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Viticulture

Vers une nouvelle année noire ?

Le gel a de nouveau sévi la semaine dernière. Les viticulteurs des Coteaux du Giennois sont particulièrement touchés : des dégâts sont à déplorer sur 15 à 50% des superficies de l’appellation.
Par Céline Clément
Vers une nouvelle année noire ?
Avec la grande douceur de ce début de printemps, les premiers bourgeons étaient sortis. Certains ont été touchés par le gel «et la deuxième génération ne portera pas forcément du raisin», explique Emmanuel Charrier.
A Saint-Martin-sur-Nohain, Emmanuel Charrier a l’œil rivé sur l’écran de son téléphone. Non pas pour y guetter un message mais plutôt la météo. Le gel a de nouveau sévi sur ses vignes à trois reprises la semaine dernière. Après une année 2016 épouvantable, pour le viticulteur c’est la menace d’une véritable catastrophe climatique. «Ça va être catastrophique si ça se reproduit. Nos vins sont de bonne qualité, on commençait à se faire un nom, on arrivait à fidéliser une clientèle et le manque de produits va vraiment nous pénaliser». Comme bon nombre de ses collègues vignerons, Emmanuel a dû puiser l’an dernier dans ses réserves pour fournir les clients. Des réserves qu’il avaient constituées grâce aux deux bonnes récoltes 2014 et 2015. Mais cette année, la situation est grave. Si les pertes sont aussi considérables, les réserves, elles, seront à sec. «J’avais des réserves l’an dernier mais là je suis en rupture de rouge». Sur sept hectares Emmanuel Charrier produit en moyenne quelque 65 hl à l’année, dont 40 hl sont revendus en bouteille, le reste en négoce. L’an dernier, le vigneron, qui est aussi président de l’Interprofession des vins du Centre, n’a récolté que 15 hl en rouge et 20 hL en blanc, sur les appellations Coteaux du Giennois et Pouilly Fumé. Comme bon nombre de ses collègues, il se retrouve aussi démuni cette année bien qu’il refuse de rester chez lui les bras croisés.

Bottes de paille et canon chauffant
Sa réponse face au gel : des bottes de paille qu’il fait brûler afin de créer un écran protecteur au dessus des parcelles. Et un canon chauffant, dont le rayon d’action de 60 m et la température de 90°, pourront, espère-t-il, protéger ses vignes des températures négatives. Il voulait se munir de bougies chauffantes mais celles-ci étaient en rupture de stock. «Je ne sais pas si tout cela va porter ses fruits mais il est hors de question pour moi de rester à la maison à faire brûler des cierges. Faire du vin cette année pour moi, c’est vital». Vital... Emmanuel Charrier s’est installé il y a seulement cinq ans. Une première année blanche, deux bonnes récoltes et voilà le gel qui sévit. Sur ces parcelles, il évalue déjà à 40% les pertes possibles. Et c’est sans  compter les possibles retours de gel, qui additionnés à l’humidité, seraient catastrophiques. «Si ça continue, je vais perdre des clients alors que je me développais à l’export depuis trois ans. Et il n’est pas exclu que je mette la clef sous la porte». Alarmiste ? Pas tant que cela. Les Coteaux du Giennois restent une petite appellation, dont la notoriété n’est pas suffisamment développée pour se prémunir de tels aléas. Les vignerons espèrent encore une aide des Pouvoirs publics, pourquoi pas de l’Interprofession des Vins du Centre. En attendant, Emmanuel Charrier devrait de nouveau mettre son réveil à 2h du matin dès ce soir, pour faire brûler des bottes de paille si les températures descendent en dessous de 0.