Manifestation du 3 septembre
1000 tracteurs à l’assaut de Paris
Alors que les agriculteurs ont manifesté tout l’été pour alerter les Pouvoirs publics sur la situation catastrophique de l’élevage, mais aussi de l’agriculture française dans sa globalité, le 3 septembre un millier de tracteurs ont convergé vers Paris. Ce même jour, le gouvernement devait annoncer de nouvelles mesures d’aide à l’élevage.
Pas moins de 1000 tracteurs étaient attendus aux abords de la capitale, à l’appel de la FNSEA et de JA ; de quoi semer le désordre dans la capitale, alors que ce même jour, le gouvernement a annoncé de nouvelles aides à destination des agriculteurs en général et des éleveurs en particulier. Dès le 24 août, à l’issue d’un entretien entre François Hollande, Manuel Vals, Stéphane Le Foll et les présidents de la FNSEA et de JA, Xavier Beulin et Thomas Diener, on pouvait déjà avoir une certaine idée des annonces gouvernementales.
Moratoire sur les nouvelles réglementations
François Hollande s’est ainsi engagé à que le CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) s’applique aux chefs d’exploitation agricole, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Outre cette mesure d’allègement des charges sociales, le syndicalisme attendait aussi une rallonge au plan d’urgence décidée fin juillet, l’allègement des charges sociales et fiscales, la prise en charge ou le décalage des intérêts d’emprunts. Autant de mesures de court terme destinées à pallier les conséquences d’un endettement massif des agriculteurs.
Les normes, notamment écologiques, sont également dans le collimateur des syndicats. La FNSEA demande un moratoire pour 2016 afin qu’aucune nouvelle norme supplémentaire ne s’impose à l’agriculture. Il faut que la France se contente d’appliquer les directives européennes, sans en rajouter. Xavier Beulin entend aussi que la nécessaire modernisation de l’agriculture française soit accompagnée et facilitée par la mise en place de modes de financement mieux adaptés à ce secteur soumis à la volatilité des prix.
Le 7 septembre c’est l’Europe qui est attendue au tournant
Autre dossier en cours, l’Europe et le conseil des ministres de l’agriculture de l’Union européenne du 7 septembre. Sur ce point, syndicats et Pouvoirs publics sont sur la même longueur d’onde : la France réclame d’avantage d’achats d’intervention de la part de Bruxelles, des efforts supplémentaires pour rouvrir le marché russe et la possibilité d’étiqueter l’origine des viandes dans les produits transformés. Face à cela, le commissaire européen à l’agriculture a semblé joué la prudence quant aux mesures que pourrait prendre Bruxelles, considérant que la situation n’était pas aussi désespérée qu’on pourrait le croire.
Le 3 septembre l’élevage n’était pas seul sur le devant de la scène, l’AGPB et la FOP se sont jointes au mouvement. L’AGPB reprenant les demandes de la FNSEA pour un moratoire sur les normes et une fiscalité innovante, et la FOP condamnant «l’accumulation de contraintes qui brident toute volonté d’entreprendre» et qui vont à l’encontre «de la satisfaction des marchés et des débouchés».
POINTS DE VUE :
Hervé Guyomard «Il faut fixer un cap pour le moyen et le long terme»
Directeur scientifique Agriculture à l’Inra, Hervé Guyomard revient sur l’impérieuse nécessité de faire évoluer les facteurs structurels à l’origine de la crise que vit l’élevage aujourd’hui. Une plus juste rémunération peut passer aussi par la rétribution des services environnementaux et territoriaux que les agriculteurs rendent.
- Sur la crise de l’élevage
Il y a bien une crise ! Celle-ci touche principalement les viandes bovines, porcines et le lait. Mais d’autres secteurs sont également dans une situation économique difficile (...) Il ne faut cependant pas croire que la crise est uniquement française. Il y a des difficultés dans d’autres pays européens. D’une manière générale, cette crise montre qu’il faut mettre en place des mesures permettant de faire face à la variabilité des prix et des revenus agricoles.
- La Pac : à peine installée, il faut déjà qu’elle évolue...
En pratique, la Pac est en réforme permanente depuis 2012. Mais le processus reste inachevé. Pourquoi ce processus perpétuel de réforme ? Parce que l’Europe est constituée aujourd’hui de 28 pays aux objectifs et intérêts différents. Il existe dans la nouvelle Pac des dispositifs permettant de cibler les moyens pour faire face à la volatilité. Mais ils ne sont pas assez mobilisés ou suffisamment dotés sur le plan budgétaire. Il s’agit là d’une des priorités à travailler pour la prochaine réforme.
- Quelle vision novatrice pour l’agriculture française ?
