Accès au contenu
à‰levage en Morvan

Le moral remonte et les perspectives mondiales aiguisent les appétits

Les présidents des syndicats cantonaux de la FDSEA58 ainsi que des JA58 dans le Morvan se sont retrouvés, le 17 avril, pour faire le point sur l'€™agriculture morvandelle. Objectif: faire un état des lieux de leur métier et de leurs perpsectives...
Par Emmanuel Coulombeix
Le moral remonte et les perspectives  mondiales aiguisent les appétits
Les présidents des syndicats cantonaux FDSEA58 et des JA58 dans le Morvan se sont réunis autour d'Alexandre Mocellin (à droite) pour faire le point sur la situation de l'élevage.
Dans le Morvan, le métier de la production agricole ne diffère pas tellement des difficultés rencontrées au plan national. Malgré ou à cause de ses spécificités, l'€™agriculture y demeure une activité primordiale à la vivacité économique et sociale, la toute première, tant par le nombre de ses professionnels que par l'€™impact sur son dynamisme territorial. Les Morvandiaux en sont fiers et les difficultés éprouvées depuis plusieurs années par le secteur de l'€™élevage (crise économique, sécheresse...) n'€™entame en rien leur enthousiasme. Le 17 avril dernier, les présidents des syndicats cantonaux de la FDSEA58 et des JA58 dans le Morvan se sont donc retrouvés pour faire l'€™état des lieux de leur métier et de leur territoire. Ils
se sont donnés rendez-vous chez Alexandre Mocellin et ses parents, à Saint-Brisson, puis Saint-Agnan, aux confins de l'€™Yonne.

[INTER]Hausse des charges non compensée[inter]
Si le moral n'€™est pas au plus haut, la situation s'€™est tout de même un peu améliorée ces derniers mois, dans la production-phare que constitue l'€™élevage allaitant. [I]«La progression des prix des bovins fin 2011 aura été trop tardive et d'€™une ampleur insuffisante pour restaurer la situation économique des exploitations, mais elle porte un espoir pour l'€™avenir dans un contexte de doute et de crise majeure du revenu»[i] résume la FDSEA. En un an, les prix
des jeunes bovins ont connu une hausse de près de 75 centimes /kg, l'€™évolution favorable des cotations des gros bovins entrée abattoirs tirant par le haut le prix des
animaux maigres. Ceux-là mêmes qui forment le gros des troupes morvandelles. La hausse est également perceptible sur les vaches avec des cotations s'€™établissant à 3,77 euros/ kg pour des vaches charolaises R+ (semaine 14). Cette amélioration du revenu a remis du baume au coeur des éleveurs qui avaient traversé une crise sans précédent depuis cinq ans mais -hélas- ne parvient pas à les rassurer totalement: [I]«dans le même temps, la hausse des charges de toutes natures (gasoil, fourrages, intrants...) a dépassé la hausse du prix de la viande»[i] souligne Michel Loison, éleveur à Saint-Agnan et vice-président de la FDSEA58 et de la Chambre d'€™agriculture. Tous les responsables le disent à l'€™unisson: [I]«Nous parvenons à peine à l'€™équilibre»[i]. Les coûts de production ont en effet explosé de 30% depuis 2005 et de 9,5% rien que depuis 2010 selon l'€™indice IPAMPA de l'€™Institut de l'€™élevage.

