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Face au risque de suicide

Vingt-neuf propositions contre le pire

Le député du Lot-et-Garonne Olivier Damaisin a remis le 2 décembre au Premier ministre son rapport sur l’identification et l’accompagnement des agriculteurs en difficulté, et la prévention du suicide.
Par Berty Robert (avec communiqué)
Vingt-neuf propositions contre le pire
La mission lui avait été confiée le 21 février dernier et le député LREM du Lot-et-Garonne, Olivier Damaisin, s’en est acquitté le 2 décembre en remettant au Premier ministre Jean Castex son rapport portant sur « l’identification et l’accompagnement des agriculteurs en difficulté, et prévention du suicide ». Un rapport qui, en exergue, rappelle la règle des « quatre R » à méditer « Repos, Recul, Réseau et Rebond ». L’objectif du rapport était double : mieux comprendre et connaître les causes de suicide en agriculture et mieux prévenir, pour être en capacité d’éviter plus de drames. Cette mission visait à rendre le dispositif d’identification et d’accompagnement plus efficace et plus lisible, mais aussi à comprendre l’impact de certaines controverses sociétales sur l’agriculture et le rôle que peut avoir le phénomène dit d’agribashing sur le mal-être des agriculteurs. Le rapport comporte 29 propositions (voir encadré).

Des initiatives pas toujours connues
« La connaissance des facteurs de mal-être et de risque suicidaire progresse, souligne le député Olivier Damaisin, même si le lien entre la situation économique et sociale des agriculteurs et le risque suicidaire est difficile à mettre en évidence. Les initiatives d’accompagnement sur les territoires au plus près des agriculteurs se développent, mais elles ne sont pas forcément coordonnées, ni connues des agriculteurs et des différents acteurs eux-mêmes. Des progrès sont ainsi attendus pour mieux qualifier les risques et organiser localement de façon efficace, la détection, l’écoute et la prise en charge. Face à un monde en mutation, où la place de l’agriculture et la demande de la société ont changé, le milieu agricole se sent souvent incompris et dévalorisé. Les causes multiples, pas uniquement d’ordre économique, conduisent certains agriculteurs au mal-être, voire au suicide » L’agribashing, s’il ne saurait être analysé comme une cause, apparaît comme un révélateur du mal-être agricole, renforçant la nécessité d’une communication positive sur l’agriculture. La sensibilisation des futurs agriculteurs à la prévention de ces risques, dès leur formation initiale, tout comme la gestion d’entreprise et la question du foncier dans la poursuite d’activité des agriculteurs, sont des sujets clés à traiter également dans cette optique. Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, en lien avec les ministres de la Santé et du Travail, compte proposer un plan d’action opérationnel, impliquant les partenaires concernés, dans les prochains mois.

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Les 29 propositions d’actions

