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La Collancelle

Après les sangliers, les corbeaux...

Laurent Cornu est excédé. Une de ses parcelles de tournesol n'€™a pas levé, et pour cause... Les corbeaux viennent se repaître des pousses et ont dévasté près de10 hectares. Le cas n'€™est pas isolé dans la Nièvre mais ce qui agace l'€™agriculteur, c'€™est que le piégeage est interdit, faute d'€™arrêté préfectoral valable dans le département.
Par Emmanuel Coulombeix
Après les sangliers, les corbeaux...
Laurent Cornu (au centre) a reçu le 20 avril les représentants de l'administration, des chasseurs, de la FDSEA58 et d'Épis-Centre.
Le 20 avril, Laurent Cornu avait donné rendez-vous à l'€™administration et aux représentants de la Fédération des chasseurs et de la FDSEA58 sur ses terres, histoire de faire le tour du propriétaire. Histoire surtout de faire le constat impuissant des dégâts causés sur une parcelle de tournesol par des corbeaux preux, gros et habiles, qui nichent à un peu moins de deux kilomètres de son exploitation, en bordure du Canal du Nivernais. Ils sont plusieurs dizaines, tournoyant dans un lancement continu de cris caractéristiques, à avoir fait leurs nids dans les arbres et à s'€™inviter au festin des cultures alentours. Laurent Cornu n'€™en finit pas de détailler les conséquences sur son exploitation, se demandant même s'€™il aura intérêt à resemer. Après son semis du 6 avril, détruit, l'€™agriculteur de La Collancelle fait ses comptes: « réimplanter me coûterait au bas mot 240 euros par hectare avec la main d'€™oeuvre, ce qui de toute façon ne résoudra pas le problème des corbeaux et entraînera une perte de rendement de 5 quintaux au minimum ». Sans parler de la sécheresse, endémique dans la Nièvre depuis le début de l'€™année, et qui constitue un frein supplémentaire. Laurent Cornu, hésite, ronge son frein et enrage...

Arrêté préfectoral
cassé par le tribunal administratif
Et ce qui l'€™excède au plus haut point, c'€™est l'€™interdiction faite du piégeage des corbeaux. Une liste nationale des nuisibles, comptant les corbeaux parmi la fouine, la pie bavarde et d'€™autres animaux sauvages, existe pourtant bel et bien. Et les préfets ont la responsabilité de définir au niveau départemental ceux qui peuvent être détruits, ce qu'€™avait fait le préfet de la Nièvre par arrêté du 14 juin 2010. Seulement voilà: une Association de sauvegarde et de protection des animaux sauvages (ASPAS) l'€™a attaqué devant la justice. Et le tribunal administratif de Dijon a annulé l'€™arrêté le 29 mars dernier. Au grand dam des agriculteurs, des chasseurs et de l'€™administration qui ne peuvent donc pas agir. « Nous préparons un nouveau texte qui sera examiné le 6 mai en Comité départemental de la chasse et de la faune sauvage  mais rien ne dit qu'€™il ne sera pas de nouveau attaqué » précise Agnès Thiry, la responsable du pôle forêt et biodiversité de la DDT58. En attendant, les corbeaux, qui n'€™ont pas de prédateur, s'€™en donnent à coeur joie. Et rien ne semble pouvoir endiguer leurs dégâts. Laurent Cornu estime que « la régulation est indispensable pour promouvoir la biodiversité », évoque « l'€™hypothèse de devoir un jour faire du blé sur blé, à cause des sangliers dans les maÏs et des méligèthes dans le colza » et stigmatise les tenants d'€™une « écologie extrêmiste ». Le 20 avril, tous les participants, dans une belle unanimité, ont fait un constat d'€™impuissance et de désolation.