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Agriculture biologique

Démonstration d’efficacité économique à Chazeuil

La Chambre d’agriculture 58, en partenariat avec Bio Bourgogne, a organisé un après-midi de découverte de l’agriculture biologique le 19 octobre dernier, au Gaec Didier et Quentin Garnier à Chazeuil. Découverte par l’exemple de l’efficacité économique d’un système d’exploitation où rien n’est laissé au hasard, la réflexion précédant toujours les choix stratégiques et agronomiques.
Par Anne-Marie Klein
Démonstration d’efficacité économique à Chazeuil
Présentation à deux voix de leur système d’exploitation par Didier Garnier, le père et Quentin, le fils.
S’il était nécessaire de démontrer que les cultures bios sont rentables, c’est chose faite. La journée organisée par la Chambre d’agriculture 58, en partenariat avec Bio bourgogne, au Gaec Garnier à Chazeuil, a montré qu’une bonne réflexion agronomique, des choix stratégiques adaptés au sol et à l’environnement et un raisonnement économique affûté, pouvaient amener une exploitation de polyculture (bio) et élevage (conventionnel), à bénéficier d’un EBE à 40 %.
Rien n’est dû au hasard, car Didier Garnier a fait évoluer son système de cultures en bio de longue date et a su transformer une contrainte (1/4 de l’exploitation en BAC et 100 % en zone vulnérable) en atout.
L’assolement bio concerne 169,94 ha de cultures et 39,84 ha de luzerne, répartis en terre à silex, parcelles plus humides et sols argilo-calcaires limoneux. Le fumier (composté) des 40 VA est épandu sur les céréales en seconde partie de rotation. La luzerne, récoltée en foin, est utilisée en tête de rotation à la fois pour nourrir le troupeau et comme culture de vente (80 à 100 t). Elle remplit parfaitement son office de « pompe à azote » et permet « de gérer l’enherbement ». La rotation a été adaptée aux trois types de sols et un raisonnement original, mais économiquement payant, a amené à orienter l’exploitation sur la production de céréales secondaires.

Faire les bons choix
La Chambre d’agriculture n’a pas manqué de relever que cet exemple montre bien que « l’agriculture biologique c’est tout le contraire d’un système de cueillette ». La réflexion systémique s’impose, car il s’agit « de faire les bons choix stratégiques en intégrant les trois paramètres que sont les sols, les variétés, les conditions d’implantation ».
Le Gaec a vite perçu que la culture de l’épeautre était particulièrement bien adaptée aux conditions d’exploitation et bénéficiait d’une valorisation bien supérieure à celle du blé bio, plus difficile à conduire sur ces configurations de sols et déconseillé en zone humide. Cette observation et des stratégies culturales associées à une réflexion agronomique particulièrement aboutie, ont permis de produire des récoltes de qualité, valorisée au prix fort sur un marché où la grande variabilité des prix est directement corrélée à la qualité. Sur ce chapitre, un triage et un stockage bien conduits agissent directement sur la qualité et donc également sur le prix de vente. Les prix du bio sont certes attractifs par rapport au conventionnel, mais rien n’est acquis d’avance, c’est la qualité qui fait le prix.

Un EBE à 40 % !
En 2017 les chiffres parlent d’eux-mêmes : les ventes donnent un blé à 268 €/t, une orge à 197 €/t, de l’épeautre à 656 €/t, du soja à 626 €/t, des féveroles à 301 €/t, lentilles à 1 168 € /t, triticale à 242 €/t et mélanges de céréales à 212 €/t.. L’essentiel des charges opérationnelles se limitant par ailleurs à l’achat de semences.
Le matériel destiné au travail du sol était présenté en complément de la découverte du système d’exploitation du Gaec : charrues, houe rotative inversée, déchaumeurs, herse étrille, bineuse, herse plate terrage forcé, vibroculteur, rouleau Cambridge, herse rotative… Matériel qui se complète avec un semoir (Accord + Marcksem), une faucheuse conditionneuse, une mélangeuse et un équipement de triage de semences (70 q/h).
Même si les charges apparaissent un peu plus élevées par rapport à d’autres exploitations du même type « ce qui compte au final c’est le résultat économique ».
Un très bon EBE à 40 % n’est pas si fréquent, en conventionnel notamment. Les nombreux agriculteurs ayant répondu à l’invitation de la Chambre d’agriculture et de Bio Bourgogne, ont pu ainsi juger sur pièce et s’informer largement, avant d’assister à une démonstration au champ de herse étrille.

Un atelier viande en conventionnel

Le Gaec Didier et Quentin Garnier possèdent aussi un atelier de production de viande bovine non bio. Le troupeau permet d’effectuer une quarantaine de vêlages. La production se compose de broutards repoussés lourds, de broutardes, de génisses de 30 mois finies et de vaches finies lourdes. Du fait du recours important aux concentrés pour alourdir ou finir les animaux et d’une forte prévention en matière sanitaire, les charges opérationnelles sont plus importantes que la moyenne sur cet atelier (concentrés et frais vétérinaires). Les 400 tonnes de fumier produit sont épandues sur les céréales bios en deuxième partie de rotation.