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Stratégie

Poulet : la difficile reconquête de la souveraineté

Une récente étude Agreste vient confirmer une réalité quotidienne : une hausse de la consommation et des importations de volailles. En 2025, la consommation de viande de poulet a bondi de 5,6 % sur un an, prolongeant une tendance de fond observée depuis deux décennies.

Par Christophe Soulard
Poulet : la difficile reconquête de la souveraineté
L'élevage de volailles est un élément de reconquête d'une souveraineté alimentaire française mise à mal.

Le poulet est désormais, à égalité avec le porc, la viande la plus consommée dans l’Hexagone, représentant 30 % des volumes totaux de viande contre seulement 13 % en 2000. Cette dynamique s'explique par son prix plus accessible que la viande rouge, sa praticité en cuisine et sa compatibilité avec la majorité des régimes alimentaires. Face à cet appétit croissant, la production française progresse, mais pas assez vite pour suivre le rythme de la demande. En 2025, les abattages ont augmenté de 4,4 % en volume (lire encadré). Cependant, cette croissance repose essentiellement sur l'alourdissement des carcasses (+0,9 % par an en moyenne depuis 2000) plutôt que sur l'augmentation du nombre de têtes abattues (+0,2 %). 

Découpes privilégiées

Ce mode de production peine toutefois à répondre à la structure actuelle de la demande, massivement orientée vers la restauration hors domicile et l'industrie agroalimentaire, indique la note du service statistique du ministère de l’Agriculture. Ces secteurs privilégient les découpes (escalopes, cuisses) et les produits élaborés (nuggets, cordons bleus), qui représentent plus de 80 % des volumes consommés à domicile, alors que le poulet entier ne pèse plus que 13 % du marché. Ce déséquilibre structurel favorise une dépendance historique aux importations. Depuis 2022, plus de la moitié de la viande de poulet consommée en France est importée. En 2025, le taux de dépendance a atteint 52,2 %, alors qu'il n'était que de 23,8 % en 2000. Ces flux proviennent à 92 % de l'Union européenne. La Pologne s'impose comme le fournisseur leader, fournissant 42 % des plats élaborés et 35 % des découpes importés, grâce à des coûts de production inférieurs de 10 % aux coûts français. En conséquence, le solde commercial de la filière continue de se dégrader, avec un déficit record de 1,8 milliard d'euros enregistré en 2025. Si les exportations progressent de 7,8 % sur un an, notamment vers la zone Pays-Bas/Belgique/Allemagne, elles ne compensent pas l'érosion des ventes vers le grand export. 

Le défi du « standard »

Les exportations vers le Moyen-Orient ont chuté de 67 % en dix ans après l'arrêt des aides européennes, forçant les opérateurs à un recentrage vers le marché communautaire et à une montée en gamme. Bien que les mises en place de poulets Label Rouge (+5 %) et biologiques (+6 %) affichent une reprise en 2025, la filière reste confrontée au défi de reconquérir un marché intérieur massivement dominé par le segment « standard ». Une reconquête qui passe par la construction de 2 200 poulaillers pour produire du poulet du quotidien d’ici 2035. Ce qui correspond à 90 élevages de deux à trois poulaillers par an. Cet objectif permettrait de reconquérir (seulement) 30 % des volumes importés.

Toujours plus d'abattages

En mai dernier, la filière poulet a confirmé sa place centrale dans l’aviculture française. Les abattages de poulets ont poursuivi leur progression avec 64,7 millions de têtes, soit une hausse de 0,6 % sur un an et de 8,9 % par rapport à la moyenne 2021-2025. Si les mises en place ont marqué un léger repli en avril (-1,5 %), la production reste largement au-dessus des niveaux historiques. La consommation de viande de volaille, dont le poulet représentait 81 % du volume en 2025, demeure très dynamique : elle progresse de 3 % sur un an en avril et dépasse de 11,8 % la moyenne des cinq dernières années. Ce marché soutenu entraîne toutefois un creusement du déficit extérieur, les importations progressant de 5,6 %. Enfin, le prix à la production reste orienté à la hausse (+1,9 % en mai), alors que le coût des intrants augmente également (+2,7 % en avril).