Vendanges : « rester prudent face à la récurrence des aléas climatiques »
Après une année cumulant les gelées printanières et la sécheresse, Terres de Bourgogne est allé à la rencontre de Damien Leclerc, directeur général de la cave coopérative « La Chablisienne » pour faire le point, après vendanges.
« On a vite oublié les différents aléas climatiques de l'année, parce que l'été a été particulièrement intense et atypique. On avait débuté l'année par des problématiques de gelée de printemps, cela avait déjà fortement impacté certains villages », se remémorait Damien Leclerc, directeur général de la cave coopérative « La Chablisienne », ce vendredi 18 septembre à Chablis. Ce gel printanier avait également aggravé les problématiques de débourrement. « Avec les hivers doux que nous vivons, la vigne est exposée plus longtemps à ces problèmes de débourrement. Pendant longtemps, on parlait de saints de glace présents quelques jours pendant le mois de mai. Aujourd'hui, la vigne débourre fin mars, ce qui fait du mois d'avril une période critique ». Cela a fragilisé les vignes qui ont ensuite fait face à des mois secs. « Sur les 3 mois d'été, nous avons subi plusieurs périodes caniculaires. À ce stade, en cumulant tous les dégâts liés au climat, on se retrouve avec 40 % de volumes en moins par rapport à une année normale. Cela reste une moyenne. À l’intérieur de cette moyenne, certains vignerons s'en sortent mieux que d'autres », poursuivait-il. Pour donner quelques chiffres : la cave coopérative « La Chablisienne » commercialise, sur de bonnes années, environ 8 millions de bouteilles, dont 2/3 qui sont destinés à l'export. Même si l'année est mauvaise, Damien Leclerc relativisait. La campagne 2025 était « une bonne année pour nos producteurs. L'aspect positif de cette année, si je puis dire, c'est qu'on avait pu reconstituer un peu de VCI ». Pour cette campagne-ci, le DG constate des « jus très sucrés. On a une belle fraîcheur et on a de jolis arômes. Ce millésime sera forcément différent des autres millésimes parce que c'est vraiment très riche, mais on reste optimistes. On est en pleine étape de vinification, c'est encore un peu tôt pour se prononcer, mais on va tout faire pour que ce millésime garde la typicité du Chablisien ». Ce changement climatique induit effectivement une « évolution du profil de vins. Pendant très longtemps, on était plutôt sur des vendanges fin septembre, début octobre. On était donc obligés de chaptaliser pour remonter le degré d'alcool. L'alcool reste un conservateur, donc si le vin a un degré trop faible, les vins ne tiendront pas dans le temps ».
Une évolution du profil du vin
Ces dernières années, Damien Leclerc expliquait ne plus avoir besoin de chaptaliser, permettant au vin d'avoir des sucres « 100 % naturels ». « Le revers de la médaille, c'est qu'effectivement, quand on a des teneurs en sucres qui sont plus élevées, en règle générale, ça s'accompagne d'une acidité un peu plus faible », observait-il. Damien Leclerc se souvenait encore le 17 août dernier, lorsqu'ils ont commencé à récolter les vendanges faites par leurs coopérateurs. Une période plus longue que prévu. « Nous avons été présents pendant trois semaines, en temps normal, c'est seulement 10 à 12 jours. Entre les secteurs gelés, ceux ayant eu de la pluie permettant d'avancer la maturité, la campagne a été longue et atypique. Il fallait faire preuve de calme et de patience pour apporter les bonnes réponses », relayait-il. Pour ce responsable de cave coopérative en poste depuis 18 ans, plusieurs outils sont encore à portée de main pour limiter les dégâts : le VCI, les assurances aléas climatiques et le rendement. « En cumulant les trois outils, on peut s'en sortir », ajoutait-il. Il confiait cependant, rester « prudent sur la mise en marché car on tient clairement compte de la récurrence des aléas climatiques ». Pour rappel : « de 2012 à 2020, on se souvient encore de 2016, une année très difficile, suivie par 2022, 2024 et 2026. On observe que cela devient récurrent. Sur les dix dernières années, on a eu deux années difficiles, tandis que sur les six dernières années, on en a vécu trois », analysait Damien Leclerc.