Observatoire prospectif de l’agriculture bourguignonne
L’agriculture bourguignonne passée au crible
La présentation des résultats de l’Observatoire prospectif de l’agriculture bourguignonne (Opab) donne comme chaque année matière à réflexion. Ce concentré de fines analyses, fruit d’un important travail collaboratif, permet de positionner la Bourgogne agricole dans ses forces et ses faiblesses. L’Opab joue un rôle majeur dans les orientations de la politique régionale et nourrit la réflexion des collectivités territoriales.
Ne pas s’en tenir au chiffres, mais voir ce qui marche en dépit d’un environnement défavorable, c’est l’avertissement en demi-teinte donné par Jacques Rebillard, vice-président du Conseil régional, en introduisant la journée consacrée à la présentation des données de l’Observatoire prospectif de l’agriculture bourguignonne (Opab).
L’intérêt d’un tel travail, soutenu par la Région, c’est d’associer de nombreux partenaires comme CERFrance, la Draaf, le Cerd, le Sedarb, la Fédération régionale des Cuma et bien entendu les Chambres d’agriculture, pour donner matière à penser, à construire et à agir aux responsables du secteur agricole, à l’administration et aux agriculteurs eux-mêmes.
Des forces, des faiblesses, des défis surtout...
Les chiffres, on peut en faire une lecture en creux ou en plein, mais comme Christian Decerle le souligne, ils invitent surtout «à mieux connaître les atouts de notre agriculture régionale», ses faiblesses aussi et donc «les défis à relever, tous ensemble». Ce que les chiffres révèlent, c’est d’abord une grande dispersion des résultats qui conduit à réfléchir et pose une question essentielle : pourquoi certains réussissent mieux que d’autres et cela, dans tous les systèmes ? Un constat tempéré par Vincent Lavier, président de la Chambre d’agriculture 21, qui remarque que «cette dispersion ne doit pas masquer le fait que tout le monde est tiré vers le bas».
L’un des premiers enseignements à tirer, c’est qu’il n’y a pas de modèle d’exploitation reproductible, les situations en positif comme en négatif, découlent de multiples facteurs (capital, surface, charges, productivité, technicité...)
Parmi les grands systèmes de production, les systèmes bovins-viande dominent avec 20% du total, devant l’orientation grandes cultures (19%) et la viticulture (16%). Les autres orientations et les exploitations de polyculture-élevage ferment la marche. La viticulture se situe en seconde position en Saône-et-Loire, en Côte d’Or et dans l’Yonne. Les systèmes mixtes de polyculture et élevage arrivent en troisième place dans tous les départements. La vocation céréalière de la région (7ème rang national) se confirme avec des productions végétales (hors vigne) qui dominent les comptes de l’agriculture avec 1,3 million d’euros en 2013.
Grandes cultures : trouver des solutions pour les zones à faible potentiel
La toile de fond étant posée, les couleurs de l’année 2014, n’éclaircissent pas vraiment le paysage. En cause, une année climatique calamiteuse qui a grandement impacté les rendements et amené des pertes de qualité rarement égalées.
Comble de malchance, l’abondance mondiale a pesé sur les cours et durablement mis à mal les résultats des exploitations régionales. La dépréciation de l’euro en fin d’année 2014 a quelque peu limité la casse à l’export. Les résultats courants des systèmes d’exploitation grandes cultures sont en berne, en dépit d’un palier du niveau des charges. 60% des exploitations ont un résultat courant négatif ce qui pose une question cruciale quant à l’avenir de certains systèmes, notamment dans les zones à faible potentiel.
Fasse à l’impasse pédo-climatique à laquelle ces zones sont confrontées il faudra bien trouver «des réponses collectives», insiste Vincent Lavier. L’élément marquant en grandes cultures c’est un regain d’intérêt pour les légumineuses, effet du plan protéines régional, autant que de la nécessité d’avoir une approche plus agronomique de la conduite des cultures. Un constat aussi : le ciseau Charges/Produits brut se resserre dangereusement. La grande dispersion des résultats courants plaide pour le renforcement de l’accompagnement des exploitations.
