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Vitagora

Bébés et seniors : même combat pour la reconquête du goût

La 4ème édition du congrès international Goût-nutrition-Santé organisé par Vitagora la semaine passée à Dijon a lancé le débat sur le thème de la nutrition "de la naissance à la sénescence". L'occasion pour les chercheurs, les professionnels de la santé, les industriels et tous ceux qui sont concernés par ces problématiques d'échanger sur les dernières avancées scientifiques et les innovations produits en cours.
Par Anne-Marie Klein
Vous êtes plutôt salé ou sucré ? Mince ou enveloppé ? Gourmand ou gourmet ? Bien dans votre assiette ou en plein désarroi alimentaire ? L'alimentation est au coeur de bien des débats et "deviens ce que tu manges"... pourrait être le nouvel adage d'une société d'abondance qui re-découvre le concept de nutrition.
Dès les premiers jours de la conception d'un enfant commence l'école du goût et un parcours de santé qui va nous conduire de l'enfance à la sénescence. C'était tout le thème du 4ème congrès international Goût-Nutrition-Santé, organisé par Vitagora à Dijon du 18 au 20 mars. En réunissant des entrepreneurs, des industriels, des chercheurs et des professionnels de santé, ce congrès a posé les grands principes d'une approche moderne de la nutrition.

[G]Le lait maternel : inégalable et inégalé[g]

Mais si la nutrition a des répercussions indéniables sur la santé, toutes les allégations santé ne suffisent pas à faire évoluer nos comportements alimentaires. Le goût se forme dès le premier âge et les expériences sensorielles in utero déterminent déjà la capacité d'apprentissage sensoriel que développera le petit enfant. Les goûts exprimés à l'âge adulte seront à l'image de ces première gammes, limités ou plus complexes.
L'allaitement joue un rôle majeur dans la construction des préférences alimentaires. Le lait maternel est un fantastique réservoir de goûts avec lequel aucun lait maternisé ne peut rivaliser. Sa composition nutritionnelle varie en permanence pour s'adapter aux besoins de l'enfant et il véhicule une quantité d'arômes qui forment le goût. Le passage à une alimentation diversifiée n'en sera ensuite que plus facile. Et quand on sait que les préférences alimentaires seront quasiment fixées après trois ans, autant diversifier l'alimentation dès que possible. L'exposition répétée à un aliment favorise son acceptation. Sans forcer, le passage en douceur seul donne des résultats. Mais l'apprentissage du goût est aussi affaire de comportement social ; les parents à table avec l'enfant doivent montrer l'exemple en consommant et en proposant eux-aussi une alimentation diversifiée.
Après trois ans, tout est dit ou presque et selon l'expression du professeur Goggio, pédiâtre au CHU de Dijon, [I]"la galère commence[i]". De 3 à 5 ans, c'est le temps des refus, mais le premier apprentissage du goût imprégnera durablement l'adulte qui sommeille dans le tout petit enfant. A l'âge adulte on ne change plus ses habitudes alimentaires. Toutefois, une certaine éducation du goût, en fonction de la pression sociale, de l'environnement, de l'attention à préserver son capital santé... va quand même jouer sur les comportements alimentaires.

@Inter texte courant:Alerte à la dénutrition chez les seniors !

@texte courant:C'est au dernier âge de la vie que la "galère" risque de recommencer, avec la sénescence et une dégradation du goût et de l'odorat qui peut -par perte de sensibilité sensorielle ou problèmes de mastication- précipiter une désaffection pour la nourriture. Le risque majeur pour une personne âgée en bonne santé c'est la dénutrition. La perte de poids engendrée ouvre la voie "[I]à une spirale infernale[i]" décrite par Claude Plassard, gérontologue au Centre hospitalier de Châtillon-sur-Seine (21). Toutes les recherches actuelles sur la nutrition des seniors bousculent les idées reçues. Le Congrès Vitagora a ainsi enfoncé quelques clous : après 70 ans, plus question sauf indications médicales majeures, de faire un régime. Les besoins de la personne âgée sont au moins aussi importants que ceux d'un adulte en bonne santé. Les protéines, apportées entre autre par la viande, alimentent les muscles qui eux-mêmes consolident un squelette malmené par le grand âge. Pas question de faire l'impasse sur les graisses (les "bonnes" graisses riches en oméga 3 et 6), ni sur les laitages et encore moins sur les fibres. A l'âge où l'on a tendance à "perdre le goût" c'est une vraie gageure de maintenir les notions de plaisir et de convivialité attachées à un bon repas. Tout l'enjeu d'une alimentation suffisamment riche et équilibrée c'est le maintien de la qualité de la vie et de l'autonomie.
Le croisement des différentes approches médicales et nutritionnelles conduit à considérer sous un angle différent les besoins nutritionnels du grand âge et à développer de nouveaux produits mieux ciblés. Des aliments présentés sous une forme plus appétente, de texture moins ferme, plus énergétiques, plus arômatiques aussi, selon les préférences des seniors... C'est tout l'objet du Congrès de Vitagora que d'être un carrefour de rencontres entre la recherche, l'industrie, les PME et les PMI, l'enseignement supérieur et la formation. Une sorte de boîte à outils, où le dialogue et l'innovation sont stimulés en permanence.