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Orages très localisés sur la Nièvre

Ces épiphénomènes qui anéantissent 11 mois de travail agricole

La semaine dernière, à plusieurs reprises, la Nièvre a connu des épisodes orageux se transformant, par endroits, en mini-tornades ou averses de grêlons. A Pougny, les 22 et 23 juillet, puis à Narcy le 27, ces épiphénomènes ont ravagé les fruits d'€™un an de labeur.

Par Emmanuel Coulombeix
Ces épiphénomènes qui anéantissent 11 mois de travail agricole
Les 22 et 23 juillet, les colzas de Marcel Mouloise (à droite) et Jean Doudeau, à Pougny, sont devenus tout blanc, les graines tombant au sol parce que le siliques ne résistaient pas à la grêle.
«Indépendamment de la perte financière, c'€™est traumatisant pour le paysan parce que c'€™est le fruit d'€™un an de son travail qui disparaît. En un quart d'€™heure, c'€™est le produit de onze mois de travail sur le vivant qui est anéanti». Le constat est amer. Il émane de Dominique Thibault, agriculteur à Narcy, qui, samedi dernier, 27 juillet, avec quelques uns de ses collègues des communes de Garchy et Vielmanay, a essuyé «un phénomène exceptionnel et rare» qui a détruit une grosse partie des cultures. «Il était 19h. Subitement, une mini-tornade suivie d'€™un gros coup de vent a laissé la place à deux types de grêle, d'€™abord une sorte de grésil puis des gros grêlons» explique-t-il. Sur un couloir de 2 ou 3 km de large, partis de Raveau, allant du Sud-Sud Ouest vers le Nord-Nord Est, les tourbillons du vent ont causé du dégât, bloquant une route, détruisant une partie de la toiture de l'€™église de Vielmanay, découvrant un hangar sur l'€™une des deux fermes exploitées par le céréalier de Narcy, et surtout, mettant à terre une grande part des ses 90 ha de colzas (jusqu'€™à 90%) et de ses tournesols. Mardi matin, à la veille de recevoir l'€™expert de l'€™assurance agricole, Dominique Thibault évaluait le manque-à-gagner: «90 ha des meilleurs colzas devenus tout blanc, les graines étant tombées au sol (et commençant même à germer), les siliques mais aussi les tiges ayant subi les impacts de la grêle après que le vent les ait d'€™abord couchées. Pour moi, c'€™est une année blanche et nous pourrons tout juste retomber sur nos pieds». Reste à savoir comment se comportera la météo avec ce qu'€™il reste des tournesols dont la récolte est prévue dans un mois. «Si il fait trop humide, les impacts visibles peuvent causer de la pourriture, ce qui serait la double peine» appréhende Dominique Thibault, à qui cette «mini-tornade, toutes comparaisons gardées, évoque l'€™exceptionnelle tornade de 1986 autour de La Charité».

[INTER]«Spectaculaire»[inter]
De mémoire d'€™agriculteur de Pougny, un peu plus au Nord-Ouest de là, Jean Doudeau et Marcel Mouloise n'€™ont aucun souvenir d'€™un tel déchaînement d'€™éléments. Eux, tout comme une vingtaine de leurs collègues sur un espace géographique allant de Cours-Cosne à Donzy, en passant par Villeprévoir, Saint-Père, Saint-Martin-sur-Nohain et Pougny, n'€™ont pu que constater la brutalité et l'€™imprévisibilité des grêlons. A deux reprises, le lundi 22 juillet vers 15h puis le mardi 23 juillet vers 19h (une autre partie de Pougny était concernée), dans un laps de temps d'€™une demi-heure, «la grêle a tourné et s'€™est abattue autour de l'€™axe de la départementale 33» sur les féveroles, les pois, les blés, les maÏs, les tournesols et, là-encore, les colzas. «L'€™orage est arrivé par l'€™Est, ce qui n'€™est jamais bon. Nous étions en train de battre car les cultures étaient sèches, ce qui n'€™a fait qu'€™amplifier l'€™impact des grêlons» précise Jean Doudeau. Marcel Mouloise, lui, dénombre 95% de ses colzas, 95% des ses pois et 25% de ses blés détruits. De nombreux agriculteurs du secteur ont ainsi vu leur travail d'€™une année ravagé en un instant: «Il faut voir le déchiquetage que çà a causé sur le maÏs en fleur, c'€™est spectaculaire. Le tournesol semble mieux supporter et commence même à refleurir» témoigne le premier qui se montre un peu rassuré de savoir que «la plupart des agriculteurs ont souscrit une assurance récolte». Une assurance qui leur coûte en moyenne de 20 à 40 euros/ha et qui couvre le préjudice selon le cours en vigueur et le risque par espèces. Si de tels événements sporadiques, qui semblent suivre le processus du changement climatique, semblent s'€™accélérer (trois épisodes de grêles depuis 2009 autour de Pougny), ils restent soudains et imprévisibles. Une raison de plus pour s'€™assurer, même si la franchise et les rendements moyens déclarés ne couvrent pas la totalité des préjudices occasionnés à la hauteur de leur valeur réelle. Et Jean Doudeau de conclure: «c'€™est tellement rageant d'€™arriver à l'€™heure de la récolte et de la voir si rapidement mise à terre !»