L’interprofession régionale bétail et viande (Interbev BFC) accueillait une analyste des habitudes alimentaires françaises, lors de son assemblée générale à Beaune, en Côte-d’Or. L’occasion de dessiner à grands traits le futur de la consommation de viande dans notre pays.

Interbev BFC en assemblée générale
L'analyste Sophie de Reynal a tenté de dessiner l'évolution de la consommation de viande en France, pour les 30 ans qui viennent.

À quelles évolutions doit-on s’attendre, dans les années qui viennent, en matière de tendances alimentaires et d’attentes des consommateurs ? C’était toute la question abordée par Sophie de Reynal. La directrice marketing de l’agence Nutrimarketing intervenait fin juin dans le cadre de l’assemblée générale d’Interbev Bourgogne-Franche-Comté, l’interprofession régionale bétail et viande, organisée à Beaune, en Côte-d’Or. Cette question n’est pas anodine, alors que la consommation de viande est de plus en plus interrogée dans notre pays, et qu’apparaissent sur le marché, des alternatives végétales à cette consommation. Il en résulte un flou qui vient récemment d’être dissipé grâce au décret signé le 30 juin, qui intérêt désormais de qualifier par des termes évoquant la viande (steak, lardons…) des produits alimentaires végétaux.

« Faire des propositions ciblées »

Pour l’analyste de Nutrimarketing, deux grands changements sont aujourd’hui à prendre en compte : l’évolution des modes d’approvisionnement, avec la montée en puissance de l’e-commerce (qui représente 10 % du commerce alimentaire en France) et de la livraison à domicile, et puis les modes de consommation. « Nous avons aujourd’hui, remarquait-elle, des consommateurs « zappeurs » face auxquels il ne faut pas hésiter à faire des propositions ciblées. Avant la crise sanitaire du Covid, on voyait émerger cinq tendances de consommation alimentaire : la santé, la praticité, le plaisir, la sincérité et la naturalité. Il faut désormais en ajouter une sixième : celle du prix ». L’analyste considère également qu’il va falloir prendre en compte le fait que les personnes engagées sur des considérations écologiques pourraient représenter 50 % des clients en 2050. Une perspective qu’elle nuance toutefois : « Les jeunes générations affirment vouloir faire beaucoup en ce sens, mais la réalité est un peu différente : en France, en 2020, le top des ventes alimentaires, c’était le pot de 1 kg de Nutella… ». Cela se traduit notamment par un marché du bio qui marque un palier en France. Elle note également le souci, pour beaucoup de consommateurs, d’avoir recours au commerce alimentaire équitable, assurant une juste rémunération aux producteurs. Parmi les produits de ce type diffusés en France, seul un tiers provient de producteurs français.

Se faire livrer, moins cher que cuisiner…

Sophie de Reynal a aussi relativisé l’émergence de la consommation vegan : « on a l’impression qu’un plafond a été atteint. Les substituts de viande plafonnent à 1,5 % du marché de la viande et 46 % des consommateurs qui y ont goûté trouvent cela moins bon ». Le futur de l’alimentation impose de réfléchir aux conditions nécessaires pour cuisinier : temps, équipements, compétences, envie… et surtout moyens financiers : « si vous habitez Hong Kong ou Singapour, cela vous coûte moins cher de vous faire livrer des plats toute votre vie, que de louer 5 m2 pour avoir une cuisine ! En France, nous n’en sommes pas encore là mais on s’en rapproche : à Paris, le rapport entre se faire livrer ou louer l’espace nécessaire à une cuisine est à égalité ». Reste qu’en France, en 2020, la consommation globale de viande a accusé une baisse de 1,5 % alors que 85 % des Français n’envisagent pas de changer de régime alimentaire. Le monde de la viande doit sans doute encore réaliser sa « révolution » afin de s’adapter à ces nouvelles tendances de consommation et Sophie de Reynal invitait, en conclusion, à s’inspirer du monde du fromage. Il est parvenu à proposer de nouvelles formes de consommation, au-delà du traditionnel plateau de fin de repas, en s’invitant, par exemple, à l’apéritif. Pour l’avenir, il va falloir faire avec les étiquetages Nutriscore, les allégations nutritionnelles, le bien-être animal et l’apparition de nouvelles sources de protéines, telles que la consommation d’insectes ou la viande in vitro. « En 2040, concluait l’analyste de Nutrimarketing, la viande cellulaire pourrait représenter 40 % du marché, à égalité avec la viande classique ».

L’assemblée générale d’Interbev BFC aura été l’occasion de passer en revue les actions d’accompagnement menées tout au long de l’année. 2600 euros ont été attribués à plusieurs concours d’animaux, (Charolles, Autun, Pouilly-en-Auxois, Saint-Christophe-en-Brionnais) à la condition qu’ils proposent un prix Label rouge. Interbev BFC a accompagné des Projets alimentaires territoriaux (PAT) pour la structuration de leur approvisionnement en viandes locales. L’interprofession a été interrogée par le Conseil régional sur la question de l’engraissement en région BFC. Enfin, Yves Largy, président d’Interbev BFC, est revenu sur la hausse actuelle des prix des animaux, une bonne nouvelle, à mettre, toutefois, en regard de la hausse des charges pour les éleveurs, dans un contexte de décapitalisation accrue du cheptel régional.