Courtiers en vins, les hommes (et femmes) de confiance
Fin mai, à Beaune, se tenait le congrès de la Fédération nationale des syndicats de courtiers en vins et spiritueux. L'occasion de découvrir un secteur professionnel mal connu mais essentiel dans l'économie du vin.
Un vieux métier, essentiel autant que mal connu du grand public : les courtiers en vins et spiritueux étaient rassemblés, fin mai, à Beaune, pour le congrès de la Fédération nationale des syndicats de courtiers en vins et spiritueux (FNSCVS). Une centaine de congressistes étaient présents en terre bourguignonne. L'occasion d'expliquer ce qu'est ce métier. Ces courtiers font partie d'une profession réglementée, dont l'exercice est encadré par une loi de 1949. Ils n'ont pas le droit d'acheter ou de revendre. En revanche, ils sont au cœur des transactions en assurant le lien entre viticulteurs et négociants. « Nous sommes positionnés très en amont pour mettre en rapport des viticulteurs et des négociants sur des raisins, des moûts ou des vins, précise Jérôme Prince, président de la Fédération nationale des syndicats de courtiers en vins et spiritueux (FNSCVS). Basé à Beaune, il préside aussi la fédération Bourgogne-Beaujolais. Nos clients sont des négociants et des viticulteurs. Nous fonctionnons selon des mandats d'intérêt commun et nous œuvrons pour la transaction. »
Connaissance des marchés
Pour nourrir le lien nécessaire à ces transactions, les courtiers s'appuient sur leur connaissance des marchés, des stocks, des désirs de leurs clients. « Tous les jours, poursuit Jérôme Prince, nous avons des demandes, des propositions, nous goûtons des vins. Nous produisons des lettres de confirmation d'achat que nous signons nous-mêmes et qui rendent la vente parfaite, à partir du moment où l'on a constaté une certaine quantité de vin, ainsi que l'accord des parties dans le cadre du mandat qu'on nous a confié. Cela confère une sécurité juridique à la transaction, en plus de notre métier de terrain. » Passer par un courtier en vins n'est pas une obligation légale et la profession n'a pas de monopole. Pour y accéder, il faut passer un examen et l'on est ensuite inscrit sur un registre officiel. Le recours à ces professionnels sécurise juridiquement les transactions et en augmente la traçabilité. Comme tous les vieux métiers, celui de courtier a appris à s'adapter aux évolutions du secteur sur lequel il opère : « La professionnalisation est croissante dans nos rangs. Beaucoup d'acheteurs préfèrent travailler avec des courtiers qui sont sur le terrain, qui préservent les relations futures. C'est très important : dans le vin, on ne fait pas des « coups ». On travaille sur la continuité. »
Un secteur qui se féminise
On ne compte que 300 courtiers en France, dont 48 en Bourgogne, qui réalisent entre 70 et 75 % du total des transactions. La profession se féminise également : les femmes représentent aujourd'hui 30 % des acteurs du secteur. Le congrès de Beaune aura été marqué par l'intervention d'un représentant de la Banque de France sur la situation des entreprises viticoles en France. « C'est important pour nos membres d'avoir une ouverture sur le monde et d'être conscient de ces enjeux, précise le président de la FNSCVS. Ils sont ainsi en capacité d'en parler avec les vignerons qu'ils rencontrent. » Le congrès avait aussi comme invité d'honneur le président des courtiers italiens, Carlo Miravalle. Un rapprochement entre professionnels français et italiens est d'ailleurs envisagé. La profession tente enfin de faire avec les aléas climatiques et se montre notamment préoccupée par la question des rendements très variables d'une année sur l'autre.