Rencontre avec un éleveur bio du Morvan
Le bonheur est dans le pré à Saint-Aignan (58)
Gilles Lemée affiche la décontraction des professionnels qui savent ce qu'ils font. Eleveur bio par choix, converti en 1994 après dix ans d'exploitation conventionnelle, il a su conjuguer raison et convictions. Il est aujourd'hui à la tête d'un élevage rentable et conforme à l'idée qu'il se fait d'une agriculture paysanne responsable et protectrice de l'environnement.
Aux confins de la Nièvre, de la Côte d'Or et de l'Yonne, Saint-Aignan est un joli village perché entre forêts, étang et vallons. «Le seul village nivernais où il n'y a pas d'éclairage public», commente avec humour Gilles Lemée, sert aussi de cadre à son exploitation. Un élevage bio dont les effectifs comptent 45 vaches charolaises et une cinquantaine de brebis sur 27 hectares de surface agricole dont 10 ha de céréales autoconsommées. L'éleveur s'y est installé en 1984, en conventionnel, à la suite de son père et en récupérant des terres à un agriculteur en cessation d'activité. Gilles Lemée a toujours nourri une «[I]idéologie en faveur de la nature et de la protection de l'environnement»[i], même au début, bien avant sa reconversion en agriculture biologique: [I]«Nous n'héritons pas la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants»[i] se plait-il à philosopher. La citation est tirée du Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry;[I] «elle est devenue la devise des agriculteurs biologiques» [i]explique-t-il avec l'assurance de celui qui pratique depuis près de vingt ans. [I]«Mes convictions sont encore plus faciles aujourd'hui, j'ai le pouvoir de transmettre une exploitation sympa à mes enfants avec un potentiel de durabilité des terres. Il y aura de quoi faire»[i]. L'un de ses fils est justement étudiant au Legta de Challuy et envisage de prendre la suite, le jour venu. A la condition d'une [I]«rentabilité qu'il envisage avec impatience»[i] dit son père.
[INTER]«Pas l'impression de contraintes»[inter]
Alors que le verdissement de la Pac 2014-2020 inquiète plus d'un de ses collègues conventionnels, sous le poids d'hypothétiques conditions nouvelles, Gilles Lemée se sent à l'aise avec le respect de la biodiversité. [I]«Je n'ai pas l'impression que ce sont des contraintes»[i] témoigne-t-il, [I]«on nous bassine avec le respect de la planète mais pour moi c'est une évidence. Quand on fait tout pour tuer, c'est nous-mêmes qu'on tue un peu»[i]. Et de çà, il n'en a jamais voulu. Il n'a jamais été emballé par l'idée de tuer les nuisibles [I]«parce qu'on tue aussi les auxiliaires et qu'on fait du mal à la nature»[i]. Il parle d' [I]«équilibre subtil»[i] et déplore [I]«qu'à chaque fois qu'on déplace le curseur, on a du mal à retrouver le processus naturel. Sous la main de l'homme, la nature perd les pédales»[i]. Sur les cultures et sur l'herbe, il n'emploie aucun désherbant. Gilles Lemée cite l'exemple de ces grands troupeaux, dont la concentration nécessite beaucoup plus de suivi sanitaire et des traitements préventifs où les molécules agissent sur l'ensemble. «Le risque est de développer une pharmaco-résistance qui incite à traiter toujours plus» estime-t-il. Pas de çà chez lui: depuis 1994, il suit un cahier des charges strict, mais qu'il a endossé par conviction, et qui lui interdit tout usage préventif de produits de synthèse.
Rentabilité correcte
Autant sa conversion lui semblait [I]«évidente»[i] et n'a «pas chamboulé son système», autant se sent-il fier de son parcours: [I]«j'ai autant de travail, moins d'animaux mais qui demandent plus d'observation pour anticiper d'avantage sur leur santé. J'utilise beaucoup la phytothérapie, les animaux sont moins stressés, je les pousse moins et je cherche moins à faire des kilos»[i]. Gilles Lemée s'abrite derrière la logique: [I]«moi, les vaches font veaux en mars et les broutards sont déjà vendus. Ils ont un temps de repos et suivent le rythme des saisons»[i]. En mars, la nourriture est bonne et les vaches font du bon lait: [I]«c'est comme çà que les veaux grandissent bien»[i].
