Interview
Xavier Beulin s’inquiète du «Service après-vente»
A l'occasion de la remise des insignes de chevalier dans l'Ordre du Mérite Agricole à Marie-José Huot, Xavier Beulin est venu spécialement jusqu'à Saint-Denis-lès-Sens dans l'Yonne. Le président de la FNSEA a accepté de répondre à nos questions sur les différents points d'actualité.
[G]- TdB : On n’a pas beaucoup parlé agriculture dans les discussions engagées entre syndicats patronaux et salariés dans le cadre des contreparties liées au pacte de responsabilité…
Xavier Beulin :[g] [I]«en terme de contreparties, on estime que l’agriculture s’est pas mal engagée, notamment en terme d’emplois et de formations qualifiantes. Ce que l’on attend aujourd’hui, c’est un effet significatif sur le volet charges, en particulier les charges sociales. Le CICE (ndlr : Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi) pour nous, n’est pas la bonne solution et on reste très accrochés plutôt au redéploiement de la part Cotisations Familiales sur une autre assiette. C’est notre credo depuis toujours, notamment vis à vis des coopératives qui n’ont pas accès au CICE…»[i]
[G]- Le SIA vient de fermer ses portes. Dans son discours, le président Hollande ne semble pas avoir convaincu la Confédération Paysanne et la Coordination Rurale, c’est le cas aussi pour la FNSEA ?[g]
[I]«J’ai suivi ses quatre interventions sur le parcours. S’il y a de la cohérence dans les propos, qui tous, mettent en avant la compétitivité, l’innovation, la recherche, la diversité de l’agriculture…, j’ai fait néanmoins remarquer au Président qu’il nous fallait aussi un «service après-vente» ! Le discours c’est bien, mais derrière, il y a besoin d’un réel engagement et pas forcément avec des moyens financiers. Comme rappelé lors des états Généraux de l’agriculture qui s’étaient tenus la veille, nous avons besoin d’une simplification des normes, d’une simplification administrative et qu’on réhabilite le tandem innovation/recherche et modernisation/investissement, un point faible de notre pays aujourd’hui..»[i]
[G]- On parle d’une perte de 20 millions€ pour le département de l’Yonne au niveau du 1er pilier, dans le cadre de la réforme de la Pac…[g]
[I]«Nous travaillons avec l’APCA et les JA pour déboucher sur une mesure environnementale qui soit un vrai plus pour les zones intermédiaires. J’en ai parlé au Commissaire Ciolos, la semaine dernière au salon et il semble ouvert à tout ça. La difficulté est que tout ce qui peut s’apparenter à du double financement, sous entendu, ce que vous mettez dans le verdissement du 1er pilier, ne peut être refinancé une seconde fois. Il nous faut trouver la bonne mesure, qui soit vivable pour les agriculteurs mais qui en même temps, consolide ou en tous cas, rattrape dans ces zones le différentiel généré par le double mouvement convergence/redistribution. Un différentiel «qui fait mal», particulièrement dans des zones intermédiaires comme le département de l’Yonne».[i]
[G]- L’Yonne est particulièrement impactée par les BAC Grenelle. Comment concilier sur les exploitations, économie et respect de l’environnement ?[g]
[I]«Là aussi, il nous faut sortir du discours convenu. Le ministre dans le préambule à sa Loi d’avenir dit la même chose que nous, même si lui parle de double performance économique/écologique. Nous, on a tendance à rappeler de ne pas oublier le social et le territoire au passage ! Le credo qui est le nôtre aujourd’hui, est de mettre à la disposition des agriculteurs non pas de la réglementation s’empilant l’une par-dessus l’autre, mais au contraire, des outils d’aide à la décision, de la connaissance, de l’expertise, de l’innovation aussi, qui lui permettront d’adapter ses pratiques agricoles ou certains process liés à des habitudes qu’il faut parfois bouger… Aller vraiment sur la culture du résultat et sortir d’un empilement réglementaire de mesures qui sont autant d’obligations de moyens sans réelles solutions. Sur ce point, les paysans n’en peuvent plus ! On a un problème de pentes, sujet sensible dans ce département et ça, ce n’est pas tenable ! Des problèmes avec les dates d’épandage, c’est de la folie !»[i]
