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Maraîchage

Constats, besoins et envies

Le 20 janvier, la Chambre d'agriculture de la Nièvre proposait de dresser un bilan de campagne en maraîchage en présence des professionnels.

Par Chloé Monget
Constats, besoins et envies
Judith Nagopae, conseillère en maraîchage à la CA 58, a dressé le bilan climatique et sanitaire de l'année 2025, le 20 janvier à la Chambre d'agriculture de la Nièvre.

Lors du bilan de campagne en maraîchage, le 20 janvier, proposé par la Chambre d'agriculture de la Nièvre (CA 58), le constat était sans appel : « aucune année ne se ressemble mais celles compliquées s'accumulent… ». Afin d'éclairer un peu plus cela, Judith Nagopaé, conseillère en maraîchage à la CA 58, est revenue sur les différentes pressions sanitaires rencontrées en 2025, tout en le mettant en parallèle avec les conditions climatiques.

Les données

« Pour 2025, dans la Nièvre, nous avons constaté une augmentation d'1 °C par rapport à une année normale pour les températures maximales, et en ce qui concerne les températures minimums cela a été plus ou moins équivalent aux années précédentes. Mais, si pour 2025, nous avons eu à peu près le même nombre de jours au-dessus de 25 °C, cela ne fut pas le cas pour les jours de gel puisque nous comptabilisons 20 jours de plus de grand froid par rapport à 2024. Nous avons noté des pics de gel et de fortes chaleurs entraînant des épisodes de grêles, de mi-juin à mi-août, dans tout le département. En fin de saison, la baisse de luminosité a pu engendrer un problème de mûrissement ». Elle poursuit sur les ravageurs : « ces conditions un peu particulières ont été propices à l'arrivée précoce de pucerons en plein champ et sous-abris entraînant des phénomènes de viroses, qui ont été accentuées pas les grosses chaleurs. Sur les alliacées, la présence de mouches du poireau a été fortement observée, par ailleurs les dégâts de punaises phytophages : vertes, Lygus ou diaboliques (espèces qui s'étendent de plus en plus dans le 58) ont été remontées car facilement confondues avec d'autres ravageurs. D'ailleurs, l'an dernier, nous avons mis en place un essai sur aubergine sous tunnel sur cette problématique, et le suivi est reconduit pour 2026. Enfin, chose assez rare, nous avons eu des tordeuses sur les tomates - donc nous suivrons également cette évolution. Côté maladie, un suivi chez les producteurs de fraises se poursuivra cette année pour surveiller l'arrivée éventuelle d'une nouvelle maladie Pestaloptiopsis qui pourrait être problématique sur l'atelier ».

Variétés et débouchés

Du côté des professionnels présents lors de la rencontre, certains évoquent une accumulation d'années de plus en plus compliquées pour produire, avec un problème de fécondité notamment sur tomates et courges. Les pommes de terre furent aussi évoquées avec des comportements « étranges » comme pour la variété Babylone qui en 2025 a eu trois floraisons. Afin d'apporter des clés aux maraîchers, Judith Nagopae évoque la réalisation de fiches climatiques et économiques : « Avec les collègues de la Région nous avons effectué un gros travail pour cibler les légumes possibles à produire en Bourgogne Franche-Comté dans quelques années et en parallèle de cela une création de références économiques sur les exploitations maraîchères. Au total, 25 communes sont représentées, avec pour la Nièvre : Nevers, Clamecy et Luzy. Les fiches sont focalisées sur cinq légumes et devraient être disponibles en mars ». Si les exploitants présents ont accueilli cette annonce avec enthousiasme, ils pointent aussi que « l'atout majeur pour nous en sortir serait la recherche variétale mais il semble qu'il n'y ait ni la volonté ni les budgets pour la faire », les attaques de la faune sauvage furent aussi mises sur le tapis comme un problème récurrent « quasi sans solutions ». Enfin, ils discutèrent des débouchés : « Nous nous diversifions de plus en plus car nous n'avons pas le choix. Mais, les charges continuent d'augmenter et certains marchés annoncés comme prometteurs n'aboutissent jamais. À l'image de la restauration collective, nous réalisons des investissements dans ce sens pour avoir les volumes nécessaires afin de répondre à cette demande, mais au final il ne se passe rien ; on nous a promis des débouchés qui n'existent pas ! ».

Se rassembler et essayer

Enfin, la question de l'isolement de certains maraîchers fut pointée par eux-mêmes comme une souffrance à la fois sociale et technique : « Nous ne sommes pas au courant de ce qu'il se passe et plus globalement on ne se connaît finalement pas ; c'est dommage ». Ils conclurent la rencontre sur la volonté de se rassembler, avec pour finir une dégustation de potimarrons issus d'un essai conduit cette année. « Ce test avait pour objectif premier deux dates de récoltes différentes (date de récolte classique ou 350 °C après floraison) et une conservation la plus longue possible. On observe que sur potimarron, récolter lorsque le pédoncule est encore vert c'est possible mais attention à ce que l'immaturité de cet organe ne soit pas une potentielle porte ouverte aux maladies en conservation ». D'ailleurs Judith Nagopae rappelle : « Il faut pour cela une humidité de 60 % et environ 12 °C ». Avec des échanges plus que nourris et dynamiques, tous les sujets prévus ne purent être abordés mais en l'essence, ils ont quand même pu échanger sur quelques travaux tels que l’essai pluriannuel sur l'apport des matières organiques en agriculture biologique sur sol sableux intitulé Mafersol ou encore les variétés de pomme de terre.

La dégustation de potimarrons issus des essais sur la conservation a clôturé la rencontre.