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François Hollande au Salon de l’agriculture

Visite studieuse pour le Président

La visite présidentielle s’est déroulée dans le calme et sous le signe de l’écoute et du travail en collaboration avec les acteurs du monde agricole.
Par Thierry Michel
Visite studieuse pour le Président
Lors de sa visite au SIA, François Hollande s’est arrêté quelques minutes sur le stand de la Fédération nationale bovine. L’occasion pour Jean-Pierre Fleury récemment élus à la tête de la FNB de faire passer quelques messages au chef de l’État.
Ce n’était pas gagné comme on dit de nos jours, et pourtant : la visite d’inauguration du 51ème Salon international de l’agriculture par le Président de la République s’est bien déroulée, dans tous les sens du terme. La veille, on craignait des troubles voir des débordements du côté de la sécurité présidentielle, notamment de la part de certains représentants de la société civile. Il n’en fut rien, à part une personne isolée rapidement écartée du parcours de visite. Les agriculteurs avaient décidé de prendre leurs responsabilités et d’exposer, calmement mais fermement, leurs soucis concernant l’état actuel de leurs métiers et leur avenir. Le ton fut donné dès 7 heures du matin, heure d’arrivée de François Hollande, au moment de la traite. [I]«Nous sommes dans un système de mondialisation, alors pourquoi les éleveurs français ne profitent pas de l’embellie mondiale. Quand les prix baissent, ils baissent aussi en France mais quand ils remontent, ils ne remontent pas en France. Les éleveurs ne sont pas grand-chose face aux transformateurs et à la distribution»[i] pointe un éleveur laitier.

[INTER]À l’écoute[inter]
À peine le passage par la traite terminée, le président a poursuivi sa visite auprès des éleveurs de bovins viande. Jean-Pierre Fleury, tout nouveau président de la Fédération nationale bovine (FNB) met les points sur les i: [I]«Le dossier de la prime à la vache allaitante n’est pas réglé et qui traîne et un dossier qui traîne est un dossier qui a tendance à nous inquiéter. Des arbitrages doivent avoir lieu. Ils ne doivent pas se faire sur le dos des éleveurs spécialisés. Si on veut de la compétitivité, il faut aller vers un système avec des troupeaux de 80-100 vaches par actif et non 40 comme aujourd’hui. Limiter la prime aux quarante premières déstabiliserait les éleveurs spécialisés»[i].
Face à un président extrêmement concerné et à l’écoute, de l’avis même des professionnels rencontrés, la FNB a également attiré son attention sur le fait qu’on [I]«allait vers une tromperie des consommateurs si l’on signait l’accord de libre-échange UE-Etats-Unis en l’état»[i]. Autres sujets critiques pour la FNB: la problématique des bâtiments d’élevage pour loger le cheptel nécessaire à garder de la compétitivité, le plan protéine pour aller vers l’autonomie et la demande à l’État d’ouvrir une négociation avec ERDF dans le cadre du plan photovoltaïque. Un court répit ensuite pour le chef de l’État qui croisera une Salers et une Vosgienne avant de discuter avec les éleveurs de Gasconnes. [I]«Je suis heureux car ça marche bien pour moi, j’ai 60 ans et je vais transmettre mon élevage à mon fils mais en même temps je suis triste car je ne sais pas du tout comment ça va se passer pour lui»[i] confie un éleveur de Haute-Garonne, mettant en avant ainsi un autre dossier sensible : les difficultés d’assurer la transmission dans de bonnes conditions. [I]«Il faut absolument faire plus au niveau de la formation initiale pour attirer des jeunes, les inciter à aller dans les fermes»[i] insiste cet éleveur.
Nouvel arrêt, chez les éleveurs ovins cette fois : le président écoute toujours, de façon extrêmement sérieux, ces éleveurs qui souhaitent, eux aussi, que l’on trouve des moyens pour attirer des jeunes. Pour cette filière, la mise en place du bouclage électronique serait sûrement un plus et la présence et le développement du loup marquent très fort les esprits. La visite se poursuit par la filière porc, qui souffre terriblement de l’embargo décrété par la Russie sur le porc européen. [I]«L’État doit intervenir au plus haut niveau. Le premier ministre danois a envoyé un courrier à Vladimir Poutine sur ce sujet. La France doit faire la même chose. Les trésoreries ne pourront pas tenir 3-4 mois de plus. Sinon on avance plutôt bien sur le dossier des installations classées et nous voulons travailler le sujet du né, élevé et abattu en France»[i] a dit Jean Michel Serres au président.

