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Marché des vins

Début de ralentissement pour les bourgogne face aux secousses

Face aux secousses des marchés internationaux et à la déconsommation, la Bourgogne confirme sa solidité, mais entre dans une phase de marché plus incertaine, dans un contexte où la récolte 2025 est proche de la moyenne en quantité.

Par Cédric Michelin
Début de ralentissement pour les bourgogne face aux secousses
Laurent Delaunay, coprésident du Comité des vins de Bourgogne, annonce un ralentissement des ventes de certains vins de Bourgogne depuis la fin d'année 2025.

Dans un contexte mondial chahuté – ralentissement de la consommation, tensions commerciales et marchés export très contrastés – la Bourgogne tire son épingle du jeu, portée par ses vins blancs, ses appellations régionales et une demande internationale toujours solide. Les volumes progressent à l’export comme en grande distribution, signe d’une filière qui s’adapte, mais qui entre aussi dans une nouvelle phase économique.

Marchés en recomposition

L’analyse économique présentée par Laurent Delaunay a posé le décor. Derrière les dégustations et l’effervescence commerciale, la filière bourguignonne avance dans un environnement mouvant. Production chahutée par le climat, consommation mondiale en mutation, marchés export soumis aux tensions géopolitiques : la Bourgogne confirme sa solidité, mais entre clairement dans une nouvelle phase de son histoire économique. D’emblée, le coprésident du Comité des vins de Bourgogne rappelle la trajectoire longue de la région. Sur plus d’un demi-siècle, la production s’est globalement développée avec une transformation profonde du vignoble. « Sur les cinq dernières années, nous sommes autour de 61 à 62 % de vins blancs, environ 12 % d’effervescents et 27 à 28 % de rouges », souligne Laurent Delaunay. La montée en puissance des appellations régionales blanches, mâconnaises, chablisienne ou pour les vins de base crémant, a progressivement redessiné le vignoble, qui a « blanchi ». Ce basculement est aujourd'hui un avantage stratégique. « Quand on regarde la répartition actuelle, on se rend compte que la Bourgogne est finalement très bien positionnée par rapport aux tendances internationales. Les vins blancs et les vins frais sont ceux qui progressent le plus sur les marchés », se félicitait-il devant les médias internationaux. Mais l’autre transformation majeure vient du climat. Entre 1980 et 2010, les récoltes bourguignonnes ont évolué avec une relative stabilité. Cette régularité appartient désormais au passé. « Depuis 2010, on a une alternance de millésimes parmi les plus faibles et parmi les plus importants. C’est l’effet du dérèglement climatique ». Un exemple est frappant : en 2021, la Bourgogne enregistrait sa plus petite récolte depuis quarante ans. Deux ans plus tard, en 2023, elle battait son record historique de production. Cette volatilité impose un changement de logique économique. « Quand on a des grosses récoltes, il faut être capable de stocker pour faire face aux petites récoltes qui suivent », explique Laurent Delaunay. La succession récente illustre parfaitement cette mécanique. Après deux gros millésimes en 2022 et 2023, l’année 2024 a été très faible, avec une production nettement inférieure à la moyenne régionale. Pour 2025, les estimations se situent entre 1,4 et 1,45 million d’hectolitres, soit un niveau proche de la moyenne, bien que les déclarations de récolte ne soient pas encore toutes saisies. Conséquence directe : les stocks se normalisent. « Nous avons aujourd’hui environ 22 mois de stock », analyse le pôle Intelligence économique et stratégie du Comité des vins de Bourgogne.

Grande distribution : la Bourgogne résiste

Sur le marché français, la Bourgogne se distingue dans un contexte pourtant difficile. En grande distribution, l’ensemble des vins recule de 3,6 % en volume en 2025. La Bourgogne progresse légèrement. « Nous terminons l’année avec + 1,6 % en volume et + 1,8 % en valeur ». Une performance d’autant plus remarquable que les vins bourguignons affichent les prix moyens les plus élevés du rayon vins tranquilles. La dynamique repose largement sur ce que Laurent Delaunay appelle la « Bourgogne accessible » : les appellations régionales et les marques génériques. « Ce sont les Mâcon, les Mâcon avec dénomination géographique, les Petit Chablis et les vins du Chablisien qui ont tiré la croissance ». Un signal clair pour la filière : dès que les prix deviennent plus abordables, la demande repart. « Cela montre que l’appétence des consommateurs pour les vins de Bourgogne reste très forte ». Le crémant de Bourgogne confirme lui aussi sa place dans l’équation économique régionale. Après deux années de stagnation, les ventes repartent : + 1,4 % en volume et + 2,6 % en valeur. C’est surtout à l’export que la Bourgogne affirme sa résistance. Là où l’ensemble des vins français recule, la région continue de progresser. « Les exportations françaises d’AOC sont à -3,2 % en volume et -4,3 % en valeur. Pour la Bourgogne, c’est l’inverse : + 3,7 % en volume ». La valeur recule légèrement (-1,8 %). La géographie des marchés révèle toutefois un monde du vin plus instable que jamais. Premier débouché de la Bourgogne, les États-Unis reculent nettement. « -7,9 % en volume et -15 % en valeur. C’est clairement l’effet des taxes américaines mises en place en août ». À l’inverse, le Canada connaît une croissance spectaculaire. « + 15 % en volume et + 14,3 % en valeur ». Le Québec joue un rôle déterminant, concentrant près des trois quarts des ventes. Le Royaume-Uni progresse également en volume (+ 7 %), même si la valeur recule. La Chine redémarre, tandis que le Japon montre quelques signes de faiblesse.

Une Bourgogne à la croisée des chemins

Dans ce contexte instable, les accords commerciaux apparaissent comme des leviers essentiels. Le Ceta avec le Canada a démontré son efficacité. La filière regarde désormais avec attention les nouvelles perspectives ouvertes par les accords internationaux. Le Brésil, encore modeste, affiche déjà une croissance spectaculaire. « + 31 % en volume et + 36 % en valeur ». Mais derrière ces chiffres se dessine une évolution plus profonde du marché. Pendant longtemps, la Bourgogne a été limitée par sa production : les volumes disponibles ne suffisaient pas à répondre à la demande mondiale. Cette situation pourrait évoluer. « Jusqu’à présent, ce qui limitait la Bourgogne, c’était l’offre. Dans les années qui viennent, ce sera peut-être la capacité des marchés à absorber les volumes », expliquait Laurent Delaunay. La région viticole la plus iconique de France entre dans une nouvelle équation : produire toujours avec précision et exigence, mais dans un monde où la demande devient plus sélective, plus volatile et plus sensible aux prix. Avec un changement générationnel des consommateurs beaucoup plus difficile à fidéliser.