La France souffre de l’absence d’une vision stratégique partagée pour son agriculture et son secteur agroalimentaire. Il faut fixer un cap pour le moyen et le long terme et se placer dans une perspective dynamique. Cette absence ne se perçoit pas dans d’autres Etats membres comme l’Allemagne ou l’Irlande. Le propos doit cependant être nuancé en fonction des secteurs. Il est surtout valable pour les productions animales. Il est moins vrai dans le cas des grandes cultures. En pratique, si la France peut se réjouir du maintien du budget agricole important de la Pac pour 2015-2020, sa mise en oeuvre est sans doute centrée à l’excès sur le maintien des situations acquises antérieurement, au détriment d’une vision stratégique, pragmatique et dynamique. Cela s’explique en partie par la grande diversité de notre agriculture. Mais cela s’explique aussi par la difficulté à s’accorder sur une vision commune, avec des positions très contrastées, voire opposées (...).
- Des origines de la crise...
Si des mesures d’urgence sont nécessaires, celles-ci ne suffiront pas si l’on ne s’attaque pas, aussi, aux facteurs structurels. Entre autres, la définition d’une vision stratégique (...). Elle doit être guidée par les marchés sur lesquels la France veut être présente (...) Des marchés au pluriel (...) Et l’offre agricole doit être adaptée à leurs besoins. C’est ainsi qu’on passera d’une logique -dépassée- où c’est la production qui guide les marchés, à une logique où ce sont les demandes et leur satisfaction qui primeront. Cette inversion de logique peut conduire à des adaptations douloureuses, par exemple des animaux moins lourds. Adaptations douloureuses, mais nécessaires ! L’organisation des acteurs et la taille des structures, exploitations agricoles comme industries agroalimentaires, sont d’autres facteurs structurels à faire évoluer.
- Les solutions face à la crise ?
A situation de crise, mesures d’urgence. Au-delà des facteurs structurels (...) j’insisterai sur la nécessité d’augmenter et de diversifier les sources de revenu des éleveurs. Cela pourrait être le développement de la pluriactivité -sur et hors exploitation- le développement des paiements pour services environnementaux et territoriaux, comme la préservation de l’eau, de la biodiversité, le stockage du carbone, etc. (...) Cela signifie que, selon les conditions locales et les choix de l’agriculteur, son revenu sera composé, dans des proportions variables, par la vente de produits agricoles bruts ou transformés (...) et par des paiements pour la fourniture de services environnementaux et territoriaux (...) Mais de tels marchés restent à construire en mobilisant les acteurs susceptibles de les financer : contribuables, usager, consommateur, via si c’est possible, un prix plus élevé du produit agricole ou encore des opérateurs tenus de compenser les impacts de leurs actions. Il faut faire preuve d’imagination et ici aussi, ne pas avoir peur du changement. Et puis, il faut réfléchir à développer des financements innovants en agriculture, en profitant de l’importance des liquidités disponibles.
Bruno Parmentier «Passer à un modèle qualitatif»
Auteur, conférencier et consultant, Bruno Parmentier établit un parallèle entre la crise de l’élevage et celle de la viticulture au siècle dernier. Pour lui, la seule issue consiste à passer d’un modèle quantitatif à un modèle qualitatif. En évitant l’écueil suicidaire du repli sur soi.
- Les explications de la crise de l’élevage...
Le déclencheur c’est qu’il y a une crise de surproduction (...) Les Français, les Européens commencent à manger moins de viande. L’Europe est en pleine transition alimentaire (...) On va vers une baisse notable de la consommation de viande dans les vingt ans qui viennent (...) La situation est aggravée par la fermeture du marché russe.
- Quelles solutions pour les éleveurs
Un changement très important reste à mener en élevage, semblable à celui de la viticulture dans les années 50-70. Après d’importantes manifestations de producteurs de vin à l’époque, la réaction a été de se dire : s’il faut moins de vin, ce sera uniquement du bon et du cher. Les éleveurs doivent avoir conscience que dans vingt ou trente ans, on mangera probablement 20 à 30% de viande et de lait en moins (...) Il faut passer d’une industrie de la quantité à une industrie de la qualité. C’est très douloureux et compliqué, mais c’est la seule issue. Quand le poulet, le porc est vraiment industriel, ce n’est pas de l’agriculture. Et dans l’industrie, les Allemands ont toujours été meilleurs que nous (...)
- Le salut viendra-t-il de la France ou de l’Europe ?
Cette crise est européenne. Elle vient du fait qu’on produit trop et que les Allemands, les Espagnols ont des prix inférieurs aux nôtres. La solution du repli sur soi serait de la folie. La France est un pays profondément agricole, qui a absolument besoin de l’Europe, ayant des exportations supérieures aux importations (...) Le problème c’est qu’on est dans une Europe à 28 où les gens portés sur l’alimentation sont minoritaires, concentrés dans les pays du Sud. Les Européens veulent démanteler la Pac, que le marché fournisse de l’alimentation pas chère. Nous, on la veut tracée, bio et locale... (...) A partir du moment où le consommateur veut du produit banalisé, le moins cher possible, c’est la concurrence sauvage et industrielle et la France cède du terrain. On perd notre industrie du cochon et du poulet. Ce qui va nous rester, c’est le bon produit label. Et à partir du moment où l’Europe démantèle la Pac, il faut se demander si nous on y reste. Ou essayer de convaincre nos amis européens qu’il est très dangereux de perdre son indépendance alimentaire.