[G]- Un centre d’engraissement de 1000 bovins en Limousin, un élevage de 1000 vaches en Picardie... L’avenir de l’élevage passera t-il par une concentration encore plus grande des exploitations ?[g]
[I]«Le modèle n’est pas forcément à 1 000 vaches, mais il faudra de toute façon s’adapter. On ne peut pas être dans un environnement européen avec des voisins qui sont sur des étables de 1 000, 2 000, voire 3 000 vaches et continuer sur le système en place, même s’il faut trouver de la mesure en tout…. Aujourd’hui, il y a des gens qui ont encore des ambitions, la volonté d’investir et bouger, il nous faut les accompagner. Je pense que le modèle français dans les dix ou quinze prochaines années, si on se projette un peu, devrait déboucher sur des étables entre 600 000 et 1 million de litres de lait».[i]
[G]- Augmentation des tarifs postaux, réorientation des aides de l’Etat, perte des annonces légales…, la presse agricole s’inquiète pour son avenir ![g]
[I]«Je suis un inconditionnel de la presse agricole départementale et on va tout faire pour la maintenir, ce qui ne veut pas dire qu’on ait pas à bouger notre modèle économique. L’idée étant de regarder ce qui peut être mutualisé. Les journaux ont leur indépendance et doivent la garder ! Par contre, il y a du «back office» à retravailler ensemble, repenser aussi le «sourcing» de l’information… Je pense qu’on aurait intérêt dans la filière agricole à développer notre agence propre d’informations et du coup, mettre prioritairement ce «sourcing» à la disposition de la presse agricole départementale bien sûr, mais aussi de la presse quotidienne qui en a bien besoin. Les grands médias nous interpellent aujourd’hui de plus en plus, alors même qu’ils ne comptent plus de journalistes spécialisés agricoles. Il nous faudrait également un regard sur les réseaux sociaux, car si demain l’info ne devait transiter que par cette seule source, on est mal «barrés»… !»[i]
Xavier Beulin :[g] [I]«en terme de contreparties, on estime que l’agriculture s’est pas mal engagée, notamment en terme d’emplois et de formations qualifiantes. Ce que l’on attend aujourd’hui, c’est un effet significatif sur le volet charges, en particulier les charges sociales. Le CICE (ndlr : Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi) pour nous, n’est pas la bonne solution et on reste très accrochés plutôt au redéploiement de la part Cotisations Familiales sur une autre assiette. C’est notre credo depuis toujours, notamment vis à vis des coopératives qui n’ont pas accès au CICE…»[i]
[G]- Le SIA vient de fermer ses portes. Dans son discours, le président Hollande ne semble pas avoir convaincu la Confédération Paysanne et la Coordination Rurale, c’est le cas aussi pour la FNSEA ?[g]
[I]«J’ai suivi ses quatre interventions sur le parcours. S’il y a de la cohérence dans les propos, qui tous, mettent en avant la compétitivité, l’innovation, la recherche, la diversité de l’agriculture…, j’ai fait néanmoins remarquer au Président qu’il nous fallait aussi un «service après-vente» ! Le discours c’est bien, mais derrière, il y a besoin d’un réel engagement et pas forcément avec des moyens financiers. Comme rappelé lors des états Généraux de l’agriculture qui s’étaient tenus la veille, nous avons besoin d’une simplification des normes, d’une simplification administrative et qu’on réhabilite le tandem innovation/recherche et modernisation/investissement, un point faible de notre pays aujourd’hui..»[i]
[G]- On parle d’une perte de 20 millions€ pour le département de l’Yonne au niveau du 1er pilier, dans le cadre de la réforme de la Pac…[g]
