À bas les chats !
La société de pêche de Pouilly-en-Auxois a organisé un concours spécialement dédié aux poissons-chats.
Prendre deux fois plus de poissons que les autres, ce n'était pas forcément synonyme de victoire samedi 6 juin, au port de plaisance de Pouilly-en-Auxois. « En effet, si vous prenez des gardons par exemple, ça ne compte pas. Ce concours est uniquement consacré aux poissons-chats ! Et chaque gramme sorti de l'eau vous rapporte un point », nous indique Roger Poirier, président de l’AAPPMA « Les Pêcheurs de l’Auxois-Ouest ». Cette organisation originale nous a motivés à faire un petit arrêt, juste devant les locaux de Dijon Céréales. Trente-trois pêcheurs étaient inscrits à cette épreuve. « Il s'agit de notre troisième concours de ce type », rappelle Roger Poirier, « l'objectif est double : s'amuser en passant un bon moment, mais aussi capturer le plus possible de chats car il y en a beaucoup. Ces poissons sont présents depuis une quinzaine d'années ici, et ils font beaucoup de dégâts. Ils mangent tout ce qu'ils trouvent, notamment les œufs des autres espèces et même du petit alevinage. Nous avons introduit des black-bass pour tenter de diminuer leurs populations. Cela commence à porter ses fruits mais cette mesure, seule, n'est pas suffisante ».
50 kg en moins
Les deux premiers concours avaient permis d'éliminer respectivement 35 et 60 kg de poissons-chats. « Cette fois-ci, nous en avons capturé environ 50 kg. Nous espérions un peu plus, mais c'est déjà ça… Les prises ont été beaucoup plus nombreuses le matin que l'après-midi ». Le concours se scindait en deux manches de 2 h 30 chacune. Les places, tirées au sort, étaient inversées l'après-midi : le premier du classement à mi-étape se retrouvait par exemple à la place du pêcheur classé en dernière position à la pause déjeuner. Le vainqueur se nomme Aurélien Cheron et vient de Civry-en-Montagne, il a pris plus de 4 kg de poissons-chats à lui seul
Rencontre agricole
En nous promenant le long de la berge, une tête ne nous était pas inconnue, celle de Claude Clair, agriculteur retraité depuis 2010 à Thoisy-le-Désert. L'ancien éleveur charolais fait lui-même partie de la société de pêche et accompagnait son petit-fils Victorien, qui participait à son tout premier concours. Le garçon de 8 ans a pêché 5 poissons-chats dans la journée : un résultat qui le hisse à la première place parmi les quatre enfants qui étaient de la partie. Sa maman Armelle, qui tentait elle aussi sa chance, a fait légèrement moins bien (6 prises au total mais seulement deux poissons-chats, la bourriche comprenant deux perches, un gardon et une écrevisse !). Victorien Clair Minelli, qui pêchait tantôt au ver de terre, tantôt à l'asticot, a été récompensé d'une très belle statuette. Celle-ci le motivera très certainement à retourner pêcher au plus vite avec son grand-père !
Le poisson-chat dans le viseur des pêcheurs
À première vue, le poisson-chat n'a rien d'un redoutable envahisseur. Ce petit poisson de fond, reconnaissable à ses barbillons et à sa couleur sombre, peuple depuis plus d'un siècle les rivières, étangs et canaux français. Pourtant, dans de nombreux territoires, il est aujourd'hui considéré comme une espèce problématique pour l'équilibre des milieux aquatiques.
C'est dans ce contexte que certaines associations de pêche organisent régulièrement des concours visant à prélever un maximum de poissons-chats. L'objectif n'est pas seulement sportif : il s'inscrit dans une démarche de régulation d'une espèce dont la prolifération inquiète les gestionnaires des milieux naturels.
Originaire d'Amérique du Nord, le poisson-chat a été introduit en France à la fin du XIXe siècle. Très résistant, il supporte des conditions de vie difficiles, notamment les eaux chaudes, peu oxygénées ou de qualité médiocre. Cette capacité d'adaptation lui permet de coloniser rapidement les milieux où d'autres espèces peinent à se maintenir.
Son régime alimentaire constitue l'une des principales sources de préoccupation. Omnivore et opportuniste, le poisson-chat se nourrit d'invertébrés, de petits poissons, mais aussi d'œufs et d'alevins. Dans certaines zones fortement colonisées, cette prédation peut affecter la reproduction d'espèces locales telles que le gardon, la perche ou encore le brochet.
Les scientifiques soulignent également son impact sur l'équilibre des écosystèmes aquatiques. En fouillant constamment les fonds à la recherche de nourriture, le poisson-chat remet les sédiments en suspension, ce qui peut augmenter la turbidité de l'eau et dégrader les herbiers aquatiques. Or ces zones végétalisées jouent un rôle essentiel comme refuge et lieu de reproduction pour de nombreuses espèces.
Autre particularité : sa capacité de reproduction. Les femelles produisent plusieurs milliers d'œufs et les mâles assurent la surveillance des pontes, ce qui améliore considérablement les chances de survie des jeunes poissons. Une fois installée, une population de poissons-chats peut donc croître rapidement et devenir dominante dans certains plans d'eau.
Pour autant, les spécialistes invitent à nuancer le débat. Si le poisson-chat peut accentuer les déséquilibres écologiques, il n'en est pas toujours la cause première. Son succès est souvent favorisé par des milieux déjà fragilisés par la pollution, l'artificialisation des cours d'eau ou encore le réchauffement climatique. En d'autres termes, sa présence est parfois autant le symptôme que la conséquence d'un écosystème dégradé.
Les opérations de régulation menées par les pêcheurs permettent ainsi de limiter localement les densités de population, sans toutefois espérer une éradication complète. Elles participent également à sensibiliser le public aux enjeux de préservation des milieux aquatiques et à la nécessité de restaurer les habitats naturels.
Derrière l'aspect convivial d'un concours de pêche se cache donc une question plus large : celle de l'équilibre fragile des rivières et des étangs, où chaque espèce, introduite ou indigène, trouve sa place dans un environnement en constante évolution.