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Chambre régionale d'agriculture

Filière bois : protéger la ressource et garder la valeur ajoutée

Réchauffement climatique, dépérissements de plusieurs essences, surabondance de gibiers, risques d’incendie : la forêt de Bourgogne Franche-Comté se trouve à un tournant. Consciente de l’urgence, la Chambre régionale d’agriculture a choisi d’y consacrer sa dernière session, dans le Jura.

Par Sébastien Closa
Filière bois : protéger  la ressource  et garder la valeur ajoutée
La session de Chambre régionale d'agriculture se tenait au lycée du bois, à Mouchard, dans le Jura.

« Le but de cette session est de présenter l’action des Chambres avec leurs partenaires mais aussi d’éviter que le bois de Bourgogne Franche-Comté (BC) ne parte en Chine pour qu’ensuite on achète des meubles chinois », a expliqué François Lavrut, qui intervenait en tant que président du COR Forêt Bois, lors de la session de Chambre régionale d'agriculture organisée le 27 novembre au lycée du bois de Mouchard, dans le Jura. Cette session de Chambre a été l’occasion de présenter le programme « Valorisation du bois et des territoires » qui définit un plan pluriannuel d’actions destiné à soutenir la forêt privée. Il se traduit par des aides, des conseils et des mesures d’accompagnement pour les propriétaires, allant de l’aménagement sylvicole à la mise en valeur du bois local. Ce programme vise aussi à rapprocher l’amont de l’aval, en favorisant à la fois la préservation des ressources forestières et la relocalisation de la valeur ajoutée. Plusieurs actions concrètes ont déjà été mises en place pour accompagner les propriétaires forestiers vers une gestion durable de leurs parcelles, à travers des formations, des chantiers groupés ou des diagnostics individualisés. Ce programme soutient la structuration de filières locales et intervient sur des dossiers transversaux comme le sylvopastoralisme, la prévention des incendies ou l’intégration de la forêt dans les documents d’urbanisme.

Accélération du dépérissement

Le Préfet de Région, Paul Mourier, a présenté le « Dire de l’État pour la forêt et le bois en BFC », un document unique destiné à donner une orientation claire à l’ensemble de la filière à travers dix lignes directrices applicables immédiatement. Parmi les principes clés de ce « Dire » figurent le renouvellement forestier, la diversification des essences, l’accélération des documents de gestion, la lutte contre le déséquilibre sylvo-cynégétique, l’anticipation des risques et stockages des bois de crise, etc. « Pour développer et protéger la ressource, il faut qu’elle produise des revenus de manière raisonnée », a souligné le Préfet, évoquant aussi la piste de paiements pour services environnementaux destinés aux forestiers. Le représentant du Centre régional de la propriété forestière (CPF) a dressé un état des lieux préoccupant de la forêt régionale. Les épicéas restent fortement touchés par les scolytes, tandis que chênes et hêtres montrent à leur tour des signes de dépérissement. « Les demandes de coupes d’urgence se multiplient et posent la question du choix des essences à replanter dans un contexte climatique en profonde évolution », questionne-t-il.

Renforcer l'attractivité des métiers

Les Communes forestières ont rappelé pour leur part que la BFC est la région de France qui compte le plus grand nombre de forêts communales. Leur directeur Rémi Chambaud a souligné l’importance des contrats d’approvisionnement passés avec les entreprises de transformation : si l’objectif national fixe à 35 % la part de bois communaux vendus via ces contrats, la région atteint déjà 45 %. Les communes sont aussi de grandes consommatrices de bois local, que ce soit pour la construction ou pour le chauffage, contribuant ainsi directement à la structuration de la filière. Du côté de l’aval de la filière, Delphine Michaud, déléguée générale de Fibois BFC a insisté sur la nécessaire adaptation des entreprises de transformation face à l’évolution rapide de la ressource : « L’aval doit s’adapter et travailler les essences marquées, comme l’épicéa scolyté ou le hêtre dépérissant. Ce bois a permis de belles réalisations en BFC car nous avons des entreprises innovantes. Mais le principal frein reste l’attractivité du métier » « Toutes les formations inhérentes à la filière sont accessibles dans la région, » précise Willy Bourgeois, vice-président du Conseil régional en charge des lycées et de l’alimentation. Un constat partagé par Pierre-Henry Pagnier, représentant de la Chambre d’agriculture 25/90 qui a rappelé que la région dispose de solides atouts pour renforcer la filière, notamment une ressource abondante et un tissu d’entreprises performantes. « Nous pourrions devenir l’une des premières régions forestières françaises, à condition de rendre le bois plus compétitif face à d’autres matériaux comme l’acier », estime-t-il. Il a également souligné le potentiel des sous-produits de la transformation et rappelé le rôle du pastoralisme. « Les vaches et les moutons sont les meilleurs moyens pour lutter contre les feux », a-t-il insisté. Une autre problématique que subit la forêt est la surabondance de gibier. « Cette prolifération est principalement due au réchauffement climatique, estime Christian Lagalice, président de la fédération des chasseurs du Jura. Autrefois, l’hiver régulait les animaux, ce n’est plus le cas. La surfréquentation des bois fait aussi fuir les animaux qui se réfugient dans les parcelles agricoles la journée ».

Forêts morcelées et mal desservies

Les acteurs de terrain ont aussi rappelé que parmi les premiers freins rencontrés figurait la difficulté de création de dessertes forestières et le morcellement de la propriété privée. En Franche-Comté, 37 % des parcelles font moins de 4 hectares, contre 17 % en Bourgogne. Le Code forestier prévoit un « droit de préférence » en faveur des propriétaires de parcelles boisées contiguës lorsqu’une vente concerne une propriété inférieure à 4 hectares et les communes disposent aussi d’un droit de préemption. Selon les notaires, 80 % des ventes de petites surfaces boisées se font au profit de riverains. Concernant la création de dessertes, le président de la Chambre d’agriculture du Jura explique que « la création d’ASA forestières, regroupant plusieurs propriétaires pour le développement de pistes, est chronophage. Il faut de 8 à 10 ans de démarche administrative avant de pouvoir commencer les travaux. Pour la dernière créée dans le Jura, la LPO a mis le projet devant le tribunal, lui faisant perdre de précieux mois. Et pendant ce temps, la forêt continue à dépérir ». « On ne demande pas de l'argent, mais des moyens pour agir, pour être plus efficace sur ces créations de pistes, » précise Vincent Lavier, président de la Chambre régionale d’agriculture.