Le moment crucial arrive
À l'occasion d'une matinée dédiée à la production de graines de moutarde dans l'Yonne, Jérôme Gervais, conseiller en grandes cultures à la Chambre d'agriculture de Côte d'Or et Éric Ducornet, conseiller à la coopérative 110 Bourgogne ont fait le point sur la culture.
Depuis 1993, la production de graines de moutarde existe, passant de soixante tonnes à cette date-là, à 12 500 tonnes en 2025, chiffre l'Association de producteurs de graines de moutarde de Bourgogne (APGMB). Quant à l'Indication géographique protégée (IGP) « Graines de Moutarde », elle compte à ce jour trois cents producteurs répartis sur plusieurs départements (Nièvre, Yonne, Côte d'Or, Saône et Loire), pour une surface totale de 8 500 hectares. Toute cette production est transformée en moutarde sous l'indication géographique protégée (IGP) Moutarde de Bourgogne ou en moutarde de Dijon avec une garantie de graines françaises. Parmi ces graines, « nous avons deux mélanges de six variétés cultivées dont quatre variétés tolérantes altises », précise Éric Ducornet, technicien à la coopérative 110 Bourgogne. Ce mercredi 15 avril, la coopérative était d'ailleurs présente à Châtel-Gérard auprès de ses adhérents. Si la coopérative aborde cette IGP Graines de Moutarde, c'est parce qu'elle fait elle-même partie des cinq organismes stockeurs inscrits dans la démarche, accompagnés par Dijon Céréales ou encore Soufflet Agriculture. En face de ces organismes agricoles, les agriculteurs inscrits doivent également adapter leur production à des normes particulières. « Les graines doivent être inscrites au catalogue français des variétés, les producteurs doivent suivre un cahier des charges précis et respecter la traçabilité des bennes. Le stockage des graines doit se faire dans des cellules spécifiques respectant le cahier des charges imposé par les industriels. Les agriculteurs doivent également implanter des jachères mellifères pour que les pollinisateurs puissent être emprunts à se rendre sur les parcelles concernées, et dans certains cas, des partenariats avec des apiculteurs peuvent être réalisés », indique Éric Ducornet.
Bien parti pour l'année
À cette période de l'année, les producteurs arrivent au « moment crucial » où la « moutarde va bientôt fleurir, sous huit à quinze jours », commente à son tour, Jérôme Gervais, conseiller en grandes cultures spécialisé dans la production de moutarde à la Chambre d'agriculture de Côte d'Or. Après avoir semé à l'automne, entre septembre et octobre, les producteurs ont passé l'hiver avec l'appréhension que « les altises aient pondu à l'automne, voire au mois de décembre et que les larves de grosses altises se soient développées pendant l'hiver détruisant les cultures ». Pour autant, cette année, « l'hiver s'est bien passé, on ne constate pas aujourd'hui de larves de grosses altises », souligne-t-il, satisfait d'avoir passé un moment important dans la production de graines de moutarde. À cela s'ajoute le fait que « le gel n'a pas eu d'incidence sur la culture. La moutarde était au bon stade au moment où il a fait froid. Les boutons floraux n'étaient pas suffisamment développés ». Toutefois, il relativise en expliquant que la rouille blanche des crucifères est apparue récemment, « laissant des taches blanches se situant sur la face intérieure des feuilles ». Habituellement cette maladie « apparaît quinze jours avant floraison » et là, « elle arrive dès maintenant. On sollicite donc les producteurs pour qu'ils interviennent en utilisant un fongicide ». Si ce traitement n'est pas fait, « on peut perdre jusqu'à 50 % de potentiel de culture ». De manière générale, il est fortement conseillé « de traiter deux fois. En préventif, quinze jours avant floraison et la seconde fois au début de floraison ». Optimiste, Jérôme Gervais, attend donc avec impatience « un temps ensoleillé avec de la chaleur pendant la floraison de moutarde pour que la culture soit réussie cette année ».