aidés et, après un élargissement au secteur marchand décidé en février dernier par le préfet de région, quelques entreprises privées, y compris agricoles, s'y sont ajoutées. Au total, la Nièvre compte 218 Emplois d'avenir, avec un objectif de 471 contrats signés d'ici le 31 décembre prochain. Avec un taux de réalisation de 46% début juin, le département se classe parmi les bons élèves de Bourgogne (39,2%) et de France (29%). La Nièvre dispose d'une enveloppe budgétaire de 11,4 millions d'euros sur deux ans (objectif de 700 contrats).
«Valoriser sa formation sans renoncer à ses rêves»
A la moitié de l'année, Michèle Kirry, la préfète de la Nièvre, a souhaité redire toute l'attention portée par les Pouvoirs Publics à la lutte contre le chômage des jeunes et relancer la montée en puissance du dispositif. Et c'est donc au Val d'Osseux qu'elle a voulu vérifier, en face-à-face, que Maëva d'une part et les Loisy de l'autre étaient des «gens heureux». Maëva, qui est née dans la Nièvre et vit à 6 km de Rouy, avait du mal à s'insérer professionnellement. Elle ne manque pourtant pas de formations puisqu'elle est titulaire d'un BEPA et d'un BAC Pro agricoles en «filière canins et félins» qu'elle avait obtenus en Auvergne. «J'ai fini par comprendre que dans ma branche, que j'ai choisie par passion des chiens, il n'y a pas de travail dans le département. Et c'est dur de se résoudre à changer de voie, à 20 ans, car comment valoriser sa formation sans renoncer à ses rêves?» s'est-elle demandée dans sa longue quête d'intégration. Si la jeune femme a un temps touché au maraîchage, «c'est parce que j'aime travailler dehors, en plein air» et c'est l'argument qu'elle a mis en avant pour contacter de nombreuses fermes depuis quatre ans. Y compris une première fois chez Nadine et Jean-Paul Loisy en 2009. Si aucun poste n'était libre, le couple d'éleveurs a tout de même gardé le CV de la jeune femme dans les cartons et, quand l'occasion s'est présentée au début de 2013, l'a ressorti. Les Loisy ont très vite porté leur choix sur Maëva, qu'ils ont rappelée. «Son envie de travailler et son expérience de six mois aux Jardins de Marigny nous ont plu» explique Jean-Paul. Après une période d'essai de 45 jours renouvelable une fois, la jeune salariée et ses patrons devraient donc bientôt concrétiser définitivement leur collaboration.
La question des compétences en agriculture
Maëva s'est intégrée de façon polyvalente dans l'équipe, comme tous les autres employés, que ce soit pour la transformation du lait, les mesures d'acidité, le respect de l'hygiène, la vente à la boutique et bientôt sur les marchés. Seule différence: la jeune femme est accompagnée par un tuteur, un salarié plus ancien, qui la forme et lui fait acquérir de multiples savoir-faire pour la rendre progressivement autonome. Et çà marche! Les sourires se lisent sur les visages des exploitants comme de la salariée et l'osmose semble totale. «Quand on donne leur chance aux jeunes, ils peuvent se montrer motivés» constate sobrement la préfète tout aussi réjouie que ses hôtes par ce «bonheur partagé». Tout comme Maëva, cinq autres Emplois d'avenir ont été signés dans le département depuis 7 mois dans le secteur agricole (source Directte). Beaucoup ont joui d'une dérogation de niveau scolaire puisque à l'origine, les Emplois d'avenir sont ouverts à des moins de 25 ans de niveau VI et Vbis ou de niveau V et IV sans diplôme. Michèle Kirry a pris des dispositions pour assouplir les règles en ce sens «pour des jeunes de niveau IV et III avec diplôme en recherche d'emploi depuis au moins douze mois lors des dix-huit derniers mois». Particulièrement en agriculture, la question des compétences recherchées chez les salariés se mesure au niveau de technicité requis par les exploitants agricoles. «Le secteur agricole regorge d'exploitants qui se diversifient, créent de la valeur ajoutée, optent pour le circuit court et recrutent. Les salariés agricoles font partie de ces métiers en tension. Il est paradoxal que coexistent chômage des jeunes et métiers qui manquent de bras» justifie la préfète de la Nièvre pour mieux se montrer incitative.
Incitation financière:
effet d'aubaine?
Quand on demande à Jean-Paul Loisy si les aides de l'Etat ont été déterminantes dans sa décision de signer un contrat avec Maëva, il répond qu'il était en recherche d'un salarié à la suite du départ de l'un des huit que compte la fromagerie. Et c'est dans un deuxième temps qu'il s'est renseigné sur les aides éventuelles à l'embauche. Une démarche qui a toutes les chances de se pérenniser puisque les employeurs ont accordé un Contrat à durée indéterminée à Maëva. Pourtant, les aides -une subvention équivalente à 35% du Smic dans le secteur marchand- n'ont évidemment qu'une durée limitée, prévue à 36 mois de contrat. Il n'est donc pas difficile d'imaginer que certains exploitants agricoles puissent s'en tenir, au mieux, à des contrats de la durée de la subvention et ainsi bénéficier d'un effet d'aubaine. «Bien sûr mais cela ne me gêne pas, d'abord parce que quand on a un métier à haute technicité, on hésite à embaucher un jeune non diplômé pour lequel on prend un risque et que l'on a l'avantage de former à sa main. Ensuite, l'effet incitatif permet de tendre la main à un jeune dans le besoin. Ce n'est pas parce qu'on a été décrocheur à l'école que la société doit nous condamner... Une société qui ne croit pas en ses jeunes est une société qui se saborde» rétorque Michèle Kirry.
