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Stockage de céréales

La maîtrise des insectes au silo

Les proliférations d’insectes observées en début de campagne de stockage ne viennent pas du champ, mais bien du silo lui-même : c’est la conclusion de récents travaux conduits et synthétisés par Arvalis, qui démontrent que sous nos climats tempérés les insectes des grains stockés ne peuvent ni survivre ni se maintenir durablement en parcelle. La prévention des infestations repose sur la propreté des installations, la gestion rigoureuse des reports de stock et la maîtrise des résidus dans l’ensemble des circuits de manutention.

Par Alexandre Coronel avec Arvalis
La maîtrise des insectes au silo
Coopérative Interval
Le vide sanitaire entre deux campagnes de stockage est déterminant dans le risque d’infestation au stockage.

Comme le souligne Marine Cabacos, ingénieure stockage des grains chez Arvalis, « les populations d’insectes qui explosent parfois très tôt dans les silos trouvent presque toujours leur origine dans des réservoirs déjà présents sur le site de stockage ». Il s’agit le plus souvent de grains oubliés dans une cellule, de poussières accumulées dans les élévateurs, ou encore de lots reportés d’une campagne sur l’autre, déjà colonisés. Les insectes rencontrés au stockage se répartissent en deux grandes catégories : les insectes dits primaires, comme les charançons ou les capucins des grains, ont besoin de grains entiers pour assurer leur développement. Les femelles pondent directement dans le grain, ou la larve pénètre rapidement pour y achever son cycle, ce qui explique que l’on parle de « formes cachées ». À l’inverse, les insectes secondaires, tels que les silvains dentelés ou les triboliums, ne s’attaquent pas aux grains intacts. Ils se nourrissent de brisures, de farine et de poussières végétales, très présentes lorsque le nettoyage est insuffisant. Pour Marine Cabacos, cette distinction est essentielle d’un point de vue pratique : « la présence d’insectes secondaires est presque toujours révélatrice d’un défaut d’hygiène, avec des résidus accessibles dans les circuits ou les cellules »

Une survie impossible au champ

Ces insectes sont en effet strictement inféodés aux grains pour se nourrir et se reproduire. Si certaines études nord-américaines ont montré que le capucin des grains pouvait, dans des conditions très particulières, se maintenir sur des glands d’une espèce précise de chêne, ces situations restent sans équivalent en Europe. De plus, la longévité des adultes est limitée à quelques mois. « Cette durée de vie est trop courte pour leur permettre de passer une année complète en milieu extérieur en attendant une nouvelle récolte », rappelle l’ingénieure d’Arvalis. D’autant que ces espèces n’entrent pas en diapause hivernale. Le facteur thermique renforce encore cette impossibilité. Le développement des insectes du stockage débute à partir de 14 °C pour les espèces les plus tolérantes, et plutôt autour de 20 °C pour les plus sensibles. Leur optimum se situe entre 25 et 33 °C. En dehors du silo, les conditions climatiques françaises ne permettent donc qu’une fenêtre très limitée de développement, insuffisante pour installer une population pérenne. À l’inverse, le silo réunit l’ensemble des conditions favorables à la prolifération : température, disponibilité alimentaire et absence de prédateurs. Les capacités de dispersion des insectes restent par ailleurs très limitées. Le vol est coûteux en énergie et n’est observé qu’au-delà de 20 à 27 °C selon les espèces. Les études de piégeage menées à proximité des sites de stockage montrent que quelques individus peuvent être capturés aux abords immédiats des silos lors de fortes chaleurs, mais sans décalage temporel avec les infestations internes. « Ces observations ne correspondent en rien à une migration organisée du silo vers le champ », insiste Marine Cabacos. Les données disponibles convergent vers un constat sans ambiguïté : dans nos conditions climatiques, les insectes du stockage n’ont aucune chance de survie durable en parcelle. 

Miser sur l'hygiène des installations

Les implications pratiques sont directes. La maîtrise du risque passe avant tout par un nettoyage rigoureux entre deux campagnes. Cela concerne bien sûr les cellules, mais aussi l’ensemble des équipements de transport et de manutention, sans oublier la moissonneuse-batteuse, qui peut devenir un véritable « mini-silo » si des grains y stagnent. Les résidus collectés doivent être rapidement évacués du site afin d’éviter toute recontamination. Marine Cabacos rappelle que « compléter ce nettoyage par un traitement des parois, qu’il soit chimique, à base de poudres minérales ou par lâcher de parasitoïdes, permet d’atteindre un véritable point zéro sanitaire ». Cette approche préventive vise à éviter le recours à des traitements insecticides directement sur les grains en cours de stockage. Au final, le message est clair : le vide sanitaire entre deux campagnes est un facteur déterminant du risque d’infestation. Les insectes du silo ne viennent pas du champ ; ils sont presque toujours déjà là. À l’exploitant de leur retirer, par l’hygiène, le milieu qui leur permet de prospérer.