[INTER]Détente[inter]
Le chef de l’État a rejoint aussi le stand d’Interbev qui met en avant la viande française et a ainsi pu savourer quelques brochettes et autres petites tranches de viandes grillées, pour une première pause détente. Il s’est félicité au passage de l’excellence du travail du secteur de la boucherie, secteur toujours à la recherche de bras nouveaux.
Les agriculteurs de montagne, et notamment ceux de Savoie, ont accueilli ensuite la visite présidentielle. [I]«Nous lui avons dit que nous voulions privilégier le collectif et la qualité en conjuguant agriculture et territoire et en combinant tourisme et agriculture»[i] remarque le propriétaire de Bella, la mascotte du salon. François Hollande a ensuite visité les stands du Cirad, de l’Inra, de La Criée et du ministère de l’Agriculture, pour un autre moment sourire avec des enfants en plein atelier cuisine qui permet de vérifier ses connaissances pour éviter le gaspillage. Pendant ce temps, François Thabuis, président des Jeunes Agriculteurs fait le point : [I]«nous avons transmis une liste de 142 points sur lesquels on attend une simplification. Nous allons donc travailler sur ces sujets. En attendant, nous estimons comme une bonne chose que le président ait fait en sorte que le contrat de génération soit inscrit dans la loi d’avenir. C’était une promesse de sa part il y a un an et il l’a tenu. Le président s’est aussi engagé à venir à Terres de JIM à Bordeaux et nous partageons avec lui cette vision de l’agriculture qui passe par l’économie»[i].
Pour Xavier Beulin, président de la FNSEA, [I]«cette visite est constructive. Le président a beaucoup parlé de recherche et d’innovation. Nous lui avons rappelé que nous avions demandé très tôt que ces sujets soient partie intégrante de la loi d’avenir. Ce n’était pas le cas en première lecture, nous attendons donc le deuxième passage de la loi au Parlement mais nous pensons que la recherche et développement seront plus présents. Le fait que le pacte de responsabilité s’applique aussi à l’agriculture nous va très bien et nous sommes bien d’accord aussi sur le fait qu’il faut agir sur le coût du travail, sur l’installation des jeunes ou encore sur la simplification des normes, notamment en matière de mise en cohérence avec les normes européennes. On a souvent surtransposé les textes de Bruxelles en droit français»[i].
Chasser le sérieux, il revient au galop ! Le Président de la République et les trois ministres qui l’ont accompagné pendant la visite inaugurale repartent avec un panier plein… de travail.

L’enseignement agricole mis en lumière

C’est sous la nouvelle bannière du ministère de l’Agriculture, «Enseignement agricole 100 % nature. Formations aux métiers de l’agriculture, de la forêt, de la nature et des territoires» que le président de la République, accompagné de Stéphane Le Foll et de Guillaume Garot, avait donné rendez-vous à treize jeunes de 18 à 35 ans. Treize jeunes qui illustrent la bonne organisation et le bon fonctionnement de l’enseignement agricole. Et François Hollande n’a pas manqué de rappeler qu’il fallait «remettre en avant cet enseignement qui permet des passerelles». C’est assez rare en France. Les jeunes porteurs de projets étaient soit issus de la formation initiale, soit passés par une formation après une première expérience professionnelle en agriculture ou non. D’autres n’étaient pas à leur place dans une filière généraliste et ont trouvé leur voie en intégrant l’enseignement agricole. Les témoignages ont également démontré toute la richesse des métiers dans le secteur agricole. «Il faut diversifier l’enseignement agricole» a pointé le président. «L’agriculture a pris de l’avance en matière d’enseignement et de formation. Il faut poursuivre. On a besoin d’installations pour renouveler les générations et pour répondre au niveau de connaissance toujours plus élevé des métiers du secteur. Le pacte de responsabilité vaut aussi pour le monde agricole. Il faut travailler sur les aspects simplification, installation/création d’emploi et baisse de cotisation ou de charges. Car la durée qui crée la confiance» a conclu François Hollande, manifestement ravi de se retrouver parmi ces jeunes.