«Valoriser sa formation sans renoncer à ses rêves»
A la moitié de l'année, Michèle Kirry, la préfète de la Nièvre, a souhaité redire toute l'attention portée par les Pouvoirs Publics à la lutte contre le chômage des jeunes et relancer la montée en puissance du dispositif. Et c'est donc au Val d'Osseux qu'elle a voulu vérifier, en face-à-face, que Maëva d'une part et les Loisy de l'autre étaient des «gens heureux». Maëva, qui est née dans la Nièvre et vit à 6 km de Rouy, avait du mal à s'insérer professionnellement. Elle ne manque pourtant pas de formations puisqu'elle est titulaire d'un BEPA et d'un BAC Pro agricoles en «filière canins et félins» qu'elle avait obtenus en Auvergne. «J'ai fini par comprendre que dans ma branche, que j'ai choisie par passion des chiens, il n'y a pas de travail dans le département. Et c'est dur de se résoudre à changer de voie, à 20 ans, car comment valoriser sa formation sans renoncer à ses rêves?» s'est-elle demandée dans sa longue quête d'intégration. Si la jeune femme a un temps touché au maraîchage, «c'est parce que j'aime travailler dehors, en plein air» et c'est l'argument qu'elle a mis en avant pour contacter de nombreuses fermes depuis quatre ans. Y compris une première fois chez Nadine et Jean-Paul Loisy en 2009. Si aucun poste n'était libre, le couple d'éleveurs a tout de même gardé le CV de la jeune femme dans les cartons et, quand l'occasion s'est présentée au début de 2013, l'a ressorti. Les Loisy ont très vite porté leur choix sur Maëva, qu'ils ont rappelée. «Son envie de travailler et son expérience de six mois aux Jardins de Marigny nous ont plu» explique Jean-Paul. Après une période d'essai de 45 jours renouvelable une fois, la jeune salariée et ses patrons devraient donc bientôt concrétiser définitivement leur collaboration.
La question des compétences en agriculture
Maëva s'est intégrée de façon polyvalente dans l'équipe, comme tous les autres employés, que ce soit pour la transformation du lait, les mesures d'acidité, le respect de l'hygiène, la vente à la boutique et bientôt sur les marchés. Seule différence: la jeune femme est accompagnée par un tuteur, un salarié plus ancien, qui la forme et lui fait acquérir de multiples savoir-faire pour la rendre progressivement autonome. Et çà marche! Les sourires se lisent sur les visages des exploitants comme de la salariée et l'osmose semble totale. «Quand on donne leur chance aux jeunes, ils peuvent se montrer motivés» constate sobrement la préfète tout aussi réjouie que ses hôtes par ce «bonheur partagé». Tout comme Maëva, cinq autres Emplois d'avenir ont été signés dans le département depuis 7 mois dans le secteur agricole (source Directte). Beaucoup ont joui d'une dérogation de niveau scolaire puisque à l'origine, les Emplois d'avenir sont ouverts à des moins de 25 ans de niveau VI et Vbis ou de niveau V et IV sans diplôme. Michèle Kirry a pris des dispositions pour assouplir les règles en ce sens «pour des jeunes de niveau IV et III avec diplôme en recherche d'emploi depuis au moins douze mois lors des dix-huit derniers mois». Particulièrement en agriculture, la question des compétences recherchées chez les salariés se mesure au niveau de technicité requis par les exploitants agricoles. «Le secteur agricole regorge d'exploitants qui se diversifient, créent de la valeur ajoutée, optent pour le circuit court et recrutent. Les salariés agricoles font partie de ces métiers en tension. Il est paradoxal que coexistent chômage des jeunes et métiers qui manquent de bras» justifie la préfète de la Nièvre pour mieux se montrer incitative.
Incitation financière:
effet d'aubaine?
Quand on demande à Jean-Paul Loisy si les aides de l'Etat ont été déterminantes dans sa décision de signer un contrat avec Maëva, il répond qu'il était en recherche d'un salarié à la suite du départ de l'un des huit que compte la fromagerie. Et c'est dans un deuxième temps qu'il s'est renseigné sur les aides éventuelles à l'embauche. Une démarche qui a toutes les chances de se pérenniser puisque les employeurs ont accordé un Contrat à durée indéterminée à Maëva. Pourtant, les aides -une subvention équivalente à 35% du Smic dans le secteur marchand- n'ont évidemment qu'une durée limitée, prévue à 36 mois de contrat. Il n'est donc pas difficile d'imaginer que certains exploitants agricoles puissent s'en tenir, au mieux, à des contrats de la durée de la subvention et ainsi bénéficier d'un effet d'aubaine. «Bien sûr mais cela ne me gêne pas, d'abord parce que quand on a un métier à haute technicité, on hésite à embaucher un jeune non diplômé pour lequel on prend un risque et que l'on a l'avantage de former à sa main. Ensuite, l'effet incitatif permet de tendre la main à un jeune dans le besoin. Ce n'est pas parce qu'on a été décrocheur à l'école que la société doit nous condamner... Une société qui ne croit pas en ses jeunes est une société qui se saborde» rétorque Michèle Kirry.