Moratoire sur les nouvelles réglementations
François Hollande s’est ainsi engagé à que le CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi) s’applique aux chefs d’exploitation agricole, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Outre cette mesure d’allègement des charges sociales, le syndicalisme attendait aussi une rallonge au plan d’urgence décidée fin juillet, l’allègement des charges sociales et fiscales, la prise en charge ou le décalage des intérêts d’emprunts. Autant de mesures de court terme destinées à pallier les conséquences d’un endettement massif des agriculteurs.
Les normes, notamment écologiques, sont également dans le collimateur des syndicats. La FNSEA demande un moratoire pour 2016 afin qu’aucune nouvelle norme supplémentaire ne s’impose à l’agriculture. Il faut que la France se contente d’appliquer les directives européennes, sans en rajouter. Xavier Beulin entend aussi que la nécessaire modernisation de l’agriculture française soit accompagnée et facilitée par la mise en place de modes de financement mieux adaptés à ce secteur soumis à la volatilité des prix.
Le 7 septembre c’est l’Europe qui est attendue au tournant
Autre dossier en cours, l’Europe et le conseil des ministres de l’agriculture de l’Union européenne du 7 septembre. Sur ce point, syndicats et Pouvoirs publics sont sur la même longueur d’onde : la France réclame d’avantage d’achats d’intervention de la part de Bruxelles, des efforts supplémentaires pour rouvrir le marché russe et la possibilité d’étiqueter l’origine des viandes dans les produits transformés. Face à cela, le commissaire européen à l’agriculture a semblé joué la prudence quant aux mesures que pourrait prendre Bruxelles, considérant que la situation n’était pas aussi désespérée qu’on pourrait le croire.
Le 3 septembre l’élevage n’était pas seul sur le devant de la scène, l’AGPB et la FOP se sont jointes au mouvement. L’AGPB reprenant les demandes de la FNSEA pour un moratoire sur les normes et une fiscalité innovante, et la FOP condamnant «l’accumulation de contraintes qui brident toute volonté d’entreprendre» et qui vont à l’encontre «de la satisfaction des marchés et des débouchés».
POINTS DE VUE :
Hervé Guyomard «Il faut fixer un cap pour le moyen et le long terme»
Directeur scientifique Agriculture à l’Inra, Hervé Guyomard revient sur l’impérieuse nécessité de faire évoluer les facteurs structurels à l’origine de la crise que vit l’élevage aujourd’hui. Une plus juste rémunération peut passer aussi par la rétribution des services environnementaux et territoriaux que les agriculteurs rendent.
- Sur la crise de l’élevage
Il y a bien une crise ! Celle-ci touche principalement les viandes bovines, porcines et le lait. Mais d’autres secteurs sont également dans une situation économique difficile (...) Il ne faut cependant pas croire que la crise est uniquement française. Il y a des difficultés dans d’autres pays européens. D’une manière générale, cette crise montre qu’il faut mettre en place des mesures permettant de faire face à la variabilité des prix et des revenus agricoles.
- La Pac : à peine installée, il faut déjà qu’elle évolue...
En pratique, la Pac est en réforme permanente depuis 2012. Mais le processus reste inachevé. Pourquoi ce processus perpétuel de réforme ? Parce que l’Europe est constituée aujourd’hui de 28 pays aux objectifs et intérêts différents. Il existe dans la nouvelle Pac des dispositifs permettant de cibler les moyens pour faire face à la volatilité. Mais ils ne sont pas assez mobilisés ou suffisamment dotés sur le plan budgétaire. Il s’agit là d’une des priorités à travailler pour la prochaine réforme.
- Quelle vision novatrice pour l’agriculture française ?
La France souffre de l’absence d’une vision stratégique partagée pour son agriculture et son secteur agroalimentaire. Il faut fixer un cap pour le moyen et le long terme et se placer dans une perspective dynamique. Cette absence ne se perçoit pas dans d’autres Etats membres comme l’Allemagne ou l’Irlande. Le propos doit cependant être nuancé en fonction des secteurs. Il est surtout valable pour les productions animales. Il est moins vrai dans le cas des grandes cultures. En pratique, si la France peut se réjouir du maintien du budget agricole important de la Pac pour 2015-2020, sa mise en oeuvre est sans doute centrée à l’excès sur le maintien des situations acquises antérieurement, au détriment d’une vision stratégique, pragmatique et dynamique. Cela s’explique en partie par la grande diversité de notre agriculture. Mais cela s’explique aussi par la difficulté à s’accorder sur une vision commune, avec des positions très contrastées, voire opposées (...).