Comme toute exploitation, son système demande une rentabilité viable. Gilles Lemée ne se plaint pas. S'il reconnaît que la productivité est moindre, il se réjouit aussi que le bio soit bien valorisé. Il travaille en circuit long, par l'intermédiaire de la coopérative Les Eleveurs bio, de Venarey-les-Laumes en Côtes d'Or. Une filiale spécialisée du groupe Global. [I]«Pour autant de travail qu'en conventionnel, je touche environ 50 centimes de plus du kilo de viande qu'en conventionnel, sauf peut-être depuis la remontée des cours des bovins où l'écart s'est resserré»[i] témoigne-t-il. Au plus fort de la crise de l'élevage, il a donc été moins soumis aux aléas économiques. [I]«Cela procède d'une volonté des producteurs bio d'obtenir une rentabilité linéaire. Il n'y a pas de cotation mais un prix moyen toute l'année. A nous de voir, si nous voulons réévaluer ce prix moyen, en fonction des débouchés»[i]. Gilles Lemée reconnaît que la crise a touché tout le monde et que [I]«le bio, ce n'est pas le jackpot» [i]mais il s'en est peut-être [I]«moins mal tiré que d'autres»[i]. Presque un modèle pour ses voisins qu'il espère ainsi sensibiliser. Et, de toute façon, [I]«attention à ne pas faire du bio pour la rentabilité. On risque d'être très déçu si on ne le fait pas par idéologie ou conviction».[i]
[INTER]«Pas l'impression de contraintes»[inter]
Alors que le verdissement de la Pac 2014-2020 inquiète plus d'un de ses collègues conventionnels, sous le poids d'hypothétiques conditions nouvelles, Gilles Lemée se sent à l'aise avec le respect de la biodiversité. [I]«Je n'ai pas l'impression que ce sont des contraintes»[i] témoigne-t-il, [I]«on nous bassine avec le respect de la planète mais pour moi c'est une évidence. Quand on fait tout pour tuer, c'est nous-mêmes qu'on tue un peu»[i]. Et de çà, il n'en a jamais voulu. Il n'a jamais été emballé par l'idée de tuer les nuisibles [I]«parce qu'on tue aussi les auxiliaires et qu'on fait du mal à la nature»[i]. Il parle d' [I]«équilibre subtil»[i] et déplore [I]«qu'à chaque fois qu'on déplace le curseur, on a du mal à retrouver le processus naturel. Sous la main de l'homme, la nature perd les pédales»[i]. Sur les cultures et sur l'herbe, il n'emploie aucun désherbant. Gilles Lemée cite l'exemple de ces grands troupeaux, dont la concentration nécessite beaucoup plus de suivi sanitaire et des traitements préventifs où les molécules agissent sur l'ensemble. «Le risque est de développer une pharmaco-résistance qui incite à traiter toujours plus» estime-t-il. Pas de çà chez lui: depuis 1994, il suit un cahier des charges strict, mais qu'il a endossé par conviction, et qui lui interdit tout usage préventif de produits de synthèse.
Rentabilité correcte
Autant sa conversion lui semblait [I]«évidente»[i] et n'a «pas chamboulé son système», autant se sent-il fier de son parcours: [I]«j'ai autant de travail, moins d'animaux mais qui demandent plus d'observation pour anticiper d'avantage sur leur santé. J'utilise beaucoup la phytothérapie, les animaux sont moins stressés, je les pousse moins et je cherche moins à faire des kilos»[i]. Gilles Lemée s'abrite derrière la logique: [I]«moi, les vaches font veaux en mars et les broutards sont déjà vendus. Ils ont un temps de repos et suivent le rythme des saisons»[i]. En mars, la nourriture est bonne et les vaches font du bon lait: [I]«c'est comme çà que les veaux grandissent bien»[i].
Comme toute exploitation, son système demande une rentabilité viable. Gilles Lemée ne se plaint pas. S'il reconnaît que la productivité est moindre, il se réjouit aussi que le bio soit bien valorisé. Il travaille en circuit long, par l'intermédiaire de la coopérative Les Eleveurs bio, de Venarey-les-Laumes en Côtes d'Or. Une filiale spécialisée du groupe Global. [I]«Pour autant de travail qu'en conventionnel, je touche environ 50 centimes de plus du kilo de viande qu'en conventionnel, sauf peut-être depuis la remontée des cours des bovins où l'écart s'est resserré»[i] témoigne-t-il. Au plus fort de la crise de l'élevage, il a donc été moins soumis aux aléas économiques. [I]«Cela procède d'une volonté des producteurs bio d'obtenir une rentabilité linéaire. Il n'y a pas de cotation mais un prix moyen toute l'année. A nous de voir, si nous voulons réévaluer ce prix moyen, en fonction des débouchés»[i]. Gilles Lemée reconnaît que la crise a touché tout le monde et que [I]«le bio, ce n'est pas le jackpot» [i]mais il s'en est peut-être [I]«moins mal tiré que d'autres»[i]. Presque un modèle pour ses voisins qu'il espère ainsi sensibiliser. Et, de toute façon, [I]«attention à ne pas faire du bio pour la rentabilité. On risque d'être très déçu si on ne le fait pas par idéologie ou conviction».[i]