Copains comme cochons
Le Côte-d'orien Antoine Leguy s'est lancé dans un atelier porcin il y a exactement un an. Son ressenti est aujourd'hui très positif : le marché est porteur et, cerise sur le gâteau, ces animaux sont agréables à élever.
Antoine Leguy : si ce nom vous dit quelque chose, il y a de fortes chances que vous l'associez aux moissonneuses. En effet, cet habitant de Thoisy-la-Berchère a réalisé des moissons en prestations durant une dizaine d'années. Sauf qu’aujourd’hui, c'est fini. « L'ETA existe encore pour des travaux de semis et de l'ensilage, mais les batteuses, c'est terminé. Il n'en reste plus qu'une, pour nos propres exploitations », confie notre interlocuteur. Antoine Leguy, 32 ans, a donc totalement changé de voie, il nous résume ici sa réflexion : « la décision d'arrêter a été prise pour plusieurs raisons, notamment la conjoncture et le prix trop important du matériel. Nous avions des machines neuves et le prix des pièces à changer était très cher. Il fallait fallu répercuter ces dépenses beaucoup trop importantes à mon goût sur nos tarifs. L'année 2024, très pluvieuse, avait été très problématique sur ce point-là, avec pas mal de casses et autres pépins… Il y a aussi l'aspect travail avec des journées sans fin. Se lever chaque matin et aller souffler cinq moissonneuses, c'est peut-être marrant au début mais un peu moins au bout de 10 ans… Nous sommes une petite équipe familiale : peut-être n'avons-nous pas assez délégué, je ne sais pas. Mais c'est comme ça, il ne faut rien regretter ».
La viande, déjà
Antoine Leguy a toujours eu « un petit faible » pour la charcuterie : « j'ai toujours aimé transformer la viande depuis tout petit, j'en faisais déjà beaucoup durant mon temps libre et des amis m'ont poussé à en faire un véritable métier. En plus, j'avais appris qu'il n'y avait pas de produits porcins au marché de producteurs de la vallée du Serein. L'idée est donc venue de là… J'ai acheté mes premiers animaux le 20 mars 2025 à l'EARL du Serein, à Préy-sous-Thil ». Deux de ses bâtiments avaient été préalablement aménagés pour les accueillir : « nous avons tout refait tous les intérieurs, autrefois destinés à des bovins. Nous avons acheté pas mal d'équipements d'occasion, notamment en Bretagne. Bon, au final, je ne sais pas si nous avons été aussi gagnants qu'espéré, car nous y avons consacré beaucoup de temps. Aujourd'hui tout est pleinement opérationnel et satisfaisant. L'alimentation est automatisée, nous avons différentes cases selon les catégories d'animaux. Le point perfectible est l'espace pour les mises bas : il nous faudrait un endroit entièrement dédié et peut-être mieux conçu. Nous allons sans doute y remédier en faisant appel à des professionnels ».
Déjà au taquet
Antoine Leguy élève 600 porcs par an en engraissement : « entre 10 et 12 animaux allant de 125 à 130 kg de poids vif sont abattus chaque semaine par Clavières Viande, entreprise basée à Dole qui assure la prestation de transport des carcasses. Entre quatre et cinq de ces porcins reviennent sur notre ferme pour y être transformés. Clavières nous achète les autres ». La Ferme de la jette emploie un boucher, Damien Bard. « Nous avons pour l'instant un laboratoire mobile en location, mais cela risque d'évoluer prochainement. Ces volumes sont écoulés au marché de Marcilly-Ogny le vendredi soir, à Saulieu le samedi matin et dans notre distributeur installé au centre de Thoisy. Oui, au total sur ces trois lieux de vente, nous passons presque cinq cochons par semaine ! », informe l'éleveur, qui compte également sur les services de son épouse Aurélie, faisant également partie de la société. Ce niveau de ventes est très largement supérieur à celui initialement espéré : « tout va vite, très vite, nous ne pensions pas être à ce nombre de ventes en aussi peu de temps. La demande explose. Avec cet atelier porcin, je voulais être un peu plus tranquille qu'avec les moissonneuses, mais au final, au lieu d'enlever une vitesse, j'en ai remis deux ! ».
Une belle plus-value
Concernant l’alimentation, 85 % de la ration provient des cultures d'Antoine Leguy et de son frère Alexandre, également agriculteur à Thoisy-la-Berchère : « nous n'achetons que les minéraux et le soja. Environ 250 tonnes d'aliments sont nécessaires pour faire tourner l'atelier sur l'année. En rythme de croisière, un cochon chez nous a besoin de 2,8 kg d'aliments pour produire 1 kg de poids vif ». Dans le cochon, tout est bon comme dit le dicton : « il est vrai que tout est valorisé. Il n'y a bien que les yeux qui ne le sont pas, et aussi les poumons, même s'ils se mangeaient assez couramment à l'époque. Nous vendons des groins, des pieds en gelée, des jarrets, des oreilles cuites, les tripes servent à faire de l'andouille… Le rendement est très intéressant ». La rentabilité du projet l'est tout autant, avec une belle plus-value réalisée grâce à la transformation à la ferme : « sur ce point, c'est certain, l'activité est plus valorisante que les moissons. En contrepartie, la charge de travail est très importante, toute notre charcuterie est faite maison et cela prend beaucoup du temps. Encore plus que nous le pensions », termine Antoine Leguy.
Contact : 06 28 40 47 44, fermedelajette@gmail.com et réseaux sociaux (Ferme de la Jette).