Prix du foncier : Des situations viticoles très contrastées
Les Safer ont publié, comme chaque année, une grande enquête sur les évolutions des marchés fonciers ruraux. Voici les principaux éléments qui en ressortent pour la Bourgogne et le Centre Val de Loire sur le secteur viticole.
L'enquête annuelle du groupe Safer sur les marchés fonciers ruraux, adopte, pour ce qui concerne les terres viticoles, un découpage géographique un peu particulier en cela qu'il regroupe la Bourgogne, le Beaujolais, la Savoie et le Jura. Sur ce périmètre les chiffres 2025 révèlent les plus fortes progressions de ventes en surface (+ 40,6 %) et en valeur (+ 73,7 %), portées par un nombre réduit de transactions exceptionnelles en Bourgogne et un volume de transactions qui augmente de 9,4 %. La hausse du prix moyen des vignes de 3,9 % est soutenue par l’ensemble des appellations de la Côte-d’Or, en particulier les Premiers crus, blancs (+ 6 %) comme rouges (+ 11 %). Les transactions portent majoritairement sur des surfaces inférieures à 50 ares. Intéressons-nous plus particulièrement aux situations observées dans l'Yonne, la Côte-d'Or, la Saône-et-Loire et le Jura.
Dans l'Yonne : Le marché viticole chablisien, toutes appellations confondues, représente 27 ventes en 2025, soit une baisse de 18 % comparativement à 2024. Les surfaces vendues sont supérieures : 23 hectares, soit une hausse de 39 %/2024. Contrairement à 2024, les superficies vendues sont à 100 % acquises par le fermier en place. Aucune vente n’est constatée en situation libre. Les prix observés évoluent faiblement : 3 % aussi bien en appellation Petit Chablis que Chablis. Quelques acquisitions sont observées en Chablis Premier Cru sur de très faibles surfaces et dans le cadre d’une vente de plusieurs appellations ne permettant pas de déterminer avec certitude le prix de vente de cette dernière. Ces évolutions de marché reposent donc sur un très faible nombre de références, imposant une grande réserve d’interprétation.
En Côte-d'Or : Le marché foncier viticole confirme en 2025 une légère ouverture amorcée ces dernières années, avec un renforcement du volume des transactions (+ 28 %) et des surfaces vendues (+ 51 %). Après une progression sensible en 2024, 2025 enregistre une hausse des prix, légèrement supérieure à 5 % toutes appellations confondues. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de marché toujours tendu, où la rareté de l’offre continue de contraindre les volumes échangés. Comme les années précédentes, l’essentiel des transactions porte sur des surfaces modestes, souvent inférieures à 50 ares, et majoritairement occupées. Les acquisitions interviennent le plus souvent pour conforter l’exploitation en place ou maintenir les fermiers. Le marché hors opérations sociétaires demeure très concurrentiel et ne représente qu’une fraction confidentielle du total des surfaces réellement échangées. Sur les prix, les évolutions 2025 confirment une appréciation générale du foncier, mais de manière hétérogène selon les niveaux d’appellations. Les appellations régionales poursuivent leur progression de manière contenue (+ 1 %), ainsi que les appellations communales en blanc de la Côte de Beaune (+ 3 %) et de la Côte de Nuits (+ 3 %), confirmant un mouvement globalement stabilisé mais toujours orienté à la hausse. À l’opposé, les appellations de la Côte de Beaune en rouge présentent une hausse importante (+ 20 %), témoignant de tensions particulièrement fortes sur ces secteurs, notamment sur quelques villages très recherchés. Ce phénomène se traduit également sur les Premiers Crus rouges (+ 11 %). La transparence accrue observée dans les opérations sociétaires laisse supposer, sans statistiques exhaustives, une revalorisation comparable voire supérieure à celle du marché foncier traditionnel. Comme les années précédentes, ces opérations jouent un rôle déterminant dans le maintien d’un niveau de prix élevé et dans la limitation du volume observable sur le marché libre.
En Saône-et-Loire : Pour la zone Beaujolais, la crise commence à se faire sentir au niveau des demandes de vignes. Même dans les crus Moulin à Vent, Juliénas et Chénas, les surfaces ont du mal à trouver des repreneurs. Seuls les bons terroirs génèrent des candidatures. Le cru Saint-Amour reste à part avec une demande plus forte de la part des viticulteurs locaux. Pour la zone mâconnaise, la baisse des cours du vin n’a pas d’impact direct sur le prix des transactions de vignes et terres à vigne sur l’année 2025. Si la tendance se maintient, on pourrait constater une baisse sur l’année 2026. L’absence de disponibilités des droits de plantation freine également les transactions de parcelle à planter. La demande en vignes reste forte, surtout sur les appellations les plus prestigieuses, mais les marchés restent fermés car l’attentisme est important. La Côte châlonnaise reste également sur un marché plutôt fermé avec une stabilité des prix des vignes et des terres à vigne. On constate une légère hausse dans les appellations premier cru en Givry et Mercurey sur lesquelles la demande est très forte. La forte demande en aligoté, notamment pour les crémants, tire les cours du vin et entraîne une poursuite de la demande sur les parcelles qui peuvent être plantées.
Dans le Jura : Le marché des vignes demeure limité d’une année sur l’autre, avec environ 50 hectares échangés en 2025. L’appellation Côtes du Jura structure l’essentiel de ce marché parcellaire, avec des niveaux de prix globalement en hausse pouvant atteindre près de 45 000 euros/ha pour les parcelles les plus qualitatives. Par ailleurs, les terres à planter bien situées et présentant de bonnes conditions d’aménagement restent toujours recherchées, notamment par de jeunes vignerons, souvent engagés dans des démarches de viticulture biologique.
Dans la Nièvre (Centre Val de Loire) : Pouilly (sur Loire et Fumé) demeure reconnue à l’international avec une notoriété forte dans les circuits de distribution haut de gamme. Marqués par des baisses de volumes commercialisés, les prix se maintiennent. Les marchés à l’export restent porteurs, avec la fragilité qu’on leur connaît, dans une période géopolitique tourmentée. L’appellation Coteaux du Giennois, produisant en rouge, blanc et rosé, reste plus sensible au contexte économique local et national. Cette appellation en progression assoit son image de vin accessible, d’un rapport qualité/prix en progression régulière. En parallèle de ce contexte, le marché foncier est faible en surface, voire quasi inexistant sur 2025. L'arrivée de jeunes viticulteurs et viticultrices en recherche d’une assise foncière, permettant leur installation, pourrait rendre la tendance haussière sur les prochains mouvements fonciers. Ce secteur d’activité agricole reste recherché.