Des gouttes d'eau préoccupantes ?
Depuis plusieurs semaines, c'est la pluie qui rythme la journée des agriculteurs. Une situation perçue comme stable, mais qui peut être inquiétante sur le long terme.
En observant les parcelles qui pour la plupart contiennent des « poches d'eau » le long des routes du département, nous sommes allés à la rencontre de Théo Allalou, conseiller en pédologie et agronomie à la Chambre d'agriculture de l'Yonne pour comprendre si ce phénomène ponctuel pouvait avoir un impact sur les cultures. En ce moment, il confirme le fait que « les sols sont saturés » et que nous assistons à des phénomènes de « ruissellement et d'infiltration ». Ce que constate donc le conseiller « c'est que l'entrée est supérieure à la sortie ». Cette situation s'était observée en 2024, avec des cumuls de précipitation importants et à un moment où le stade de développement des plantes était plus important, provoquant parfois « des nécroses racinaires et de la pourriture » et « des champignons » lorsque le sol restait humide pendant une plus longue période… Ces conséquences étaient moins visibles sur des prairies permanentes car « les sols sont couverts en permanence ». Théo Allalou ajoute que les pratiques jouent un rôle essentiel face à ce phénomène. « Les systèmes en monoculture sans diversité ni biodiversité sont davantage favorables à ce genre d'incidence ». Pour accompagner au mieux les agriculteurs touchés régulièrement par de forts cumuls de précipitation, il conseille « d'avoir des solutions au cas par cas ». Pour donner des exemples, « remettre de la prairie permettrait de protéger les sols et favoriser les cultures de printemps pourrait limiter l'impact ».
Une situation gérable
En retournant sur les routes du département, nous allons désormais à la rencontre de François Prulière, céréalier à Cézy. Avec 45 hectares situés en zones inondables à proximité de l'Yonne, il a conscience que ce sont des parcelles « touchées fréquemment par les précipitations ». Malgré le temps des derniers jours, il convient que « ce n'est rien, comparé à 2015, 2016 ou encore 2018 ». En jetant un coup d'œil sur son écran d'ordinateur, il visionne à de nombreuses reprises les images prises en drone, illustrant des parcelles invisibles sous la présence importante de l'eau. À cette période angoissante de sa carrière, en 2016, François Prulière avoue que l'assurance récolte contre les « aléas climatiques » qu'il avait pu percevoir avait permis « de combler le manque » car l'année était globalement humide. La semaine dernière, François Prulière témoignait d'une inquiétude mesurée car seulement 8 hectares étaient sous l'eau. Depuis cette semaine et le week-end pluvieux que nous avons traversé, son avis a changé. « Le niveau de l'Yonne est remonté, et je ne compte plus huit hectares, mais trente hectares impactés ». Il constate donc que « certaines parties vont se trouver sous l’eau pendant quinze jours - trois semaines », ce qui « sera forcément visible jusqu'à la moisson avec des pertes financières, à travers des dégâts ». Une annonce « qui ne me réjouit pas dans ce contexte de bas prix ».