- Des origines de la crise...
Si des mesures d’urgence sont nécessaires, celles-ci ne suffiront pas si l’on ne s’attaque pas, aussi, aux facteurs structurels. Entre autres, la définition d’une vision stratégique (...). Elle doit être guidée par les marchés sur lesquels la France veut être présente (...) Des marchés au pluriel (...) Et l’offre agricole doit être adaptée à leurs besoins. C’est ainsi qu’on passera d’une logique -dépassée- où c’est la production qui guide les marchés, à une logique où ce sont les demandes et leur satisfaction qui primeront. Cette inversion de logique peut conduire à des adaptations douloureuses, par exemple des animaux moins lourds. Adaptations douloureuses, mais nécessaires ! L’organisation des acteurs et la taille des structures, exploitations agricoles comme industries agroalimentaires, sont d’autres facteurs structurels à faire évoluer.
- Les solutions face à la crise ?
A situation de crise, mesures d’urgence. Au-delà des facteurs structurels (...) j’insisterai sur la nécessité d’augmenter et de diversifier les sources de revenu des éleveurs. Cela pourrait être le développement de la pluriactivité -sur et hors exploitation- le développement des paiements pour services environnementaux et territoriaux, comme la préservation de l’eau, de la biodiversité, le stockage du carbone, etc. (...) Cela signifie que, selon les conditions locales et les choix de l’agriculteur, son revenu sera composé, dans des proportions variables, par la vente de produits agricoles bruts ou transformés (...) et par des paiements pour la fourniture de services environnementaux et territoriaux (...) Mais de tels marchés restent à construire en mobilisant les acteurs susceptibles de les financer : contribuables, usager, consommateur, via si c’est possible, un prix plus élevé du produit agricole ou encore des opérateurs tenus de compenser les impacts de leurs actions. Il faut faire preuve d’imagination et ici aussi, ne pas avoir peur du changement. Et puis, il faut réfléchir à développer des financements innovants en agriculture, en profitant de l’importance des liquidités disponibles.
Bruno Parmentier «Passer à un modèle qualitatif»
Auteur, conférencier et consultant, Bruno Parmentier établit un parallèle entre la crise de l’élevage et celle de la viticulture au siècle dernier. Pour lui, la seule issue consiste à passer d’un modèle quantitatif à un modèle qualitatif. En évitant l’écueil suicidaire du repli sur soi.
- Les explications de la crise de l’élevage...
Le déclencheur c’est qu’il y a une crise de surproduction (...) Les Français, les Européens commencent à manger moins de viande. L’Europe est en pleine transition alimentaire (...) On va vers une baisse notable de la consommation de viande dans les vingt ans qui viennent (...) La situation est aggravée par la fermeture du marché russe.
- Quelles solutions pour les éleveurs
Un changement très important reste à mener en élevage, semblable à celui de la viticulture dans les années 50-70. Après d’importantes manifestations de producteurs de vin à l’époque, la réaction a été de se dire : s’il faut moins de vin, ce sera uniquement du bon et du cher. Les éleveurs doivent avoir conscience que dans vingt ou trente ans, on mangera probablement 20 à 30% de viande et de lait en moins (...) Il faut passer d’une industrie de la quantité à une industrie de la qualité. C’est très douloureux et compliqué, mais c’est la seule issue. Quand le poulet, le porc est vraiment industriel, ce n’est pas de l’agriculture. Et dans l’industrie, les Allemands ont toujours été meilleurs que nous (...)
- Le salut viendra-t-il de la France ou de l’Europe ?
Cette crise est européenne. Elle vient du fait qu’on produit trop et que les Allemands, les Espagnols ont des prix inférieurs aux nôtres. La solution du repli sur soi serait de la folie. La France est un pays profondément agricole, qui a absolument besoin de l’Europe, ayant des exportations supérieures aux importations (...) Le problème c’est qu’on est dans une Europe à 28 où les gens portés sur l’alimentation sont minoritaires, concentrés dans les pays du Sud. Les Européens veulent démanteler la Pac, que le marché fournisse de l’alimentation pas chère. Nous, on la veut tracée, bio et locale... (...) A partir du moment où le consommateur veut du produit banalisé, le moins cher possible, c’est la concurrence sauvage et industrielle et la France cède du terrain. On perd notre industrie du cochon et du poulet. Ce qui va nous rester, c’est le bon produit label. Et à partir du moment où l’Europe démantèle la Pac, il faut se demander si nous on y reste. Ou essayer de convaincre nos amis européens qu’il est très dangereux de perdre son indépendance alimentaire.