Après plusieurs années peu favorables, la viticulture (mis à part les secteurs fortement grêlé) a enfin profité de conditions climatiques plus clémentes. Le volume de vendange a retrouvé un niveau normal et redonné le sourire aux vignerons.
Bovins viande : conserver la capacité de production régionale
Côté bovins en revanche, tous les voyants sont au rouge. L’année a été marquée par une forte dégradation du prix des vaches, les exportations vers l’Italie continuent leur lente érosion, tout comme les cours du jeune bovin. Une situation explosive pour l’élevage et les éleveurs, sans pareil en Europe. Dans ces systèmes, la variabilité des revenus peut avoir des causes multiples comme la productivité de la main d’oeuvre, la marge brut par UGB, la gestion des investissements, le taux d’endettement... Les difficultés de fonctionnement de la filière viande et les déséquilibres structurels qui pénalisent les éleveurs sont autant de défis à relever, avec en première ligne le combat du prix. Face au défi démographique, le maintien du potentiel de production représente un enjeu majeur pour l’avenir. En l’absence de rebond dans le nombre d’installations, seuls les gains de productivité permettront de conserver la capacité de production régionale.
Les ovins viande bénéficient d’une progression des prix lente mais régulière. En dépit de cette conjoncture favorable, le cheptel bourguignon diminue de nouveau en 2014 (-2,2%) et se concentre. Les exploitations ovines restent fragilisées par un revenu limité (comparable à celui des exploitations d’élevage bovin) et un niveau d’endettement élevé. Une problématique récurrente qui peut trouver une solution dans l’amélioration de la productivité. Alors que l’obtention de la prime ovine est soumise à une productivité minimum de 0,4 agneau/brebis, 2/3 des exploitations ne vendent pas un agneau par brebis. Pour satisfaire la filière, alors que tous les signaux sont au vert en 2015, l’augmentation de la productivité des troupeaux s’impose avec son corollaire, l’accompagnement technique.
Lait : le poids des incertitudes
2014 a marqué une pause salutaire pour les élevages laitiers avec une reprise du prix du lait et une productivité accrue. Les livraisons ont progressé de 6,5%. Le marché donne de nouvelles perspectives de développement et si la baisse des résultats des exploitations perdure, c’est sans à-coup. Pour 2015, les incertitudes pèsent lourd : chute du prix du lait, disparition des quotas, concurrence européenne accrue... Difficile pour le moment d’évaluer l’impact de la nouvelle gestion par la contractualisation sur la production laitière bourguignonne. Nadine Darlot, responsable lait régionale, remarque que les schémas peuvent être très différents d’un producteur à l’autre et que beaucoup d’incertitudes accompagnent certains marchés «porteurs». La grande question en région Bourgogne, reste aussi le coût de la collecte et donc sa pérennité.
Nouvelle venue dans cette présentation régionale, la filière équine se distingue par un nombre d’installations aidées relativement important, en majorité pour la création de centres équestres et de pensions, dans un contexte économique difficile. La filière équine connaît une période morose, avec une diminution importante de la production de chevaux et un commerce peu actif.
Comme dans les autres régions françaises, la production porcine a poursuivi sa baisse d’activité en Bourgogne, avec un prix du porc qui s’est dégradé en 2014. La baisse relative du prix de l’aliment n’a pas suffi à éviter que les résultats des élevages porcins se trouvent encore dans le rouge.
Volailles : une carte à jouer en label
Le développement de la filière volailles se poursuit dans la région avec une hausse de la production en 2013 et une bonne tenue du marché Label rouge en 2014. Ce segment devrait bénéficier d’un plan de développement de nouveaux bâtiments pour répondre à la demande.
