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Stress thermique

Le management du troupeau comme levier d’atténuation

Face à des épisodes de chaleur plus fréquents et plus précoces, les éleveurs laitiers sont invités à adapter l’abreuvement et l’alimentation, l’organisation du troupeau et le fonctionnement des bâtiments. Conseillères chez Geniatest, Florine Leuvrey et Louise Bertolini rappellent que de nombreux leviers permettent de limiter les pertes de production et de préserver le confort des animaux.

Par Alexandre Coronel
Le management du troupeau comme levier d’atténuation
En période de forte chaleur, les vaches laitières limitent leurs déplacements : il faut veiller au bon confort et à la disponibilité des couchages.

Lors des épisodes de fortes chaleurs, les vaches modifient profondément leur comportement. Elles mangent moins, se déplacent davantage à la recherche de fraîcheur, passent moins de temps couchées et voient leur rumen fonctionner moins efficacement. Or, chez une laitière haute productrice, la moindre baisse d’ingestion se traduit rapidement par une chute de production et une dégradation de l’état corporel. « Le confort du troupeau reste la priorité absolue », rappelle Louise Bertolini, conseillère d’élevage et référente climatique chez Geniatest. La première vigilance concerne donc les bâtiments : logettes propres et attractives, aire paillée suffisante, circulation fluide des animaux et accès facilité aux ressources. « Il faut au minimum une logette par vache et éviter les points de congestion », insiste-t-elle. Le couchage est un point stratégique, car une vache debout produit davantage de chaleur qu’une vache au repos. Les animaux cherchent naturellement les zones ventilées ou ombragées. D’où l’importance de favoriser les mouvements d’air dans les stabulations : ouverture des pignons, suppression d’obstacles au vent, bardages coulissants, filets brise-vent ou amélioration de l’effet cheminée. Dans les bâtiments récents, la ventilation naturelle doit rester le premier levier. La ventilation mécanique n’intervient qu’en complément, avec des ventilateurs correctement dimensionnés et positionnés au-dessus des zones de couchage et d’alimentation. Quant à la brumisation ou au douchage, ils doivent être utilisés avec prudence : « En période très humide, on peut parfois aggraver l’inconfort des animaux si l’on augmente encore l’hygrométrie », rappelle la technicienne.

Adapter les rations

Le stress thermique impose aussi de revoir le management alimentaire. Florine Leuvrey insiste d’abord sur un principe simple : « Les fourrages doivent rester irréprochables sur le plan sanitaire et très appétant. » En période chaude, les échauffements de silo ou de ration pénalisent rapidement l’ingestion. La gestion du front d’attaque devient essentielle : avancement rapide, élimination systématique des parties altérées et tassement rigoureux à la récolte limitent les risques de chauffe. Les distributions sont à privilégier aux heures fraîches, tôt le matin et tard le soir, avec plusieurs passages si possible afin de maintenir une ration fraîche à l’auge. « Une ration qui chauffe ou qui sèche trop vite perd immédiatement en appétence », rappelle la conseillère. L’objectif consiste également à limiter le tri et à maintenir une ration suffisamment humide. L’apport de fourrages riches en eau, comme l’enrubannage ou l’affouragement en vert, peut constituer un atout. Certains élevages ajoutent également de l’eau dans la mélangeuse afin de maintenir un taux de matière sèche inférieur à 45 %. Sur le plan nutritionnel, les techniciennes recommandent de « reconcentrer » les rations avec des aliments très digestibles produisant moins de chaleur fermentaire. Les amidons dits « by-pass », comme le maïs grain ou parfois la pomme de terre, permettent par exemple d’apporter de l’énergie avec une moindre production de chaleur dans le rumen. Des matières grasses protégées peuvent aussi être mobilisées avec précaution. Le rééquilibrage minéral constitue un autre levier important. Les pertes en sodium et potassium augmentent fortement avec la transpiration et le halètement. L’ajout de bicarbonate aide par ailleurs à maintenir un bon pouvoir tampon du rumen. Certaines solutions, comme les levures vivantes ou certaines huiles essentielles, peuvent aussi contribuer à soutenir le fonctionnement digestif.

Ne pas oublier les taries ni les veaux

Les conseillères rappellent enfin que les vaches taries doivent bénéficier de la même vigilance que les laitières en production. Un stress thermique en fin de gestation pénalise directement le démarrage de lactation et la santé du veau à naître. « Les lots taris et prépa-vêlage doivent aussi être prioritaires », insiste Florine Leuvrey. Même constat pour les jeunes animaux, souvent oubliés dans les plans de prévention. Or les veaux sont eux aussi sensibles aux fortes températures, notamment dans les cases mal ventilées ou exposées au rayonnement solaire. L’ombre au pâturage reste enfin un levier simple mais très efficace. Haies, arbres, vergers ou voiles d’ombrage permettent de limiter fortement le rayonnement direct. « Chaque bâtiment et chaque système réagissent différemment aux fortes chaleurs », rappelle Louise Bertolini. D’où l’intérêt d’observer finement le comportement des animaux et d’adapter progressivement ses pratiques.

Des capteurs pour objectiver le stress thermique

Afin d’aider les éleveurs à mieux comprendre le comportement de leurs bâtiments en période chaude, Geniatest propose une offre d’évaluation basée sur des capteurs d’ambiance Valomilk. Installés dans les stabulations, ces outils mesurent en temps réel, toutes les dix minutes, plusieurs indicateurs : température, humidité, indice THI, taux de CO₂, luminosité ou encore bruit ambiant. L’objectif est de déterminer précisément à quels moments les animaux subissent un stress thermique, combien de temps il dure et comment le bâtiment réagit selon les conditions climatiques extérieures. « Deux bâtiments peuvent avoir des comportements totalement différents », souligne Florine Leuvrey, graphiques à l’appui pour présenter les résultats obtenus au cours de l’été 2025 dans une stabulation de Combeaufontaine et une de Villersexel. Une offre de location sera proposée cet été par le service élevage de Geniatest, avec alertes quotidiennes, suivi des données et synthèse technique pouvant déboucher sur un audit d’ambiance plus approfondi.