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Avenir

Aller vers des cépages plus résistants

Lors du Printemps des transitions à l’Agrobio Campus de Davayé, en Saône-et-Loire, Carine Bécard (Domaine Tripoz) et Christine Dubus (Chambre d'agriculture) sont intervenues sur les variétés résistantes, une alternative qui éveille beaucoup de curiosités dans le monde viticole.

Par David Bessenay
Aller vers des cépages plus résistants
Les interventions de Carine Bécard et Christine Dubus ont entraîné de nombreuses questions dans l’assistance. Le sujet des variétés résistantes intéresse la filière.

Ancienne journaliste de France Inter, Carine Bécard est arrivée l’an passé sur le domaine Tripoz, dans le Mâconnais. À partir du mois d’août, elle sera associée à Céline, et parle déjà avec beaucoup d’assurance et de précision de son nouveau métier. Invitée par l’Agrobio Campus de Davayé, elle a partagé son ambition sur les cépages résistants, un pas qu’elle franchit en conscience : « On a beaucoup souffert du mildiou lors des deux derniers millésimes. En 2025, on a produit 10 hl/ha… ça amène à se poser des questions et à trouver des solutions. » Elle pointe aussi la limite du cuivre avec le retrait de certains produits décidé par l’Anses et sa rareté, avec seulement trois mines exploitées dans le monde. « Et puis la pression sociétale est forte, ajoute-t-elle. Les voisins font les gros yeux quand on traite et les salariés aussi ne veulent pas être exposés. »

15 ares pour commencer

Pour toutes ces raisons, les cépages résistants offrent une alternative. Le domaine Tripoz a choisi une petite parcelle à Charnay-les-Mâcon pour tenter l’expérience. Carine Bécard avoue avoir hésité dans le choix des variétés. « J’avais deux critères : qu’il soit inscrit au catalogue français des cépages autorisés et qu’il ne soit pas trop éloigné du chardonnay gustativement. Il faut se baser sur la littérature car c’est dur d’en goûter, donc ce sont un peu des choix à l’aveugle », avoue-t-elle. Au final, elle a opté pour quatre cépages à planter sur 15 ares, soit environ 300/400 souches chacun. En premier lieu, le souvignier gris (seyval blanc x zaehringer (traminer x riesling)), considéré comme proche du chardonnay et déjà testé en Bourgogne. « On sent qu’il se passe quelque chose autour de ce cépage », commente la vigneronne. Ensuite, le johanniter (riesling × seyve-villard 12 481 × (ruländer x gutedel)), qui est lui très développé en Allemagne et Suisse, deux pays pionniers en matière d’hybrides « mais pas testé en Bourgogne. C’est ma manière de mettre ma pierre à l’édifice, que ce soit un bon ou un mauvais choix. » Les deux derniers cépages sont le sauvignac (riesling x sauvignon x variété inconnue) et le calardis blanc (calardis musqué x seyve-villard 39-639), choisis car souvent considérés comme intéressants pour les vins effervescents, et c’est justement la spécialité du domaine Tripoz qui commercialise quasi la moitié de ses volumes (sur 9,5 ha) en crémant. « On dit aussi que le calardis résisterait bien aux brûlures du soleil ce qui est intéressant car il fait très chaud au mois d’août, souligne la vigneronne. J’en laisse plein de côté : le rayon d’or, le voltis, l’opalor, etc. C’est dur de se limiter ». Les plants, dont les coûts ne sont pas très éloignés des vitis vinifera, proviennent des pépiniéristes Mercier et Du Comtat. La plantation réalisée la semaine du 25 mai a pris quatre jours au lieu des deux prévus « car la terre était sèche et nous avons été très précautionneux. »

Éduquer les consommateurs

Carine Bécard reconnaît qu’elle fait un peu un saut dans l’inconnu. Elle vinifiera à part ces cépages car impossible de les associer pour l’instant aux vitis vinifera car ils ne sont pas intégrés dans le cahier des charges des AOC bourguignonnes. Les fruits de ces 15 ares de production seront commercialisés uniquement au caveau du domaine. « Ce sera l’occasion d’échanger avec les consommateurs, de leur expliquer notre démarche, d’entendre leurs retours aussi. Il faudra du temps pour éduquer les palais car on introduit quelque chose de nouveau et les gens sont plutôt sur la défensive dans ces cas-là ». À la cuverie, il faudra sans doute quelques années et quelques essais avant de trouver la bonne recette. « Il existe plein d’options différentes en vinification. On essayera de faire des assemblages entre cépages résistants mais une chose est sûre, on ne va pas mettre sur le marché un produit pas bon. Une fois qu’on aura quelque chose d’intéressant, on le proposera en vin de France, et peut-être que d’ici là, nos cahiers des charges auront bougé et nous permettront de les assembler au chardonnay ! »

Partager les résultats

Une certitude : le domaine Tripoz sera ouvert aux curieux. « Je suis là pour que ça se sache ! On manque de littérature sur le sujet, si des organismes veulent venir, ils sont bienvenus et les élèves de Davayé aussi car ils auront des choix à faire pour l’avenir. » L’an prochain, le domaine envisage de planter une deuxième parcelle en hybrides, de 40 ares à Loché, ce qui permettra de dépasser le demi-hectare et donc de mieux se les approprier. « Est-ce que je tente d’autres variétés ou est-ce que je me concentre sur certaines pour avoir des productions plus importantes et faire des tests représentatifs ? À voir, mais je ne peux pas multiplier à l’infini, je n’aurais jamais 15 variétés différentes… ». On a hâte de voir la suite du projet, le retour des hybrides en Bourgogne n’en est certainement qu’à ses débuts.

Aller vers des cépages plus résistants

CEPInnov : des expérimentations prometteuses

Si la Bourgogne prend son temps avec les hybrides, d’autres vignobles leur auront déjà fait une place, ceux du sud notamment, crise oblige, mais aussi la Champagne qui a intégré le voltis comme « variété à fin d‘adaptation », à raison de 5 % de l’encépagement et 10 % en assemblage. Dans le cadre du programme Cepinnov, la filière bourguignonne continue de sélectionner des cépages à la fois résistants et le plus proche gustativement du pinot et du chardonnay. « On sélectionne des variétés ayant deux gènes de résistance aux maladies car si une variété est beaucoup utilisée avec un seul gène, il y a un risque de contournement et il faudra ressortir les pulvés… » explique Christine Dubus, conseillère spécialisée à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. La 3e vague de Resdur qui arrive est résistante au black-rot ce qui n’était pas le cas auparavant et n’était pas sans poser problème. « Les premières années, on a fait zéro traitement mais on a connu une attaque carabinée donc on fait 3 à 4 traitements de black-rot désormais. Quand la maladie secondaire devient principale c’est terrible. Une attaque de black-rot est plus dévastatrice que le mildiou. C’est pourquoi on préconise souvent des traitements a minima pour éviter le contournement des gènes de résistance. » Faut-il dès lors attendre que ces futures variétés prometteuses soient sur le marché pour se lancer ? « Non, estime Christine Dubus, il faut attendre au moins 10 ans pour qu’elles soient inscrites au catalogue, ensuite il faut les multiplier et sortir un plant de vigne certifié. Donc elles ne seront pas disponibles avant 15 ans pour les viticulteurs ». Une éternité dans un monde qui bouge vite…