[I]«Nous travaillons avec l’APCA et les JA pour déboucher sur une mesure environnementale qui soit un vrai plus pour les zones intermédiaires. J’en ai parlé au Commissaire Ciolos, la semaine dernière au salon et il semble ouvert à tout ça. La difficulté est que tout ce qui peut s’apparenter à du double financement, sous entendu, ce que vous mettez dans le verdissement du 1er pilier, ne peut être refinancé une seconde fois. Il nous faut trouver la bonne mesure, qui soit vivable pour les agriculteurs mais qui en même temps, consolide ou en tous cas, rattrape dans ces zones le différentiel généré par le double mouvement convergence/redistribution. Un différentiel «qui fait mal», particulièrement dans des zones intermédiaires comme le département de l’Yonne».[i]
[G]- L’Yonne est particulièrement impactée par les BAC Grenelle. Comment concilier sur les exploitations, économie et respect de l’environnement ?[g]
[I]«Là aussi, il nous faut sortir du discours convenu. Le ministre dans le préambule à sa Loi d’avenir dit la même chose que nous, même si lui parle de double performance économique/écologique. Nous, on a tendance à rappeler de ne pas oublier le social et le territoire au passage ! Le credo qui est le nôtre aujourd’hui, est de mettre à la disposition des agriculteurs non pas de la réglementation s’empilant l’une par-dessus l’autre, mais au contraire, des outils d’aide à la décision, de la connaissance, de l’expertise, de l’innovation aussi, qui lui permettront d’adapter ses pratiques agricoles ou certains process liés à des habitudes qu’il faut parfois bouger… Aller vraiment sur la culture du résultat et sortir d’un empilement réglementaire de mesures qui sont autant d’obligations de moyens sans réelles solutions. Sur ce point, les paysans n’en peuvent plus ! On a un problème de pentes, sujet sensible dans ce département et ça, ce n’est pas tenable ! Des problèmes avec les dates d’épandage, c’est de la folie !»[i]
[G]- Un centre d’engraissement de 1000 bovins en Limousin, un élevage de 1000 vaches en Picardie... L’avenir de l’élevage passera t-il par une concentration encore plus grande des exploitations ?[g]
[I]«Le modèle n’est pas forcément à 1 000 vaches, mais il faudra de toute façon s’adapter. On ne peut pas être dans un environnement européen avec des voisins qui sont sur des étables de 1 000, 2 000, voire 3 000 vaches et continuer sur le système en place, même s’il faut trouver de la mesure en tout…. Aujourd’hui, il y a des gens qui ont encore des ambitions, la volonté d’investir et bouger, il nous faut les accompagner. Je pense que le modèle français dans les dix ou quinze prochaines années, si on se projette un peu, devrait déboucher sur des étables entre 600 000 et 1 million de litres de lait».[i]
[G]- Augmentation des tarifs postaux, réorientation des aides de l’Etat, perte des annonces légales…, la presse agricole s’inquiète pour son avenir ![g]
[I]«Je suis un inconditionnel de la presse agricole départementale et on va tout faire pour la maintenir, ce qui ne veut pas dire qu’on ait pas à bouger notre modèle économique. L’idée étant de regarder ce qui peut être mutualisé. Les journaux ont leur indépendance et doivent la garder ! Par contre, il y a du «back office» à retravailler ensemble, repenser aussi le «sourcing» de l’information… Je pense qu’on aurait intérêt dans la filière agricole à développer notre agence propre d’informations et du coup, mettre prioritairement ce «sourcing» à la disposition de la presse agricole départementale bien sûr, mais aussi de la presse quotidienne qui en a bien besoin. Les grands médias nous interpellent aujourd’hui de plus en plus, alors même qu’ils ne comptent plus de journalistes spécialisés agricoles. Il nous faudrait également un regard sur les réseaux sociaux, car si demain l’info ne devait transiter que par cette seule source, on est mal «barrés»… !»[i]