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Les dossiers chauds de l'€™été

Visites d'€™exploitations pour le secrétaire général de la Préfecture

Secrétaire général de la Préfecture, Julien Marion est également sous-préfet de l'arrondissement de Dijon, un double titre qui l'a amené à s'intéresser sur le terrain aux problématiques de l'agriculture bourguignonne et plus spécifiquement aux grandes cultures des plateaux du Nord dijonnais et du canton de Genlis. Tour d'horizon organisé par la Fdsea 21.
Par Anne-Marie Klein
Visites d'€™exploitations pour le secrétaire général de la Préfecture
Dans la plaine dijonnaise, à l'EARL des Sillons, chez Pascal Chadoeuf, les contraintes péri-urbaines et le problème de la gestion de l'eau étaient à l'ordre du jour. Là encore les agriculteurs présents sont venus par leurs témoignages étayer les arguments
Bien que les travaux des champs battent encore leur plein, la FDSEA 21 n'a eu aucun mal à organiser une visite d'exploitations à la demande du secrétaire général de la Préfecture de Côte d'Or, Julien Marion. L'occasion de faire découvrir au représentant de l'à‰tat différents modes d'organisation de structures, un panel des productions de grandes cultures les plus emblématiques de la région et d'échanger sur les problématiques agricoles. Les deux visites ont concerné deux EARL, représentatives d'une agriculture de type familial, tel que celui défendu par le modèle français. Et pourtant, Julien Marion a pu aussi découvrir deux types d'organisation très différents, avec d'une part, un regroupement d'exploitations à partir d'un projet commun de jeunes exploitants d'une même génération et, d'autre part, un associé unique dans un secteur périurbain où la pression foncière est forte.

[INTER]Où l'on reparle des dégâts de gibier...[inter]
La matinée était consacrée à la présentation de l'EARL MLGG, comprenez Christophe Monot, Vincent Lecuret, Guillaume Lecuret, Vincent Gatteau et Fabrice Genin. Ces cinq là se sont bien trouvés et si bien trouvés ensemble, qu'ils ont décidé de tout mettre en commun: les terres, les récoltes, les matériels, les bons résultats comme les mauvais et les bons jours comme les mauvais jours. Au final, ils cheminent et travaillent de concert depuis suffisamment longtemps pour être bientôt capables de sauter le pas de la fusion définitive. Une formalité seulement, car le pli est pris et les résultats confortent les choix et les orientations prises de longue date. Déjà pénalisée par le bilan de santé de la Pac (- 60 000€), l'exploitation se prépare ainsi au prochain choc de la future Pac.
Sur cette EARL à cinq associés qui totalise 750 ha de cultures répartis entre blé (la plus forte sole), orge d'hiver, orge de printemps, colza, moutarde, tournesol, pois, luzerne et féverolle, l'activité stockage et la valorisation économique de la production a toute son importance. La spécialisation par grands domaines se fait tout naturellement et le partage des tâches et des responsabilités permet aussi à chaque membre d'exercer des responsabilités professionnelles ou de faire face aux aléas de la vie en cas de coup dur. [I]«Notre assurance récolte, c'est notre organisation...»[i] plaisante Christophe Monot, qui fut à l'origine du projet d'entreprise. La diversité des productions et l'étendue du parcellaire sur plusieurs communes, permet de limiter la casse en fonction des zones et des risques.
Le gel sur la zone de Saulx-le-Duc a cependant laissé des traces et ce fut l'occasion de rappeler au secrétaire général de la Préfecture que si les moissons ont pu par endroits réserver de bonnes surprises, sur certains territoires c'est la sinistrose. Jacques de Loisy a particulièrement défendu la situation des céréaliers victimes du gel, «qui subissent la double peine de ne pas pouvoir profiter des prix favorables pour se remettre de plusieurs mauvaises années». Pour ces cas, situés notamment sur les zones de plateaux à potentiel déjà limité, les trésoreries vont rester tendues et un dégrèvement de la TFNB serait le bienvenu.
Autre sujet particulièrement sensible et qui concerne l'ensemble des agriculteurs de la région, dont certains avaient fait également le déplacement : les dégâts du gibier. Maintes fois dénoncés, mais toujours répétés. Les agriculteurs présents ont rappelé l'importance et l'étendue des dégâts provoqués par le grand gibier, ils ont relevé «l'incompétence des estimateurs», le dialogue improbable avec la Fédération des chasseurs et dénoncé une situation [I]«proprement intenable»[i] en constante dégradation.

[INTER]Agriculture péri-urbaine et gestion de l'eau[inter]
La visite de l'EARL des Sillons, dont Pascal Chaudoeuf est le seul actionnaire, a permis l'après-midi d'aborder deux problématiques essentielles au maintien et au développement de l'agriculture côte d'orienne : les contraintes péri-urbaines et la gestion de l'eau. Sur ce parcellaire de 143 ha, regroupé sur Fauvernay et Magny-sur-Tille, les terres profondes argilo-calcaire produisent du blé, du colza, de la moutarde (en remplacement de la betterave), de l'orge d'hiver, de l'orge de printemps, des oignons industriels et du soja. L'irrigation est un atout supplémentaire, quand c'est possible... Même cette année où les précipitations ont été suffisantes, la pression environnementale s'est accrue, ce qui pousse les agriculteurs présents lors de la visite à s'interroger sur les conséquences des différentes orientations prises dans le cadre des contrats de rivières et des Sage. Nicolas Michaud en charge du dossier a directement interpellé le secrétaire général de la Préfecture sur une situation qui hypothèque lourdement l'avenir des productions du secteur : les rivières ont de plus en plus de mal à se recharger, même avec un printemps et un été pluvieux comme ceux que nous venons de connaître. Pourtant, l'agriculture ne représente plus que 5% des prélèvements et 1/3 des volumes sont stockés. [I]«En dépit de tous les efforts l'état des nappes se dégradent»[i] constate Nicolas Michaud qui engage à [I]«réfléchir dès maintement au problème sans attendre que la pénurie s'installe»[i]. Une nécessité s'impose pour lui [I]«remettre les choses à plat et en particulier revoir la Loi sur l'eau. Cela ne fonctionne pas, les réactions du milieu contredisent les bonnes intentions initiales»[i]. Copie à revoir donc pour l'administration et Nicolas Michaud a proposé le lancement d'une expérimentation avec pose de barrages sur certaines rivières particulièrement stratégiques et très sollicitées comme la Tille. La réalité observée oblige à être plus pragmatique et «à tirer la sonnette d'alarme, faut trouver un moyen de retenir l'eau des rivières, d'une façon ou d'une autre» insiste Le représentant professionnel, [I]«car lorsque l'on conjugue les effets de la sécheresse, de l'urbanisation galopante qui bétonne la nature et l'activité des gravières, on comprend qu'il faut prendre rapidement de nouvelles dispositions mieux adaptées à la réalité du terrain»[i].
Autre problématique, une exploitation en zone périurbaine est confrontée à des nombreuses difficultés : des difficultés de déplacements du fait du trafic et de l'inadaptation des infrastructures aux matériels agricoles actuels, des difficultés de voisinage qui nécessitent d'adapter l'activité aux contraintes de l'environnement immédiat tout en instaurant un bon relationnel avec ses voisins. Enfin, la pression foncière ne risque pas de s'atténuer, face à cela il faut pouvoir tenir bon et inscrire l'activité agricole dans une continuité territoriale.