• Diffuser au niveau départemental à l’attention des agriculteurs, via les réseaux professionnels, de santé et les élus locaux, une information générale sur le mal-être pour aider à la prise de conscience et inscrire cette démarche dans les projets territoriaux de santé mentale.
• Maintenir un lien personnel régulier entre les organisations professionnelles locales et les agriculteurs en partenariat avec le dispositif VigilanS du ministère chargé de la Santé.
• Identifier et coordonner au niveau départemental les plateformes d’écoute dédiées au mal-être et au risque suicidaire par une organisation mandatée par la cellule d’accompagnement et inscrire cette démarche dans les projets territoriaux de santé mentale.
• Cartographier les facteurs de risque suicidaire afin d’adapter les actions de prévention sur la base d’une publication nationale annuelle de l’analyse de la typologie des agriculteurs et des causes. La cellule d’accompagnement pourrait coordonner cette action qui peut s’inscrire dans les projets territoriaux de santé mentale.
• Identifier et recruter les sentinelles au contact des agriculteurs sur les territoires parmi les acteurs professionnels de l’agriculture et de la santé, des élus et des services publics locaux. Mettre à leur disposition un numéro d’appel téléphonique dédié. La cellule d’accompagnement pourrait coordonner cette action en lien avec l’Agence régionale de santé (ARS).
• Sensibiliser et former localement les sentinelles à la détection et à l’écoute du mal-être et du risque suicidaire.
• Mettre en place une coordination nationale de la formation des sentinelles soutenue par l’État.
• Doter les sentinelles d’outils pédagogiques d’écoute et d’orientation. Les organisations professionnelles et associatives pourraient en prendre l’initiative. Doter les salariés des organisations professionnelles d’outils d’écoute et d’aide à la décision pour une démarche positive d’accompagnement des agriculteurs en difficulté.
• Créer un observatoire national des exploitations agricoles en difficulté, coordonné par le ministère chargé de l’Agriculture.
• Élaborer un guide sur le rôle et la coordination des acteurs de la prévention du suicide en agriculture en concertation avec les partenaires du Comité régional d’orientation des conditions de travail.
• Communiquer collectivement au niveau local sur les dispositifs d’accueil, d’aide et d’accès aux droits, avec l’appui de la cellule d’accompagnement, de la Direccte et de la MSA dans le cadre du plan Santé au travail.
• Communiquer au niveau national via les sites internet institutionnels sur les dispositifs d’écoute auprès des agriculteurs.
• Reconnaître le rôle de la cellule d’accompagnement dans la coordination des acteurs de la prévention pour une vision collective et consolidée des territoires.
• Sensibiliser les organisations techniques professionnelles et de conseil, à la connaissance des réseaux de détection du mal-être et de la prévention du suicide recensés par l’ARS et les inciter à s’intégrer dans l’approche collective.
• Améliorer le fonctionnement de la cellule d’accompagnement. Le ministère chargé de l’Agriculture pourrait travailler à l’élaboration d’une charte de bonnes pratiques.
• Définir le cadre de la confidentialité et les conditions de partage d’informations entre les partenaires de la cellule d’accompagnement.
• Faire accompagner précocement, globalement et gratuitement un agriculteur en difficulté, par un conseil de confiance qu’il choisit, sur proposition de la cellule d’accompagnement.
• Développer les dispositifs de mentorat entrepreneurial entre un agriculteur et un chef d’entreprise d’un secteur d’activité non agricole.
• Former les agents publics et les conseillers à l’accueil et à l’écoute personnalisés des agriculteurs pour traiter les situations difficiles. Doter les services de l’État et les Chambres d’agriculture des moyens nécessaires à l’accompagnement des agriculteurs en difficulté face aux procédures administratives.
• Intégrer la Safer dans les réseaux des acteurs de la prévention.
• Développer et faire connaître les outils pour préserver la poursuite d’activité des agriculteurs qui cèdent leur foncier et pour ceux qui le transmettent.
• Sensibiliser les futurs agriculteurs à la prévention des risques.
• Intégrer la réflexion sur le risque de mal-être et de suicide dès le projet d’installation, dans le programme pour l’accompagnement à l’installation – transmission en agriculture.
• Accompagner le jeune agriculteur installé, par un agriculteur expérimenté. La Chambre d’agriculture pourrait organiser la mise en relation.
• Communiquer de façon positive et pédagogique sur l’agriculture auprès du public.
• Inscrire les missions de prévention du mal-être et du suicide dans la nouvelle convention d’objectifs et de gestion de la MSA.
• Financer les associations locales qui s’inscrivent dans un projet coordonné.
• Assurer le financement des dispositifs d‘accompagnement (audit global de l’exploitation, aides à la relance des exploitations, aide à la reconversion professionnelle, programme pour l’accompagnement à l’installation – transmission en agriculture). Inscrire la mesure d’aide au répit dans les actions à conduire au titre de la nouvelle convention d’objectifs et de gestion de la MSA. Réviser les conditions de financement du service de remplacement en cas d’épuisement professionnel.
• Mobiliser les organismes de formation professionnelle des agriculteurs (Vivea) et des salariés des organisations professionnelles (Ocapiat) sur les thèmes de la prévention du mal-être et du suicide.