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Transmission

Ce qui compose la valeur d'une exploitation à reprendre

Lorsqu'on veut céder son exploitation agricole, il faut avoir une vision claire de ce qui en constitue la valeur. À la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, on tente de faire prendre conscience aux cédants des éléments multiples qui la définissent.

Par Berty Robert
Ce qui compose la valeur d'une exploitation à reprendre
Image générée par IA
La valeur d'une exploitation est la combinaison de plusieurs éléments : patrimoine, rentabilité, équipements…

Céder son exploitation agricole passe par une étape essentielle : en définir la valeur. Il existe des experts dont c'est le métier mais, depuis plusieurs années, les Chambres d'agriculture développent des formations sur cet aspect, afin de sensibiliser les cédants au fait qu'une valeur de reprise se compose de différents éléments. Or, expliquer ces éléments reste un exercice difficile face aux cédants. « En fait, constate Amélie Fercoq, formatrice à la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, il existe autant de valeurs d'entreprises que d'experts pour en établir. Il ne sert à rien de donner une valeur sans expliquer le contexte dans lequel on l'établit et sans expliquer quelles particularités on met dans la valeur qu'on calcule. Il faut être très pédagogue. » C'est d'autant plus délicat que dans ce domaine, on touche à des choses parfois très sensibles : l'exploitation, c'est le « bébé » de l'exploitant, pour lequel il s'est beaucoup investi, des années durant.

Des valeurs combinées

Ce qui détermine le prix final d'une exploitation s'appuie sur la définition de différents types de valeurs qui, combinées ensemble, vont fournir une valeur globale. « La valeur finale qui sera retenue, souligne Amélie Fercoq, est celle sur laquelle l'acheteur sera d'accord avec le vendeur. »

On distingue différents types de valeur :
– valeur patrimoniale (on prend tous les éléments d'une exploitation, on leur fixe une valeur comme si on les mettait sur le marché, et on en fait la somme).

– valeur de transmissibilité : à quelle valeur un repreneur peut reprendre la ferme, à partir du moment où il reprend le système à l'identique, tout en sachant que ce que va dégager cette ferme financera sa propre reprise. Dans ce cas, on se base surtout sur la rentabilité de l'entreprise, l'argent qu'elle dégage qui permet de se rémunérer, de rembourser les emprunts de renouvellement des équipements, d'avoir une marge de sécurité et ce qui reste pour permettre à l'entreprise de se racheter elle-même. « Cette valeur est parfois difficile à expliquer et même douloureuse à entendre dans certains cas, précise la conseillère, quand certaines exploitations agricoles ne dégagent pas assez d'argent. Lorsqu'on a retiré la marge de sécurité, les prélèvements des exploitants et que l'on prend en compte les stratégies de renouvellement de matériel parfois très importantes, il ne reste quelques fois rien. »

Pas qu'un patrimoine

À cela s'ajoutent d'autres critères à prendre en compte :

– les valeurs de rendement, pour quelqu'un qui voudrait investir dans l'entreprise à la manière d'un placement.

– l'inclusion de facteurs de risque, qui permet de pondérer la valeur de l'entreprise, à la hausse ou à la baisse.

La jurisprudence en la matière dit bien que ce qui doit être considéré, c'est une combinaison de toutes ces valeurs. L'administration fiscale est sur la même logique. Il faut prendre l'historique de l'entreprise mais aussi ses perspectives.

Ces nombreux éléments battent en brèche l'image parfois simpliste d'une valeur d'exploitation qui serait d'abord et avant tout patrimoniale : « On a un peu l'impression que le monde agricole a été « biberonné » à la valeur patrimoniale, reconnaît Amélie Fercoq. On le constate lors de toutes nos formations. Cela se comprend parce qu'elle apparaît comme la plus logique à prendre en compte et la plus facile à expliquer… » Dans ce contexte de transmission émergent trois grandes typologies de cédants : ceux qui ont envie de voir leur entreprise se pérenniser et qui se projettent, d'une certaine façon, sur le repreneur. Ceux qui ne voient plus de potentiel dans leur ferme et ont de ce fait un sentiment d'impuissance et une certaine passivité. Ceux qui considèrent qu'ils ont un capital à valoriser et qui cherchent à optimiser avant tout. « En tant que conseiller, conclut Amélie Fercoq, on ne rend que des avis sur des valeurs, on donne des éléments qui peuvent aider à la décision finale, ce n'est pas un avis d'expert agricole qui a une valeur juridique. Mais nous pouvons expliquer comment on a calculé cette valeur. » Ce travail des conseillers de la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or est reconnu : en décembre dernier, Amélie Fercoq est intervenue, à la demande du pôle Transmission de la Chambre régionale d'agriculture d'Auvergne-Rhône-Alpes (Aura), afin de former ses conseillers Transmission aux méthodologies de calcul des valeurs d'entreprises et aux manières expliquer ces notions à des cédants.

Une évaluation, pour quoi faire ?

Tenter d'y voir clair sur les différentes dimensions qui constituent la valeur de son exploitation est nécessaire pour plusieurs raisons :

– pour que le cédant sache à quel montant valoriser son entreprise, utile pour la négociation

– pour se protéger en cas de procédure juridique

– pour que le potentiel acquéreur soit conscient du risque qu'il prend

– pour se protéger si la vente génère des droits de mutation ou des frais vis-à-vis de l'administration fiscale.