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Syndicalisme

Le bateau a besoin d'un cap !

L'assemblée générale de la FDSEA de la Nièvre, le 14 novembre, en présence d'Arnaud Rousseau, président de la FNSEA a permis de mettre en résonance des préoccupations agricoles purement nivernaises mais aussi françaises.

Par Berty Robert
Le bateau a besoin d'un cap !
Invité de cette assemblée générale, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA a notamment évoqué la prédation.

En guise de préambule à une table ronde consacrée au thème des mesures d'urgence à adopter en grandes cultures pour tenir et aux perspectives, d'avenir, Emmanuel Bernard, le président de la FDSEA 58 qui tenait le 14 novembre son assemblée générale à Sauvigny-les-Bois, près de Nevers a rappelé la chose suivante : « il faut redonner un cap au bateau. Si on ne fait que boucher les trous dans la coque, on voit bien que ça ne peut pas aller… » Des propos qui entraient en résonance avec la situation actuelle des productions végétales, confrontées à des prix de vente, dans certains cas, trop bas, et des coûts de production en hausse. Élargissant le propos aux filières agricoles, végétales ou d'élevage, Emmanuel Bernard poursuivait : « Il nous faut être conscient de l'importance de garder la maîtrise de l'outil agricole et chasser l'impression que les filières c'est toujours les autres. Non, les filières c'est nous ! Attention de ne pas toujours dire que les autres acteurs des filières ont fait des erreurs. Il faut peut-être interroger notre propre désengagement du fonctionnement des filières. En 18 mois, dans la ferme France, environ 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires supplémentaire ont été générés par la production bovine. C'est une activité qui fait vivre du monde, au-delà du secteur agricole. »

« Un paradoxe qui nous envoie vers le fond »

Invité de cette assemblée générale, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau (Lire également son interview en P 03 de ce même numéro) confirmait ce manque de cap qui affecte l'agriculture française aujourd'hui : « Depuis dix ans, on ne sait pas si c'est l'agriculture ou l'environnement qui est la priorité. Nous reculons sur tous les secteurs de la production agricole ! En export, nous sommes derrière l'Allemagne et les Pays Bas. Je tiens à le dire : il n'y a pas de contradiction avec l'environnement car nous participons à la décarbonation, mais aussi longtemps qu'on sera dans la vision du Green deal, on sera dans un paradoxe qui continuera à nous envoyer vers le fond. Tant qu'on aura une doctrine européenne qui continue à expliquer que ce n'est pas grave de perdre de la production parce que ce serait bon pour l'environnement, on ne s'en sortira pas, d’autant plus qu'en parallèle on importe des denrées produites dans des conditions inacceptables » Arnaud Rousseau s'est aussi exprimé sur la problématique de la prédation. Thème sur lequel Emmanuel Bernard a déploré que les agriculteurs se heurtent aujourd'hui à un véritable « mur » administratif. Pour le président de la FNSEA, « il n'est pas possible de faire le choix d'un animal sauvage contre l'activité d'élevage. Il n'est pas acceptable qu'on consacre 60 millions d'euros à la protection du loup, ce qui pousse des gens à vouloir faire le « travail » eux-mêmes en dehors de tout cadre de droit, ce que nous ne préconisons pas. »

Sensibiliser les élus

Quant aux productions végétales, la table ronde citée en début d'article permettait de prendre le pouls d'acteurs nivernais confrontés aux difficultés mais également actifs dans la quête de solutions. Claire Marceau, céréalière à Billy-Chevannes, insistait sur le fait de sensibiliser les élus territoriaux à la problématique actuelle : « On insiste auprès d'eux sur une crise qui n'est pas conjoncturelle mais structurelle. Nous avons sollicité des mesures d'urgences et on attend des retours d'ici la fin de l'année. » Christian Dagnaud, agriculteur en Charente et membre de la FOP allait dans son sens : « Il faut expliquer ce qui se passe sur certaines exploitations aux maires, aux élus, aux Communautés de communes qui n'ont pas de ligne budgétaire pour l'agriculture, ce qui n'est peut-être pas normal ». Ce qui ressortait aussi des échanges lors de cette table ronde, c'est la prise de conscience que, éloignée des ports ou des unités de transformation, la Nièvre doit trouver en interne des ressources pour soutenir son agriculture. Cela pourrait passer par des paiements pour services environnementaux, mais aussi par l'allongement des rotations, la réintroduction de cultures de printemps, beaucoup plus à risque, mais aussi un plus grand recours à l'irrigation, qui passerait par la création de retenues d'eau, et enfin la diversification par la création d'atelier d'élevage avicole. Par extension, ces derniers permettent aussi d'avoir moins recours à des engrais chimique, par l'utilisation qu'ils offrent, des fientes. Ce à quoi Christian Dagnaud répondait : « réintroduire de l'élevage, pourquoi pas, mais, en regard de l'importance des investissements que cela implique, il y a aura besoin de visibilité économique. » D'un cap en somme !

 

Besançon et Dijon, trop loin ?

En marge de son propos de conclusion de l'assemblée générale, Emmanuel Bernard s'est montré assez « piquant » envers la place que l'on fait à son département dans les logiques régionales. Le président de la FDSEA 58 a souligné que, pour lui « la régionalisation, de manière générale, donne l'impression de ne servir à rien. C'est un « machin » qui permet d'être beaucoup moins efficace dans de nombreux domaines et même dans notre organisation agricole. Nous sommes dans une situation où, finalement, nous sommes beaucoup plus proches de Paris que de Besançon, et où, quand nous avons besoin de nous mettre d'accord au niveau de la Région, on comprend que, de toute façon, il faudra se mettre d'accord au niveau national… Sur le sujet de la régionalisation administrative et politique, je veux bien aller à Besançon ou Dijon pour une Conférence sur la Souveraineté, mais, franchement, je pense que ça ne sert à rien. Quand on prend le sujet des zones intermédiaires, quelles régions, quels outils de transformation, quels intermédiaires sont concernés ? Nous sommes tournés vers le centre de la France, vers Auvergne-Rhône-Alpes pour un certain nombre d'outils de transformation pour l'alimentation animale… Je respecte le fait que nous ayons des filières très régionalisées, mais de fait, nous, on en crève de ça ! Je pense que le niveau national est le cadre où l'on parvient le mieux à se réunir. L'objectif de la Conférence de Souveraineté régionale est louable parce qu'il permet d'utiliser des travaux que nous avons menés ici, qui montrent qu'il faut produire, qu'il faut de la valorisation, de la protection aux frontières, on a besoin d'un État protecteur et j'ai cette volonté d'avoir une parole sur ces sujets mais notre contribution, on l'enverra à la ministre de l'Agriculture, on ne fera pas que l'envoyer au président de la Région BFC et au préfet de Région. » Stéphane Sauce, président de la FRSEA BFC, présent à Sauvigny-les-Bois déplorait également que ce qui se passe au niveau du Conseil régional est loin d'être satisfaisant. « Mais, ajoutait-il, si la FRSEA n'est pas là pour tenter de faire avancer les choses, on y sera jamais. Quand à la FDSEA 58 avec laquelle nous travaillons beaucoup, elle a des représentants précieux, très présents au niveau régional dont vous pouvez être fiers. Et je vous assure qu'on sait ce qui se passe dans la Nièvre et l'on tente sincèrement de tout faire pour que les choses s'améliorent… »