Financer une agriculture qui se réinvente
Le bilan de l'activité du Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne révèle une santé économique locale plus résiliente que prévu. Pour accompagner ce contexte en agri-viti, la banque fait preuve de créativité en imaginant des solutions nouvelles et en ciblant des enjeux tels que le renouvellement des générations ou la diversification.
« Contre toute attente, 2025 aura été une bonne année » : tel est le constat dressé par Emmanuel Vey, directeur-général du Crédit Agricole Champagne-Bourgogne, au moment de faire le bilan de l'année écoulée. Une telle perspective ne coulait pas de source, il y a un an. Les soubresauts de l'économie mondiale, en partie générés par le retour au pouvoir d'un Donald Trump aux stratégies difficilement lisibles, doublés d'une instabilité gouvernementale en France, n'incitaient pas à l'optimisme. Pourtant la caisse régionale, qui opère sur les départements de l'Aube, de la Côte-d'Or, de la Haute-Marne et de l'Yonne affiche un résultat net en hausse de 7,3 % (voir encadré chiffres). Le secteur agri-viti y a pris sa part, en s'appuyant notamment sur des solutions inédites : « L'an dernier, reprend Emmanuel Vey, nous avions annoncé le lancement d'une banque d'affaires de l'agriculture, à travers laquelle nous sommes capables d'apporter du conseil à des groupes agricoles de notre territoire. » Ce type de configuration financière est une des réponses que la banque souhaite apporter à l'enjeu du renouvellement des générations en agriculture et viticulture.
Portage de capital
Jean-Yves Remillet, président de la caisse régionale, précise le but poursuivi : « Nous avons imaginé un système qui nous permet de tester un portage de capital pendant un certain temps, afin de permettre une transmission d'exploitation et donc un développement de l'agriculture. Notre rôle de leader sur ce secteur nous oblige à être novateurs : évoquer des solutions d'apport de capitaux autres que des prêts à moyen et long terme sont des débats qui, il y a encore peu de temps, faisaient polémique dans la profession. Notre rôle n'est pas d'être propriétaire des exploitations, mais d'accompagner les transitions dans ce cadre. » Au Crédit Agricole, on cherche aussi à accompagner les mutations agricoles à l'œuvre en matière de diversification ou de transition énergétique : la banque a financé plus de 70 installations de production de biogaz sur son périmètre et, à elle seule, elle finance 5 % des projets de production biogaz français. « La France veut pousser ce type de production et nous avons l'expertise nécessaire. Nous diversifions les solutions parce que le modèle agricole se diversifie » souligne le directeur-général.
Éviter la crise alimentaire
Au-delà, l'accompagnement des installations reste une pièce maîtresse de la dimension agricole propre à la banque. 9 jeunes sur 10 qui s'installent sont financés par le Crédit Agricole. Ils ont été 200 en 2025. « Dans ce cadre, précise Jean-Yves Remillet, nous parlons des agricultures plutôt que de l'agriculture. On voit émerger des modèles de plus en plus différents sur nos territoires. Nous finançons aussi bien des personnes en reconversion qui font de l'apiculture ou du maraîchage en circuit court, que des agriculteurs qui sont sur des productions nécessitant plus de superficie et pour fournir des marchés nationaux. » Dans le contexte énergétique actuel, il y a là, pour le président de la caisse régionale, un défi quasi vital : « la crise énergétique pourrait vite déboucher sur une crise alimentaire. Certains agriculteurs se disent qu'au prix où sont les engrais, le carburant, et au prix auquel est vendu le grain aujourd'hui, ils ne vont pas emblaver leurs parcelles. Vous imaginez ce que cela peut provoquer ! Nous travaillons donc à l'accompagnement d'agriculteurs qui souhaiteraient réintroduire de l'élevage sur des zones à faible potentiel cultural. Nous travaillons beaucoup, avec les grands opérateurs pour voir comment il est possible de réintroduire de l'élevage sur ces zones. Il y a une place à prendre pour les Bourguignons sur de l'engraissement local en bovins. Nous constatons aussi l'émergence de projets volaillers, y compris de manière collective : les agriculteurs se prennent en main. » Mais Jean-Yves Remillet reprend aussitôt sa casquette de financeur de projets de territoire en rappelant un autre aspect essentiel à la bonne santé du tissu agricole : « il faut veiller à ne pas perdre nos outils d'abattage et de transformation. »
Le directeur régional sur le départ
Directeur général de la caisse Champagne-Bourgogne du Crédit Agricole depuis 2020, Emmanuel Vey va bientôt quitter son poste. Il est appelé à prendre la direction de la caisse régionale centre-est, dont le siège est près de Lyon. Il s'agit de la deuxième plus grande caisse régionale de France. Emmanuel Vey va prendre ses nouvelles fonctions au mois de novembre.
Le bilan chiffré de 2025
Pour le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne, les chiffres de production de crédits en sont en progression de 3,1 % par rapport à 2024.
– Ces crédits concernent l'agriculture pour 20 %. Ce secteur est le second en proportion de prêts financés après ceux alloués aux particuliers (46 % du total).
– La banque présente sur les départements de l'Aube, de la Côte-d'Or, de la Haute-Marne et de l'Yonne affiche un résultat net de 98,3 M d'euros, en hausse de 7 % par rapport à 2024.
– Elle se fixe un objectif de 100 000 clients sur son périmètre en 2030. En attendant, pour 2025, elle en a engrangé 25 000 supplémentaires, portant son total à 608 000.
– Sur les secteurs agricole et viticole, les encours de crédits sont en progression de 6 % et atteignent 533 M d'euros.
-300 prêts, pour une valeur de 18 M d'euros, ont été accordés dans le cadre d'installations d'agriculteurs et de viticulteurs.