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Crise de l’élevage

89 : La colère est dans le pré

Mobilisation tous azimuts pour les éleveurs icaunais qui, après la SICAVYL à Migennes, sont allés manifester leur colère devant les grilles de Yoplait à Monéteau, avant un petit tour par les rayons de la grande distribution et un blocage filtrant du rond-point de l’Europe à Auxerre.
Par Dominique Bernerd
89 : La colère est dans le pré
La chasse aux produits importés est ouverte. Le précieux butin, sera redistribué aux automobilistes bloqués au carrefour par la manifestation.
Ils sont une centaine ce jeudi matin, à battre le pavé devant les grilles de la Sicavyl à Migennes. Des hommes, des femmes, venus pour certains avec tracteur et benne à fumier manifester leur colère. Tous sont à bout et l’impatience grandit, canalisée par les responsables syndicaux présents… Objectif du jour : vérifier que l’outil d’abattage coopératif applique bien les engagements pris dans le cadre des accords signés le 17 juin dernier. Jérôme est éleveur laitier et ne cache pas son exaspération : «on perd en gros 8000 € par mois par rapport à la même quantité de lait livrée que l’an passé…» Il a fait ses comptes : il lui faudrait un lait payé à minima 350 €/tonne pour s’acquitter de toutes ses factures. Et de l’ordre de 380 à 400 € pour avoir un salaire en corrélation avec le temps passé : «aujourd’hui, j’arrive à me sortir un salaire de 800 €/mois mais je pense qu’à la fin de l’année, ce sera terminé !» Regrettant au passage que les éleveurs aient si peu d’emprise aujourd’hui sur les coopératives qu’ils ont contribué à mettre en place : «rachetées par des groupes financiers, avec à leur tête des dirigeants issus de grandes écoles qui ne savent même pas ce qu’est une vache ou un grain de blé !» 

«On reviendra… !»
Il est 10 h 30. La délégation sort de l’entrevue avec les dirigeants de l’abattoir et de la Cialyn (voir article en annexe). L’heure d’un premier débriefing pour Francis Letellier, président de la FDSEA de l’Yonne : «ils ne respectent pas tout à fait les accords, même si sur certaines catégories, ils n’en sont pas loin, mais il manque encore quelques centimes au compteur…» Pour son homologue à JA 89, Julien Caillard, «l’impression qu’ils nous baladent un peu, car ils refusent de nous dire qui triche ou pas dans ce rapport…» D’en appeler à une plus grande mobilisation : «il faudra revenir demain et partout sur vos cantons, revenir avec du monde pour une action d’ampleur, avec du mouvement…» La colère ne retombe pas chez les éleveurs présents : «on en a marre ! En 2009, on nous a endormi avec des tarifs qu’on n’a jamais vus. Montrez-nous des factures ! Aujourd’hui, on n’a plus confiance…» Deux remorques de fumier sont bennées devant les grilles de l’entreprise en guise d’avertissement et un message à l’unisson : «on reviendra vous voir… !» Pour l’heure, direction Yoplait, à Monéteau.

Bloquer l’autoroute A6
Là aussi, une délégation a été reçue par la direction de l’usine, après que des bâches aient été accrochées aux grilles, avec un message sans appel : «un prix, un vrai et vite !». De l’autre côté de la rivière, la zone commerciale des Clairions et son hypermarché. Les éleveurs ont abandonné tracteurs et remorques sur le parking et arpentent les allées avec pour consigne de retirer des rayons tout ce qui est d’origine étrangère : «les gars ! J’ai trouvé de la viande hachée de Pologne» Les chariots se remplissent vite et les produits collectés, redistribués gratuitement aux automobilistes patientant au barrage filtrant mis en place un peu plus loin. Bientôt 14 h. Le barbecue improvisé se termine. Il est temps de plier bagage, mais pas avant que les remorques n’abandonnent au passage leur cargaison… Déjà des idées pour les actions futures : «allons bloquer l’autoroute ! Après le Mont-Saint-Michel, pourquoi pas Vézelay et Guédelon ?» Francis Letellier temporise : «bloquer l’A6 en plein période de vacances, c’est le meilleur moyen de se mettre à dos tous les consommateurs français, alors que nous avons besoin d’eux pour soutenir la production nationale de viande et de lait…» Une chose est sûre : l’action continue !