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Foncier

La terre, objet de convoitise

Au nord comme au sud, nombreux sont les paysans qui s'€™interrogent sur l'€™avenir du foncier agricole. La terre est l'€™objet de convoitise pour le secteur financier pour qui elle représente un bien rare donc spéculatif et pour les à‰tats en quête de sécurité alimentaire.
Par JL B
Invité à l'€™assemblée générale d'€™AFDI Franche-Comté, Marc Dufumier, directeur du laboratoire agriculture comparée et développement agricole à Agrotech, a présenté une analyse de la situation sans concession.
Une des clés du développement agricole réside dans la sécurisation de l'€™accès des paysans à la terre. Le modèle de l'€™exploitation agricole familiale à la française basé sur la réunion entre les mêmes mains de la terre, du capital et de la force de travail, aujourd'€™hui remis en cause par une partie de la profession, reste au cœur du débat sur la pauvreté et la faim dans le monde.
Alors que dans les pays du nord, la problématique du foncier agricole provient surtout de sa raréfaction face à l'€™augmentation des utilisations non agricoles (terrain à bâtir, infrastructures routières, et..), dans les pays du sud, l'€™injustice réside dans la répartition inégale des terres. La terre est aujourd'€™hui, plus qu'€™hier, un objet de convoitise et une valeur refuge en temps de crise. La difficulté pour les paysans du sud d'€™accéder au foncier, entraine un phénomène d'€™appauvrissement, à l'€™origine des flux migratoires, car ce qui n'€™ont pas accès à la terre vont la chercher ailleurs. Cette situation s'€™est aggravée depuis quelques années avec la pratique des cessions de terres, à l'€™image des concessions de minerais ou de caoutchouc. On assiste à l'€™extension de ces pratiques néocoloniales qui touchent des milliers de personnes. Daewoo à Madagascar, la Chine au Laos, et au Kazakhstan, Michelin au Cambodge, etc ..15% de la surface totale de la Roumanie soit plus de 15 millions d'€™hectares seraient aujourd'€™hui aux mains de propriétaires européens. Ce phénomène est révélateur d'€™un état d'€™esprit, car si un chef d'€™état est prêt à concéder des millions d'€™hectares et à accepter de la main-d'€™œuvre importée, c'€™est parce que l'€™idée est répandue parmi les élites que si les terres ne sont pas cultivées, c'€™est la faute des paysans eux-mêmes. L'€™élite a à la fois un mépris pour sa paysannerie et une méconnaissance des savoir-faire de cette paysannerie.
Pour Marc Dufumier, le problème de la faim, avec ses conséquences migratoires, est avant tout un problème de pauvreté dont la solution consiste à donner les moyens de produire aux plus pauvres. Les solutions techniques existent pour intensifier la production des pays pauvres par des voies agro-écologiques y compris dans les pays à forte densité de population. Mais « rien ne sera possible tant que l'€™on ne régulera pas les échanges. » Cela suppose donci que les pays occidentaux arrêtent d'€˜exporter des produits laitiers, carnés et des céréales, et cessent d'€™interdire au pays du Sud ce que l'€™Europe a fait pour elle-même aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale. Ce qui implique une attribution équitable des terres et la protection des marchés, sans quoi, les pays du Sud verront un accroissement de l'€™exode rural. Il ne s'€™agit donc pas de reproduire les modèles de développement des pays occidentaux mais de trouver des solutions qui permettent aux populations de rester sur place et de vivre dignement. Et de conclure en ces termes : « Il faut réfléchir sur le droit de chacun à travailler et vivre dignement dans son pays. Il existe des solutions mais cela suppose que nous fassions une vraie révolution culturelle et culturale ».
Encadré
AFDI BFC est particulièrement sensibilisé au problème des cessions de terres survenues récemment à Madagascar , puisque l'€™état a proposé une concession de 99 ans à DAEWOO de 1,6 millions d'€™hectares sur le Jatropha, sans se soucier des paysans malgaches, qui ignoraient l'€™existence de ces terres vierges. Grâce à l'€™action d'€™information des organisations de producteurs soutenues par les ONG dont AFDI BFC, le refus des paysans et les émeutes qui s'€™en suivirent, ont contribué au renversement du président de Magagascar.