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Après la dernière session de la Chambre

Eric Bertrand candidat à sa succession sur la liste et les valeurs de la FDSEA-JA

Les membres de la Chambre d'agriculture de la Nièvre se sont réunis en session, jeudi 22 novembre, pour la dernière fois de la mandature. Non sans adopter un budget primitif 2013 qui sera sans doute aménagé par la nouvelle équipe qui sortira des urnes en janvier prochain. éric Bertrand, le président sortant, est candidat à sa succession. Il a répondu à nos questions.
Par PROPOS RECUEILLIS PAR EMMANUEL COULOMBEIX
Eric Bertrand candidat à sa succession sur la liste et les valeurs de la FDSEA-JA
Éric Bertrand (au premier plan) a présidé sa dernière session de la mandature, avant les élections à la Chambre d'agriculture de janvier 2013.
[G]Terres de Bourgogne: «Vous venez de présider la dernière session de la mandature. Quel bilan tirez-vous de celle-ci?[g]
[G]à‰ric Bertrand[g]: [I]«Ce qui a caractérisé cette mandature, c'est que le revenu des producteurs a été drôlement secoué pendant plusieurs années, même si cette dernière est un peu moins triste. Les productions végétales ont connu deux bonnes années, 2008 et 2012. Malheureusement, les productions animales n'en ont pas connu autant. Le revenu est quand même des plus tristes et des plus bas. Et puis il y a eu les vicissitudes du métier, un coup de gel par-ci, un coup de sécheresse par-là. La nature n'est heureusement pas si mal faite et elle a offert quelques possibilités de récupération. Mais quand pendant quatre, six ou dix ans, on n'arrive pas à décoller et qu'on ne peut pas faire des investissements dans les entreprises, c'est difficile de se donner des perspectives. Cela a été une des caractéristiques des dernières années».[i]

[G]TDB: François Roze, cet après-midi, a dressé le tableau des enjeux de l'agriculture nivernaise à partir des données du Recensement général agricole de 2010. Quelles sont les perspectives pour 2013 et les années qui viennent?[g]
[G]EB:[g] [I]«Ce que j'ai dit ce matin, c'est que l'objectif de la Chambre n'est pas simple. Il y a souvent plein d'intérêts qui peuvent paraître plus ou moins contradictoires, même si sur le long terme ils ne le sont pas. Le boulot de la Chambre, c'est d'optimiser le mieux possible, le plus possible, la valeur ajoutée de la ferme Nièvre parce qui si on veut exister en tant qu'agriculteurs dans la Nièvre, il faut qu'on ait un poids économique significatif. Souvent les intérêts individuels sont contradictoires avec les intérêts collectifs et on doit favoriser le plus possible le collectif, sans pour autant limiter l'ambition des intérêts personnels. Il est évident qu'il y avait des besoins de restructuration en agriculture, mais n'empêche que dans certaines situations le manque de bras mais aussi de cerveaux fait que le dynamisme de la Nièvre risque d'en prendre un coup, malgré des entreprises très performantes. On n'y est pas arrivé durant cette mandature-là mais je pense qu'il faudrait que l'on soit capable d'augmenter la palette des productions».[i]
[G]TDB: Par exemple?[g]
[G]EB:[g] [I]«Par exemple, des exploitations caprines qui pourraient être reprises ne trouvent pas de candidats, des productions ont été massacrées dans le département, comme la production ovine, on aurait des possibilités de commercialisation de productions de maraîchage mais on éprouve des difficultés à installer des maraîchers. Je suis persuadé qu'il y a encore la possibilité de dégager de la valeur ajouté sur d'autres productions que les productions céréalières que l'on connaît et les productions allaitantes bovins maigres».[i]
[G]TDB: Sur le budget primitif 2013 que les membres de Chambre ont adopté ce matin, vous dégagez un excédent de 52000 euros, mais c'est au prix d'une prévision d'une augmentation de 2% de l'imposition et de 2% du tarif des prestations. Est-ce que c'est nécessaire à l'équilibre de l'institution?[g]
[G]EB:[g] [I]«2%, c'est tout juste ce qu'il nous faut pour trouver un équilibre. Si nous n'obtenons pas l'augmentation de l'imposition, inévitablement, nous serons obligés de nous recroqueviller un peu sur un poste ou sur un autre. C'est la loi de finances qui définira le plafond maximum autorisé de cette augmentation. Le débat actuel qui veut qu'on diminue les dépenses publiques, j'y souscris complètement, sauf que 2012 n'est pas une des plus mauvaises années, en termes agricoles, et si on prend du retard sur la capacité de phosphorer et de faire plus de développement, ce n'est pas un bon coup pour l'agriculture départementale. Cette dychotomie entre la promotion collective de l'activité et la promotion individuelle n'est pas toujours facile à coordonner. Je ne souhaite pas du tout que les Chambres d'agricultures en général et celle de la Nièvre en particulier deviennent des bureaux d'études à la disposition d'une certaine élite. On a des bases d'imposition parmi les plus faibles de France et un taux bas: le fossé entre les départements qui ont le plus la possibilité de se développer et nous se creuse de plus en plus. Ce n'est pas l'ambition que j'ai pour le département».[i]
[G]TDB: àŠtes-vous candidat à votre succession?[g]
[G]EB:[g] [I]«Normalement oui. Il est clair que le jour où j'ai été élu président de la Chambre d'agriculture de la Nièvre, je me suis efforcé d'être le représentant de l'ensemble des agriculteurs de la Nièvre et je pense que je l'ai fait. Maintenant, il est clair aussi que j'ai été élu sur une liste FDSEA, sur des valeurs portées par la FDSEA. Si je suis candidat, ce sera sur la liste et les valeurs FDSEA. Je ne serai pas forcément tête de liste, mais je serai bien candidat à la présidence. Cela m'intéresserait de refaire un
mandat»[i].