[INTER]La sécheresse 2011 a coûté cher[inter]
Les inquiétudes concernant l'€™avenir de l'€™élevage dans le Morvan sont accentuées par la facture de la sécheresse de 2011. Celle-ci n'€™est pas encore épongée dans les exploitations, et ce malgré une mobilisation syndicale qui a permis de rapatrier plus de 14000 tonnes de paille dans le département, dont une bonne proportion dans le Morvan qui en produit peu. Si le prix moyen s'€™est établi autour de 95 euros par tonne (rendu cour de ferme), un prix jugé «prohibitif» par beaucoup, c'€™est tout de même mieux de 30 euros que le prix moyen pratiqué au niveau national (125 euros) à la même période. Mais c'€™est une dépense qui a
fragilisé les trésoreries, sans oublier que beaucoup d'€™éleveurs ont aussi dû acheter des aliments pour les animaux. Les syndicalistes, toutefois, se félicitent d'€™avoir obtenu de l'€™Etat un peu plus de 12 millions d'€™euros dans le cadre du dispositif des calamités agricoles et de l'€™éxonération de la TFNB, sans pour autant compenser totalement les pertes financières. La sécheresse 2011 a coûté cher et a considérablement fragilisé les exploitations.

[INTER]Revendications et plan stratégique[inter]
Pourtant, les syndicalistes le disent: [I]«L'€™évolution de la demande de viande à l'€™horizon 2020 devrait s'€™établir à +7,6 millions de tonnes dans les pays en voie de développement et de +1,36 millions de tonnes dans les pays développés, selon la FAO et l'€™OCDE. C'€™est une opportunité qui se doit d'€™être saisie par les politiques, en mobilisant les moyens de production »[i]. Dans le Morvan comme dans toute la France, les éleveurs espèrent ainsi tirer leur épingle du jeu en trouvant encore de nouveaux débouchés à leur production. Grand bien leur fasse! En rappelant que, [I]«sous l'€™action de la FNB, la création du Groupement Export France, à la suite du blocage des abattoirs du groupe Bigard, avait contribué à accroître la demande et à tendre les cours»[i], Pierre Bobin, le président du
syndicat de Montsauche-les-Settons, se fait le relais des revendications des professionnels morvandiaux. Ils exigent désormais, des élus, un véritable plan stratégique de relance, afin de [I]«favoriser l'€™amélioration et la compétitivité des structures (accompagnements structurels: PMBE, appui technique...,
allègement des contraintes réglementaires: autonomie fourragère, retournement des prairies permanentes, coup de frein sur le dossier environnemental...), d'€™amplifier l'€™action engagée pour la revalorisation des prix à la production et de repositionner les enjeux de l'€™élevage dans la PAC post-2013»[i]. Les syndicalistes réaffirment leur volonté de voir un soutien couplé au cheptel allaitant, de même que le maintien des aides aux zones défavorisées simples conditionnant l'€™indemnité compensatoire de handicaps naturels ainsi que l'€™obtention des aides aux JA.
[I]«Si le conjoncturel reste un élément déterminant de la vie de nos fermes, il n'€™en reste pas moins que c'€™est sur la durée et dans la construction d'€™une ambition nationale pour l'€™élevage que les éleveurs retrouveront progressivement confiance et capacité à produire, y compris sur notre territoire nivernais et du Morvan»[i] conclut Stéphane Lafranchise, directeur de la FDSEA58.

Brûlage des résidus verts: çà chauffe!

La coupe est pleine! «On est au bout du bout» s'€™énervent les responsables syndicaux du Morvan. Objet de l'€™ire des professionnels, une circulaire ministérielle de novembre 2011 qui interdit le brûlage des résidus de haies et oblige les agriculteurs soit à les déchiqueter soit à les apporter en déchetterie. Outre que les Morvandiaux ne voient pas l'€™intérêt écologique de faire mettre des dizaines de tracteurs sur les routes pour acheminer les résidus, les professionnels affichent aussi leur lassitude devant la montagne de démarches administratives que l'€™à‰tat leur impose, «le plus souvent sous l'€™influence d'€™associations qui ne représentent qu'€™elles». Après les amendes liées au curage des fossés classés en cours d'€™eau par l'€™ONEMA et les déclarations imposées pour le défrichement, le dossier environnemental commence à agacer passablement dans le Morvan. Les esprits s'€™échauffent et des actions coup de poing vis-à-vis de l'€™administration sont évoquées.