Dans les coulisses de Nausicaà
17 000 m3 d’eau, des centaines d’espèces plus une, l’Homme, dont 230 individus travaillent devant et derrière les baies vitrées du plus grand aquarium d’Europe. Immersion dans les coulisses de Nausicaà à Boulogne-sur-Mer.
Comme le rappelle Christophe Sirugue, son directeur, Nausicaà a ouvert en 1991 avec l’objectif de bâtir des ponts entre les Hommes et l’océan. Aujourd’hui, Nausicaà c’est presque un million de visiteurs par an (plus de 917 000 en 2024), c’est 30 millions d’euros de chiffre d’affaires et 46 millions d’euros de retombées économiques annuelles sur le territoire de la communauté d’agglomération du Boulonnais selon une étude menée conjointement avec la CCI. Ce sont 17 km de tuyaux, 58 000 animaux de 1 600 espèces différentes et 230 salariés permanents auxquels s’ajoutent les saisonniers. Plonger dans les coulisses de Nausicaà, c’est rencontrer des hommes et des femmes aux métiers peu communs (lire ci-dessous et ci-contre).
Visite guidée
Théo Caron est le guide du jour. Direction l’endroit le plus spectaculaire de Nausicaà, celui qui bat tous les records d’Europe : j’ai nommé, le grand bassin ! 60 mètres de long, 35 mètres de large et 8 mètres de profondeur pour une capacité de 10 000 m3, soit 10 millions de litres (l’équivalent de quatre piscines olympiques). Petits poissons de bande, raies (vous connaissez peut-être la raie Charles, la manta géante star de l’aquarium), requins : ici tout l’écosystème de l’île de Malpelo cohabite. Une dernière espèce s’immerge régulièrement dans cette eau, dont la température monte progressivement dans l’année de 23 à 26 degrés pour reproduire le cycle des saisons de l’île colombienne. Les soigneurs-plongeurs se chargent de l’observation quotidienne des animaux et du nourrissage. Chaque espèce a sa propre plateforme de nourrissage, ses cibles et rituels. Certains mangent plusieurs fois par jour, d’autres deux jours par semaine comme les requins. Les portions sont parfois adaptées aux individus et à leur profil : ici on assure de la nurserie à l’Ehpad, ont pour coutume de formuler les équipes. C’est pour les retraités, ou les malades, les petits nouveaux qui doivent s’acclimater… qu’existent le bassin de quarantaine, invisible du grand public, ou les plus petits bassins temporaires. Un système de grue permet de déplacer les animaux d’un bassin à l’autre ou de les faire sortir pour des examens. Des tuyaux brasseurs permettent de reproduire le mouvement de l’eau, comme un système d’éclairage permet de recréer le cycle lunaire, essentiel à la reproduction. Une petite plage a été récemment créée sur le bord du bassin pour que la tortue Caouanne, arrivée à maturité sexuelle, puisse pondre ses œufs et éviter des problèmes de rétention.
En coulisses
Si chaque soigneur peut s’occuper de toutes les espèces, ils sont chacun référent de l’une d’elles. Des cahiers d’identification permettent un traçage, comme le tableau en cuisine reprend au gramme près les rations des uns et des autres. Araignées de mer pour les raies aigle, biberons pour les raies mobula, deux petits kilos hebdomadaires pour les requins. Tiens, notre guide en profite pour rappeler que « sur plus de 500 espèces de requins, seules trois sont dangereuses, le requin-tigre, le requin-bouledogue et le grand blanc », et qu’on compte « cinq à dix attaques mortelles de requin par an, contre une centaine de décès par attaque de vaches et jusqu’à un million lié aux moustiques et aux maladies qu’ils transmettent. Sans oublier l’animal le plus dangereux de tous, le plus grand prédateur : l’Homme, qui tue notamment 100 millions de requins par an pour faire de la soupe d’ailerons », glisse Théo Caron au petit groupe de privilégiés ayant choisi l’option coulisses. Même en coulisses, toujours l’idée d’éduquer plutôt que de divertir. Le jeune homme se marre d’ailleurs quand, quelques minutes plus tard, un jeune requin-zèbre fait son intéressant dans le bassin de quarantaine, aileron à la surface et tout le tintouin, venant balayer son argumentaire par un cliché bien cinégénique.
Des rivages et des hommes, la première exposition, mettait l’accent sur le lien des hommes à la mer. Presque 20 ans plus tard, Dans l’œil du climat visait à sensibiliser le public aux enjeux du réchauffement climatique. Et, en 2018, le Voyage en haute mer déployait son grand bassin pour recréer l’écosystème de l’île colombienne de Malpelo.