Région apicole historique, la Bourgogne est l’une des six premières régions apicoles françaises par le nombre d’apiculteurs et au 8ème rang pour le nombre de ruches (68 000). 80 apiculteurs professionnels gèrent 50% du cheptel régional. L’apiculture bourguignonne est très orientée vers les circuits courts et la transformation. L’emblématique pain d’épices constituant l’un des leviers de l’optimisation de la valeur ajoutée.
L’intérêt d’un tel travail, soutenu par la Région, c’est d’associer de nombreux partenaires comme CERFrance, la Draaf, le Cerd, le Sedarb, la Fédération régionale des Cuma et bien entendu les Chambres d’agriculture, pour donner matière à penser, à construire et à agir aux responsables du secteur agricole, à l’administration et aux agriculteurs eux-mêmes.
Des forces, des faiblesses, des défis surtout...
Les chiffres, on peut en faire une lecture en creux ou en plein, mais comme Christian Decerle le souligne, ils invitent surtout «à mieux connaître les atouts de notre agriculture régionale», ses faiblesses aussi et donc «les défis à relever, tous ensemble». Ce que les chiffres révèlent, c’est d’abord une grande dispersion des résultats qui conduit à réfléchir et pose une question essentielle : pourquoi certains réussissent mieux que d’autres et cela, dans tous les systèmes ? Un constat tempéré par Vincent Lavier, président de la Chambre d’agriculture 21, qui remarque que «cette dispersion ne doit pas masquer le fait que tout le monde est tiré vers le bas».
L’un des premiers enseignements à tirer, c’est qu’il n’y a pas de modèle d’exploitation reproductible, les situations en positif comme en négatif, découlent de multiples facteurs (capital, surface, charges, productivité, technicité...)
Parmi les grands systèmes de production, les systèmes bovins-viande dominent avec 20% du total, devant l’orientation grandes cultures (19%) et la viticulture (16%). Les autres orientations et les exploitations de polyculture-élevage ferment la marche. La viticulture se situe en seconde position en Saône-et-Loire, en Côte d’Or et dans l’Yonne. Les systèmes mixtes de polyculture et élevage arrivent en troisième place dans tous les départements. La vocation céréalière de la région (7ème rang national) se confirme avec des productions végétales (hors vigne) qui dominent les comptes de l’agriculture avec 1,3 million d’euros en 2013.
Grandes cultures : trouver des solutions pour les zones à faible potentiel
La toile de fond étant posée, les couleurs de l’année 2014, n’éclaircissent pas vraiment le paysage. En cause, une année climatique calamiteuse qui a grandement impacté les rendements et amené des pertes de qualité rarement égalées.
Comble de malchance, l’abondance mondiale a pesé sur les cours et durablement mis à mal les résultats des exploitations régionales. La dépréciation de l’euro en fin d’année 2014 a quelque peu limité la casse à l’export. Les résultats courants des systèmes d’exploitation grandes cultures sont en berne, en dépit d’un palier du niveau des charges. 60% des exploitations ont un résultat courant négatif ce qui pose une question cruciale quant à l’avenir de certains systèmes, notamment dans les zones à faible potentiel.
Fasse à l’impasse pédo-climatique à laquelle ces zones sont confrontées il faudra bien trouver «des réponses collectives», insiste Vincent Lavier. L’élément marquant en grandes cultures c’est un regain d’intérêt pour les légumineuses, effet du plan protéines régional, autant que de la nécessité d’avoir une approche plus agronomique de la conduite des cultures. Un constat aussi : le ciseau Charges/Produits brut se resserre dangereusement. La grande dispersion des résultats courants plaide pour le renforcement de l’accompagnement des exploitations.
Après plusieurs années peu favorables, la viticulture (mis à part les secteurs fortement grêlé) a enfin profité de conditions climatiques plus clémentes. Le volume de vendange a retrouvé un niveau normal et redonné le sourire aux vignerons.
