« Face aux baisses de subventions, nous devons nous réinventer »
Réunis en assemblée générale au lycée agricole de Montmorot, dans le Jura, les responsables d’Afdi BFC ont dressé le constat d’une année 2025 plus difficile, marquée par une forte baisse des financements publics consacrés à l’aide au développement.
Créée par les organisations professionnelles agricoles françaises, l’Afdi œuvre depuis cinquante ans au soutien des agricultures familiales à travers le monde, en accompagnant des organisations paysannes partenaires et en favorisant les échanges entre agriculteurs du Nord et du Sud. Mais, comme beaucoup d'organisations de coopération internationale, elle se trouve aujourd'hui confrontée à des restrictions budgétaires qui l'obligent à repenser ses actions. Les questions entourant ce contexte étaient au cœur de l'assemblée générale d'Afdi Bourgogne-Franche-Comté (BFC) organisée récemment dans le Jura, au lycée agricole de Montmorot. « La crise est similaire pour toutes les Organisations non gouvernementales (ONG) », a rappelé Étienne Degay, président d’Afdi BFC et agriculteur à La Loye, près de Dole. Selon l’association, les aides publiques accordées aux ONG ont diminué de 66 % entre 2024 et 2026. Une situation qui aurait déjà entraîné la suppression de près de 10 000 emplois en France et à l’étranger et qui impacterait environ 15 millions de bénéficiaires dans le monde. Cette baisse des soutiens ne touche pas que la France mais l’ensemble des principaux pays donateurs. Afdi BFC n’échappe pas à cette situation. L’association a dû se séparer de son salarié basé dans le nord de Madagascar, qui assurait le lien entre les agriculteurs malgaches et l’association régionale. « Comment pourrons-nous travailler avec lui à l’avenir ? C'est un peu l’inconnu, reconnaît Étienne Degay. 2026 va être une année de transition. Nous sommes au pied du mur mais il ne faut ni désespérer ni s’avouer vaincu. Nous allons devoir nous réinventer. Afin de garder une certaine indépendance, nous devons élargir notre base d’adhérents et mobiliser des moyens susceptibles de générer des revenus pour soutenir nos actions ». Le président appelle à développer les initiatives solidaires et la recherche de mécènes afin de maintenir les projets engagés. « Pour ne rien arranger, cette baisse des subventions s’accompagne d’une érosion progressive du bénévolat », précise Sophie Fonquernie, présidente d'Afdi nationale. En 2025, la valorisation du temps bénévole représentait encore plus de 64 000 euros. Malgré ce contexte, Afdi BFC a poursuivi ses actions de coopération et de sensibilisation. Plusieurs représentants d’organisations paysannes partenaires venus de Madagascar et du Togo ont été accueillis dans la région. Ces échanges ont donné lieu à de nombreuses rencontres avec les organisations professionnelles agricoles, les Jeunes Agriculteurs, les FDSEA, les sections d'anciens exploitants ou encore la Chambre régionale d’agriculture. Les discussions ont porté sur des problématiques telles que le renouvellement des générations, l’adaptation au changement climatique, l’organisation des filières agricoles ou encore la structuration syndicale.
Les jeunes parlent aux jeunes
La sensibilisation des jeunes constitue un axe important du travail mené par l’association. En 2025, quinze interventions ont été réalisées dans des établissements agricoles et universitaires de BFC, touchant près de 370 élèves, étudiants et enseignants. Au lycée agricole de Montmorot, deux classes ont participé à un projet pédagogique consacré à Madagascar, autour des réalités agricoles et des conditions de vie sur l’île, avec des travaux en groupes et la réalisation de cartes comparant les agricultures française et malgache. Une mission inter-Afdi a également permis à deux jeunes agriculteurs tchadiens de venir témoigner dans plusieurs établissements agricoles français. Originaires d’un pays sahélien possédant le plus important cheptel de camélidés d’Afrique, ils ont échangé avec les élèves sur l’accès au foncier, la formation ou encore la place des femmes dans l’agriculture. « Pour beaucoup d’étudiants français, un agriculteur sans tracteur n’est pas vraiment un agriculteur. Ces rencontres permettent de leur ouvrir les yeux », souligne Étienne Degay, qui craint toutefois que ce type d’actions soit plus difficile à maintenir à l’avenir faute de financements.
Des projets agricoles variés
Au-delà de ces actions de sensibilisation, la principale mission d’Afdi reste l’accompagnement du développement agricole dans les pays partenaires. Les projets soutenus concernent la structuration des organisations paysannes, l’installation des jeunes, la formation technique ou encore la commercialisation des productions. À Madagascar, l’association accompagne le développement d’une filière semences de riz et de légumineuses, soutient une coopérative laitière autour de la collecte et de la transformation du lait et travaille au développement de services destinés aux jeunes agriculteurs. D’autres projets concernent la création d’une cave viticole paysanne ou la promotion de la culture de la pomme de terre. Au Togo, Afdi intervient sur la mise en place d’un cahier des charges pour une certification biologique participative. L’association accompagne également des réseaux de jeunes producteurs sur les questions de production de semences d’igname, de formation et de gouvernance des organisations paysannes. Au Cameroun, Afdi BFC soutient des organisations de producteurs engagées dans la filière cacao afin d’améliorer la valorisation des récoltes et les revenus des exploitations familiales. L’accompagnement porte sur la structuration des coopératives, la formation des producteurs, l’amélioration de la qualité des fèves et l’organisation de la commercialisation.