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Agroforesterie

Une vitrine et un laboratoirepour les Pépinières Naudet

L’entreprise côte-d’orienne va inaugurer en septembre un pôle agroforestier qui va lui permettre de montrer son savoir-faire, mais aussi de tester des solutions techniques. Un outil polyvalent dédié à l’accompagnement d’agriculteurs porteurs de projets dans ce domaine en croissance.
Par B.Robert
Une vitrine et un laboratoirepour les Pépinières Naudet
Sur les parcelles dont dispose Naudet, un large éventail de solutions techniques d’agroforesterie a été mis en place.
Le 22 septembre prochain, les Pépinières Naudet, dont le siège est situé à Leuglay, dans le nord de la Côte-d’Or, inaugureront leur pôle agroforestier. Il s’agit d’une structure qui tient à la fois de la vitrine du savoir-faire de l’entreprise et du laboratoire à ciel ouvert, permettant de mieux comprendre les opportunités multiples offertes par la pratique de l’agroforesterie, et de faire monter l’entreprise, de plus en plus sollicitée sur ces questions, en compétences. Naudet développe en effet depuis plusieurs années une activité de conseil en agroforesterie à laquelle il manquait encore un outil démonstrateur digne de ce nom. Désormais, cette lacune est comblée. La société accompagne un nombre croissant d’agriculteurs dans la conception et la réalisation de leurs projets agroforestiers, en apportant du conseil technique mais aussi de la recherche de financements (publics ou privés). Sur ces questions, elle travaille également pour des collectivités ou des associations. Nouveau regard Si Naudet a, en grande partie, bâti sa réputation sur les activités de reboisement, les mutations à la fois climatiques et économiques l’ont amené à considérer de possibles nouvelles orientations de certains de ses métiers. L’agroforesterie est un pilier de cette évolution, même si elle ne constitue pas une nouveauté pour l’entreprise. Ce qui est nouveau, c’est le regard que posent de plus en plus d’exploitants agricoles sur une pratique à la fois vertueuse en termes environnementaux et porteuse sur le plan de la diversification des revenus. Elle permet, par exemple, de produire du bois d’oeuvre, du bois énergie, mais aussi des fruits, des truffes, de développer de l’apiculture, de valoriser des parcelles au relief compliqué... « L’objectif, précise Isabelle Jounot, ingénieure conseil en agroforesterie au sein des Pépinières Naudet, c’est de déployer une expertise sur des plantations de haies périphériques en bordure de champs, sur des vergers maraîchers, des brise-vent, de l’alignement intra-parcellaire, sur des grandes cultures, voire même, en élevage, sur des parcours de volailles ou de porcs. L’agroforesterie devient, dans ces cas-là, un élément favorisant le bien-être animal en apportant de l’ombre... » Ces dernières années, l’entreprise s’est ainsi constituée un « catalogue » de réalisations qui confortent sa crédibilité sur ces questions. Mise en place de suivis Frédéric Naudet, son dirigeant, disposait de 50 hectares (anciennes pépinières et jachères) répartis sur les communes de Leuglay et celle, voisine, de Voulaines-les-Templiers. C’est sur cette surface, entièrement en cours de conversion bio, qu’a été conçu, en 2019, le projet agroforestier qui se concrétise aujourd’hui. Le site pilote qui sera inauguré le 22 septembre, se revendique comme une vitrine des différents systèmes agroforestiers. Il est complété par un exemple de réaménagement de mare et un projet truffier. « Il est important de noter que, sur ces 50 hectares, nous avons mis en place des suivis en matière de biodiversité, d’agronomie et de vie microbienne du sol, ajoute Isabelle Jounot, notamment concernant les rendements sur les cultures (orges de printemps et d’hiver, luzerne) qui cohabitent avec les différentes plantations auxquelles nous avons procédé. Nous sommes aidés en cela par la Chambre d’agriculture et nous avons aussi un partenariat avec le Conseil départemental de la Côte-d’Or. La question de l’impact des plantations sur les cultures revient très souvent chez les agriculteurs qui nous sollicitent... » Ces suivis s’inscrivent dans le long terme, les premiers arbres ayant été plantés à l’automne dernier. Chaque année, il sera ainsi possible de mesurer de manière fine les relations et les éventuels impacts, positifs ou négatifs, des plantations d’arbres ou de haies sur les cultures. Des protocoles de suivi seront aussi instaurés pour les auxiliaires de cultures (par exemple des coccinelles abritées dans les haies qui pourront faire office de prédateurs sur les insectes ravageurs de cultures). Par ailleurs, les arbres peuvent contribuer à enrichir les sols grâce à la matière organique générée par la chute de leurs feuilles. Large panel de réalisations Un champ d’expérimentation autant qu’une vitrine du savoir-faire maison : c’est cela que Naudet va pouvoir proposer à ses clients. « Cette plateforme est une réponse au fait que nous étions souvent sollicités par des porteurs de projets désireux de découvrir, concrètement, des exemples d’agroforesterie, souligne Thierry Quenesson, directeur de Naudet Reboisement et Naudet Espaces Verts. Jusqu’à présent, la seule solution, c’était de les emmener chez des clients pour qui nous avions oeuvré. Désormais, nous disposons de notre propre démonstrateur sur lequel nous pouvons accueillir du monde à tout moment ». Sur un périmètre relativement restreint, le panel de réalisations à découvrir est très large et le choix a été fait de ne planter que des essences locales. « Lorsqu’un agriculteur vient nous voir avec l’idée de faire de l’agroforesterie, poursuit-il, nous voulons d’abord comprendre précisément quels sont ses besoins puis nous définissons avec lui des objectifs. S’il cherche à diversifier ses revenus, à améliorer le paysage, à briser le vent, les solutions ne seront pas les mêmes. Il peut aussi chercher à faire un peu tout cela à la fois. Il est donc nécessaire pour nous de développer une approche très globale de ses besoins, de ses attentes et du contexte dans lequel il évolue, que ce soit en bio ou en conventionnel ». Le site pilote a bénéficié, pour sa réalisation, de financements du Conseil départemental de la Côte-d’Or et du Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté. « Nous ne sommes pas des agriculteurs, poursuit Thierry Quenesson, mais pour ce projet, nous devons agir en agriculteurs et donc calculer les coûts et les bénéfices. Nous devons démontrer que l’agroforesterie a un intérêt financier et environnemental. Nous avons chiffré le temps passé sur chacune des opérations nécessaires à l’entretien des plantations. Nous prenons en compte les contraintes de travail des exploitants afin d’adapter les aménagements agroforestiers ». Autre but poursuivi par Naudet : s’appuyer sur son site pilote pour délivrer des formations en matière de taille d’arbres, d’élagage, d’entretien d’alignements intra-parcellaire... C’est donc d’un outil polyvalent et surtout évolutif dont va pouvoir disposer l’entreprise côte-d’orienne, au service de pratiques culturales qui ont le vent en poupe.

Le pôle en chiffres

Le pôle agroforestier des Pépinières Naudet s’étale sur 50 hectares et s’articule selon 9 sites différents situés dans un rayon de 2 kilomètres. Près de 22 000 arbres et arbustes ont été plantés. Le site présente près de 5 km de haies et plus de 5 km d’alignements intra-parcellaire. L’investissement est de 220 000 euros, réalisé avec le concours financier de la Région Bourgogne Franche-Comté, du département de la Côte-d’Or, de l’Europe via le Fonds européen de développement régional (Feder), et de partenaires privés (Pur Projet, Naturalis, Bonar, Novagreen, Faguo et Tree Nation).