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Lait

Indemnisations et interrogations en vue

Nathalie Mairet, présidente de la commission Bovins lait à la FDSEA 21 et responsable régionale à la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), revient pour nous sur le dispositif d’indemnisation mis en place afin de favoriser la baisse de production laitière.
Par Berty Robert
Indemnisations et interrogations en vue
( Crédit photo: Réussir ) Le Cniel, l’interprofession laitière, a mis en place un fonds d’indemnisation qui devrait permettre aux producteurs de lisser le traditionnel pic de production d’avril. Mais les critères de cette indemnisation pourraient ne pas ê
Réduire la production d’un côté, indemniser les producteurs de l’autre : telle est l’équation qui se pose actuellement à la filière laitière. Comme bien d’autres, elle est affectée par les conséquences que l’épidémie de coronavirus a sur la distribution alimentaire dans son ensemble. Le 30 mars, face à la dégradation rapide de la situation, la FNSEA expliquait qu’elle travaillait au sein de l’interprofession sur « la mise en place d’un dispositif de compensation sans perte de revenu pour les éleveurs visant la modération des volumes ». L’objectif étant « d’éviter l’engorgement des outils productifs et la baisse brutale des cours du marché ». Depuis, du chemin a été fait, comme en témoigne Nathalie Mairet, productrice laitière, présidente de la commission Bovins lait au sein de la FDSEA de Côte-d’Or et responsable régionale à la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). « Le 6 avril, explique-t-elle, le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) a décidé de prélever entre 10 et 20 millions d’euros sur ses fonds propres constitués des cotisations des adhérents et des payes de lait, afin de constituer un fonds d’aide à la diminution de collecte ».

Débouchés réduits
C’est là une conséquence directe de l’écroulement de l’export du lait français (30 à 40 % de la production laitière nationale) et, pour le lait écoulé sur le marché intérieur, les débouchés se sont aussi considérablement réduits : quasiment plus de consommation en restauration hors foyer (RHF). « Certains recherchent des possibilités de stockage, explique Nathalie Mairet, mais cela reste compliqué. Il a donc été demandé de baisser la production et l’indemnisation qui pourra se faire grâce au fonds du Cniel sera établie sur la base d’avril 2020 par rapport à avril 2019 ». Le niveau de baisse de production attendu se situe entre 2 et 5 %. Si les producteurs réalisent une baisse inférieure à -2 % par rapport à leurs chiffres d’avril 2019, ils n’auront droit à aucune indemnité, et si leur baisse est de plus de -5 %, ils seront indemnisés, mais uniquement sur le barème prévu pour une baisse de 5 %. Le montant de l’indemnisation est fixé à 320 euros la tonne de lait. Le fonds débloqué par le Cniel doit servir à passer le cap du mois d’avril, caractérisé par un pic de production de 3 % d’augmentation de la collecte, qui correspond à la période de mise à l’herbe des vaches. La baisse attendue devrait permettre de lisser ce pic de production traditionnel. « C’est important, souligne Nathalie Mairet, parce qu’avec les bonnes conditions que l’on a connu depuis le début du printemps, le pic est bien là ».

Crainte sur les critères d’indemnisation
Une problématique supplémentaire de baisse du prix du lait se pose aussi actuellement, mais, pour la représentante de la FNPL, il est difficile aujourd’hui d’avoir une vision claire sur les raisons de cette baisse : est-elle plus liée à une tendance saisonnière, en raison du fameux pic précédemment cité, qui se pose chaque année sur la période avril-mai ? Résulte-t-elle des conséquences du Covid-19 ? Il y a sans doute un peu des deux. Au-delà de la situation actuelle, la crainte des éleveurs laitiers dans la région est aussi à mettre en lien avec le fait que le secteur sort de deux années de sécheresse. C’est là un critère à prendre en compte dans les conditions d’indemnisation qui se profilent : « on craint que nos collègues ne puissent pas bénéficier de cette aide à la réduction de production, parce qu’on risque d’être au-dessus de notre référence de l’an passé, plutôt qu’en dessous, du moins sur le mois d’avril. Nous sommes plusieurs de la zone Est à avoir attiré l’attention du bureau national de la FNPL sur ce fait. Nous souhaiterions que les références prises en compte soient antérieures aux deux années de sécheresse (2018 et 2019). Malheureusement, on nous a répondu non sur ce point. La référence sera donc avril 2019 pour tout le monde. Ce point nous pose problème et cela va nous pénaliser, de même que, dans le centre-est de la France, nous sommes sur des fabrications de fromages de plaine, qui réclament un affinage de trois semaines à plus d’un mois, et ces produits sont très impactés par la crise sanitaire. Ils doivent être consommés rapidement, or, tout ce qui était prévu pour l’export ne peut pas partir. C’est le cas de l’époisses, du chaource… Toutes les fromageries de Côte-d’Or (Gaugry, Delin, Berthaut) sont très affectées. Il faut qu’on puisse aider nos PME de transformation locale et que pour elles, les aides d’État soient plus adaptées ». Seule lueur d’espoir : que le confinement soit le plus bref possible.