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Le Sommet versant environnement

«Beef carbon» ouvre la chasse aux GES

Comment continuer à produire de la viande, en étant plus performant et sans alourdir la facture énergétique... C’est toute l’ambition de Beef carbon, un programme d’envergure européenne, que l’Institut de l’élevage et Interbev présentaient lors d’une conférence à Cournon.
Par Anne-Marie Klein
«Beef carbon» ouvre la chasse aux GES
Des représentants de l’Institut de l’Elevage et d’Interbev ont présenté le programme Beef Carbon, dont les avantages ont été mis en évidence par une agricultrice de Saône-et-Loire, engagée dans la démarche.
Alors que la planète élevage en pleine mutation s’interroge sur son avenir, il est intéressant de penser que ce qui est bon pour l’environnement, peut aussi profiter au portefeuille des éleveurs... C’est ce qui ressort de la présentation du programme Beef Carbon, mené par l’institut de l’Elevage et soutenu par Interbev.

Un partenariat avec les éleveurs
A trois mois de la conférence de Paris (COP 21), la filière viande a lancé officiellement ce programme d’envergure européenne, visant à réduire l’empreinte carbone de la viande de 15% d’ici à 10 ans. Le programme Beef Carbon repose sur la collaboration active de 2000 fermes d’élevage (dont certaines en Irlande, en Italie et en Espagne) qui font l’objet d’un diagnostic permettant d’obtenir un ensemble de références environnementales.
170 fermes pilotes vont plus loin en intégrant et en testant certains leviers permettant de réduire l’impact environnemental de leur activité d’élevage, dont les émissions de gaz à effet de serre (GES).
Dans un premier temps il s’agit d’améliorer l’efficience des systèmes, mais à plus long terme, les plus optimistes espèrent un retour sur investissement sous forme de crédits carbone. Pour le moment, le programme vise à construire des plans carbone, à améliorer les performances de l’existant, à optimiser les systèmes, à réduire les émissions... Sans toutefois perdre le cap de l’agro-écologie, c’est à dire en restant dans le cadre de la triple performance économique, sociale et environnementale.
C’est une évidence que l’élevage bovin viande contribue à de nombreux services environnementaux (valorisation des surfaces en herbe, entretien du milieu et des paysages, biodiversité...), mais il est tout aussi évident que cette activité se trouve justement attaquée sur le terrain de l’environnement et fait l’objet de débats controversés, notamment sur le niveau de ses émissions de GES.
Beef Carbon va s’appuyer sur une masse de données recueillies dans les fermes pour identifier des leviers d’action (conduite des troupeaux et gestion des surfaces fourragères) qui ont des impacts positifs sur le plan de l’environnement, mais pas seulement... Car l’analyse des données remontant des réseaux d’élevage mettent déjà en évidence le fort lien existant entre l’empreinte carbone brute de la viande et les coûts de production. La très forte variabilité observée d’un système à un autre, montre que l’on peut trouver des marges de manœuvre pour améliorer l’existant. 43% des exploitations de l’échantillon issu des réseaux d’élevage sont efficientes sur le plan environnemental, elles font preuve d’une bonne performance technique, recourent peu aux intrants et ont les plus faibles coûts de production. Ce qui est bon pour l’environnement profite donc également à l’économie de l’exploitation...

Un témoignage parlant
Eleveuse de bovins viande et d’ovins en Saône-et-Loire, Marie-Jo Beauchamp, qui intervenait lors de cette présentation, a testé le diagnostic environnemental sur son exploitation. Elle témoigne que «ce diagnostic approfondi nécessite tout d’abord de collecter un assez grand nombre de données sur le troupeau, la gestion des effluents, les surfaces fourragères et l’alimentation du troupeau...» Mais «au final, il est très intéressant de pouvoir comprendre d’où vient chaque gaz à effet de serre et à partir de là, pouvoir identifier nos leviers d’action. Chez nous, par exemple, nous pouvons encore progresser en produisant nos propres protéines végétales comme la luzerne ou encore en économisant sur le fioul grâce au semis direct». L’analyse de ses données l’a aussi convaincue «qu’il faut absolument éviter les vaches improductives», c’est l’un des leviers de la productivité.

Des objectifs ciblés et déjà des progrès

Depuis 1990, le secteur bovin viande et lait qui contribue à hauteur de 10% aux émissions de GES national, a déjà réduit ses émissions de 14% et il en compense en moyenne 30% grâce au stockage de carbone dans les prairies et les haies. Le projet de recherche et de démonstration Beef carbon prévoit de :
- calculer l’empreinte carbone et environnementale de 2000 fermes de démonstration,
- tester et promouvoir les meilleures techniques permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre
- accroître le stockage du carbone, créer un réseau de fermes de démonstration produisant de la viande à faible impact carbone, ainsi qu’un réseau européen de 190 techniciens et 170 éleveurs innovants sur la gestion du troupeau, l’autonomie fourragère, la valorisation des co-produits d’oléoprotéagineux d’origine française ou européenne.