La réforme de la PAC, quel impact?

Comme tous les responsables agricoles français, Eric Bertrand se montre préoccupé par les négociations, commencées la semaine dernière, sur le futur budget européen (et notamment agricole) et sur les conséquences qui en découleront dans la Nièvre. "€œNotre département est très sensible"€ estime-t-il parce que "€œc'est un peu comme la révision des politiques publiques il ya trois ans. Nous risquons d'être traités comme les départements qui sont plus au Nord de la France, donc de contribuer un peu sur certaines productions, ce qui s'est passé lors du rééquilibrage à mi-parcours, et par contre de moins figurer parmi les réattributaires"€. Pour le président de la Chambre d'agriculture, "€œil ne faudrait pas qu'un certain nombre de producteurs y laissent des billes et que ceux qui auront besoin des aides ne les récupèrent pas, sinon nous allons encore passer pour les dindons de la farce"€. Eric Bertrand voit dans ce problème de budget européen la marque que "€œles zones intermédiaires, dont on n'a jamais réussi à donner une définition bien précise, autre que les critères agro-pédoclimatiques, sont considérées comme trop riches pour être aidées et trop pauvres pour s'en tirer toute seule"€. Evoquant le débat sur une radio nationale le matin-même (ndlr: 22 novembre), il estime que "€œnous sommes loin, dans la Nièvre de l'argument selon lequel les aides PAC seraient notre argent de poche. L'élevage allaitant en a besoin pour s'en sortir et les productions végétales aussi dès que les prix diminuent"€. Rebondissant sur la proposition du président de la FRSEA d'Ile de France évoquant "€œplus de flexibilité"€ dans l'attribution des aides (au gré des productions malmenées à soutenir ponctuellement), Eric Bertrand admet "€œqu'il faut sans doute introduire un peu de flexibilité dans les négociations. Mais pour qu'il y ait négociations, il faut qu'il y ait débat. Et de bien réaffirmer qu'il n'est pas immoral de gagner sa vie quand on travaille, quand on est agriculteur. D'autant que les entreprises doivent investir dans les outils productifs et qu'ils doivent en avoir les capacités financières"€.