Grandes cultures : une année sèche
Symbole du calvaire que traverse le milieu des grandes cultures cette année, le maïs devrait voir sa production reculer cette année de 35 % par rapport à l’année dernière, rapporte le service statistique du ministère de l’Agriculture, Agreste.
Ce niveau, historiquement bas, n'avait plus été atteint depuis 1980. Les causes sont connues et implacables : A une réduction drastique des surfaces de 21 % s'ajoute à un rendement moyen de seulement 70,3 q/ha, en chute de 19 % par rapport à 2025. La situation s’est dégradée avec une rapidité fulgurante dès la mi-juin. Au 27 juillet, seulement 34 % des surfaces de maïs se développaient dans de bonnes conditions, contre 76 % en moyenne sur les cinq dernières campagnes. La phase critique de la floraison a été percutée par des épisodes caniculaires, provoquant un stress thermique irréversible. Le maïs non irrigué est le plus sinistré avec un rendement de 59,3 q/ha, plongeant de 40,7 %. Face à ce désastre, de nombreuses parcelles sont réorientées vers l'ensilage pour pallier le déficit fourrager national. Le sorgho subit un sort similaire, sa production s'effondrant de 52 % sous l’effet d’un repli massif de la sole cultivée. Le secteur de la pomme de terre de conservation n'est pas épargné.
Les céréales à paille limitent la casse
Après le niveau record de 2025, la production chute de 22 % et devrait s’établir aux alentours de 6,5 Mt. Le rendement moyen, estimé à moins de 40 t/ha, est l’un des plus faibles observés depuis 1996, reflétant une campagne très précoce et des sols assoiffés. Les céréales à paille (blé tendre, orge) limitent la casse avec une baisse de 5 % à 46,1 Mt. Si elles ont évité les pics de chaleur grâce à leur cycle hivernal, leur rendement global de 65,5 q/ha a été pénalisé par des excès de pluies hivernales ayant perturbé l'enracinement. Les protéagineux reculent également de 12 % et les betteraves voient leurs surfaces se rétracter de 6 % dans les régions clés. La stabilité apparente de la production totale d’oléagineux, maintenue à 6,5 Mt, est en réalité un trompe-l’œil. Seule l'augmentation massive de la sole (+13 %) permet de compenser l'effondrement des rendements dû au stress hydrique. Le tournesol affiche ainsi un rendement de 18,1 q/ha, soit le niveau le plus faible depuis au moins 1980. Le soja, culture particulièrement assoiffée, voit son rendement tomber à 19,3 q/ha, soit 6 q/ha sous la moyenne 2021-2025. Le colza parvient à progresser légèrement à 4,7 Mt (+1,7 %) car la hausse des surfaces de 12 % éponge un rendement moyen en recul de 10 %.
Au-delà de nos frontières
Ce marasme dépasse largement nos frontières. Ainsi la récolte de maïs des 27 pays membres pourrait être la plus faible depuis 2010, à 50,8 Mt, soit un recul de 16 % sur un an. La France est responsable de près de la moitié de ce recul de la production européenne. Le blé tendre européen perd 8 % (124 Mt), plombé par la dégradation des rendements en Allemagne et en Espagne. L'orge et le blé dur suivent cette tendance négative, avec des baisses respectives de 8 % et 10 % à l'échelle de l'UE. En définitive, cette année 2026 devrait rester dans les mémoires comme l’un des plus critiques pour les grandes cultures qui restent, nolens volens, très fragiles face à une météo erratique, entre déluges hivernaux et chaleurs estivales intenses.