Bovins viande : conserver la capacité de production régionale
Côté bovins en revanche, tous les voyants sont au rouge. L’année a été marquée par une forte dégradation du prix des vaches, les exportations vers l’Italie continuent leur lente érosion, tout comme les cours du jeune bovin. Une situation explosive pour l’élevage et les éleveurs, sans pareil en Europe. Dans ces systèmes, la variabilité des revenus peut avoir des causes multiples comme la productivité de la main d’oeuvre, la marge brut par UGB, la gestion des investissements, le taux d’endettement... Les difficultés de fonctionnement de la filière viande et les déséquilibres structurels qui pénalisent les éleveurs sont autant de défis à relever, avec en première ligne le combat du prix. Face au défi démographique, le maintien du potentiel de production représente un enjeu majeur pour l’avenir. En l’absence de rebond dans le nombre d’installations, seuls les gains de productivité permettront de conserver la capacité de production régionale.
Les ovins viande bénéficient d’une progression des prix lente mais régulière. En dépit de cette conjoncture favorable, le cheptel bourguignon diminue de nouveau en 2014 (-2,2%) et se concentre. Les exploitations ovines restent fragilisées par un revenu limité (comparable à celui des exploitations d’élevage bovin) et un niveau d’endettement élevé. Une problématique récurrente qui peut trouver une solution dans l’amélioration de la productivité. Alors que l’obtention de la prime ovine est soumise à une productivité minimum de 0,4 agneau/brebis, 2/3 des exploitations ne vendent pas un agneau par brebis. Pour satisfaire la filière, alors que tous les signaux sont au vert en 2015, l’augmentation de la productivité des troupeaux s’impose avec son corollaire, l’accompagnement technique.
Lait : le poids des incertitudes
2014 a marqué une pause salutaire pour les élevages laitiers avec une reprise du prix du lait et une productivité accrue. Les livraisons ont progressé de 6,5%. Le marché donne de nouvelles perspectives de développement et si la baisse des résultats des exploitations perdure, c’est sans à-coup. Pour 2015, les incertitudes pèsent lourd : chute du prix du lait, disparition des quotas, concurrence européenne accrue... Difficile pour le moment d’évaluer l’impact de la nouvelle gestion par la contractualisation sur la production laitière bourguignonne. Nadine Darlot, responsable lait régionale, remarque que les schémas peuvent être très différents d’un producteur à l’autre et que beaucoup d’incertitudes accompagnent certains marchés «porteurs». La grande question en région Bourgogne, reste aussi le coût de la collecte et donc sa pérennité.
Nouvelle venue dans cette présentation régionale, la filière équine se distingue par un nombre d’installations aidées relativement important, en majorité pour la création de centres équestres et de pensions, dans un contexte économique difficile. La filière équine connaît une période morose, avec une diminution importante de la production de chevaux et un commerce peu actif.
Comme dans les autres régions françaises, la production porcine a poursuivi sa baisse d’activité en Bourgogne, avec un prix du porc qui s’est dégradé en 2014. La baisse relative du prix de l’aliment n’a pas suffi à éviter que les résultats des élevages porcins se trouvent encore dans le rouge.
Volailles : une carte à jouer en label
Le développement de la filière volailles se poursuit dans la région avec une hausse de la production en 2013 et une bonne tenue du marché Label rouge en 2014. Ce segment devrait bénéficier d’un plan de développement de nouveaux bâtiments pour répondre à la demande.
Région apicole historique, la Bourgogne est l’une des six premières régions apicoles françaises par le nombre d’apiculteurs et au 8ème rang pour le nombre de ruches (68 000). 80 apiculteurs professionnels gèrent 50% du cheptel régional. L’apiculture bourguignonne est très orientée vers les circuits courts et la transformation. L’emblématique pain d’épices constituant l’un des leviers de l’optimisation de la valeur ajoutée.