Crise agricole : unir les acteurs pour obtenir des décisions rapides
Les premiers résultats de la campagne 2026 confirment une dégradation sans précédent de la situation économique des exploitations agricoles. Face à l'effondrement des rendements, à des trésoreries exsangues et à des aléas climatiques de plus en plus fréquents, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de l'Yonne ont réuni l'ensemble des partenaires agricoles et les services de l'État. Un objectif : faire entendre la réalité du terrain et exiger des décisions rapides, pragmatiques et adaptées.
« La campagne agricole confirme malheureusement ce que nous redoutions depuis plusieurs mois : la situation économique de nos exploitations continue de se dégrader. Les premiers bilans des moissons font apparaître des rendements très inférieurs aux attentes, tandis que les charges d'exploitation demeurent à des niveaux particulièrement élevés. Les premières perspectives pour les vendanges s'annoncent également préoccupantes », déclaraient Charles Baracco, président de la FDSEA et Antoine Vax, président des JA de l'Yonne, dans la salle des fêtes de Venouse, ce 28 juillet. Cette « cellule de crise » déclenchée par les deux syndicats agricoles est une première, qui a vocation à mettre tous les acteurs agricoles autour de la table pour « faire un constat de l'ampleur de la crise qui, au-delà d'être ponctuelle, devient plutôt structurelle. Elle est marquée de manière hétérogène sur le département, mais elle touche toutes les exploitations agricoles et toutes les filières. La présence des partenaires agricoles (Groupama, Crédit Agricole, Chambre d'agriculture, Cerfrance, MSA, concessionnaires, coopératives animales et de grandes cultures), à nos côtés, est essentielle pour que l'État mesure pleinement la gravité de la situation économique des exploitations agricoles en zones intermédiaires. Ensemble, nous avons démontré que nos chefs d'exploitation sont confrontés à une accumulation de difficultés : baisse des rendements, trésoreries sous tension, aléas climatiques à répétition et manque de visibilité. Face à cette réalité, il est indispensable que les pouvoirs publics fassent preuve de réactivité dans leurs prises de décision et privilégient le bon sens plutôt qu'une application rigide des règles, particulièrement au vu des conditions météorologiques exceptionnelles de 2026 ». Avant de laisser libre cours aux échanges, Yves Erfort, agriculteur en polyculture élevage, a témoigné de toutes les difficultés qu'il a dû subir au cours de son activité. Positionnée entre la forêt de Pontigny et de Saint-Germain-des-Prés, son exploitation agricole témoigne de « l'augmentation du nombre de sangliers. À ce jour, entre l'importance des dégâts de sangliers, les prairies touchées par la chaleur, les problématiques d'ergot et les désherbages impossibles à réaliser, c'est difficile de voir l'avenir d'un bon œil. Je vous assure que je ne sortirai pas la moissonneuse-batteuse pour récolter les tournesols ». Parmi les organismes invités, seul le Conseil régional n'a pas répondu présent. Pour autant les coopératives de grandes cultures, représentées par Walter Huré, président de la coopérative 110 Bourgogne et Laurent Poncet, président de la coopérative Ynovae ont souhaité prendre la parole pour faire état de « très mauvais rendements auprès de nos coopérateurs ». « La faible réserve hydrique de certains sols et l'état d'avancement des cultures auront forcément eu un impact non négligeable sur les moissons de cette campagne », constate les deux élus. Face à l'augmentation des charges et à de « mauvais résultats affichés dans les fermes, nous sommes inquiets de savoir comment les accompagner au mieux ». Du côté des débouchés, les élus observent « un ralentissement des marchés prémiums » et sont donc toute ouïe pour la suite des discussions. Pour autant, ils conviennent que l'arrêté sur la restriction des activités agricoles s'inclut dans le « bon sens paysan ». « Nous aurions seulement aimé être prévenus à l'avance pour pouvoir anticiper cette adaptation des horaires. C'est une première pour nous de fermer les silos l'après-midi. On a dû doubler les équipes pour assurer la récolte le matin et le soir », attestent-ils. Pour eux : « les services de l'État devront s'adapter aux aléas climatiques ». Arnaud Delestre, président de la Chambre d'Agriculture de l'Yonne rappelle tout de même que « c'était une première et que des réunions seront assurées dans le courant de l'automne pour anticiper de potentielles autres périodes caniculaires ».
« Prendre conscience que nos fermes de zones intermédiaires sont en faillite silencieuse »
Maxime Boucher, secrétaire général de la FDSEA de l'Yonne revient également sur la « nécessité de déroger à l’implantation des CIPAN, nous ne sommes même pas sûrs de pouvoir implanter les colzas, ce n’est pas pour engager des charges qui répondent à un besoin réglementaire. Si on veut que ces couverts soient agronomiques, il faut semer intelligemment, et aujourd’hui la météo ne le permet pas ». En écoutant attentivement, la DDT de l'Yonne prend note. Du côté de l'élevage, le constat n'est pas non plus glorieux. D'après Frédéric Blin, représentant d’Alysé et éleveur en Puisaye, « le maïs grain, récolté récemment, ne possède aucune valeur alimentaire, ni énergétique. En fourrage herbager, nous avons 30 % de moins de rendements initialement prévus. Cette difficulté s'ajoute à l'augmentation du prix de l'aliment relevé par des collègues éleveurs », commente-t-il. À ses côtés, Céline Zanella, directrice de la coopérative Alysé, annonce qu'en élevage laitier, « nous distinguons une perte de 15 % de lactation en bâtiment ventilé et une perte de 30 % de lactation en bâtiment non ventilé ». Toutefois, à cette heure-ci, la directrice de la coopérative « n'observe pas de surmortalité en élevage. Je pense qu'après coup, cela va se ressentir, notamment à travers des avortements ». La piètre quantité de maïs et la faible pousse de l'herbe sont également impactées par la faune sauvage. « J'ai observé des problèmes de gibier XXL : des éleveurs sont saturés par les dégâts de sangliers et de cervidés ». Laurent Bonin, représentant la coopérative Sicarev, informe toutefois, que malgré la baisse vertigineuse du prix du broutard, « il ne faut pas les vendre maintenant et attendre une remontée des prix ». En viticulture, le constat n'est pas rassurant non plus. « Fin mars, le Préfet s'était déplacé auprès de viticulteurs ayant été impactés par le gel. Aujourd'hui, on constate des grillures sur certaines vignes. Sans eau, la vigne est bloquée », annonce Arnaud Delestre. Pour eux, « nous espérons que la pluie arrivera pour que les grappes grossissent ». À l'automne, une seconde réunion sera prévue pour réaliser « un retour d'expériences et en mai, les acteurs agricoles souhaitent réaliser une réunion préparatoire afin d'agir rapidement ».