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Agropôle du Marault

Une vente aux enchères réussie

La vente aux enchères de la station «taureaux conseillés sur génisses», organisée par le Herd Book Charolais à l’agropôle du Marault, a battu le plein jeudi 25 janvier et attiré de nombreux éleveurs. 39 animaux ont été présentés à la vente et 70% de veaux ont été vendus aux enchères. La moyenne des enchères s’est élevée à 3384 euros, soit plus qu’en 2017. Terres de Bourgogne est allé à la rencontre des éleveurs Nivernais.
Par Propos recueillis par Céline Clément
Une vente aux enchères réussie
Du haut de ses 65 ans, Maurice Cloix est un passionné de la première heure. S’il a délégué l’essentiel de son activité à son beau-fils Dominique Compot, il n’en reste pas moins un mordu de génétique, toujours actif et dynamique.
«Nous élevons à Thianges des bovins destinés à la viande mais aussi à la reproduction. J’ai 110 mères au total. Ma spécialité, c’est l’engraissement des taurillons et des vaches. Toutes nos bêtes sont engraissées. Au départ mon cheptel n’était pas inscrit mais je suis un passionné, j’ai commencé l’insémination en 1991 sur les femelles, pour régler les problèmes de vêlage. J’ai également inscrit mon cheptel au Herd Book Charolais. Et j’ai fait un CTE, à l’époque on nous encourageait à produire moins mais à faire de la qualité. On arrive aujourd’hui à vendre plus d’un tiers des mâles en reproducteurs. Moi c’est la génétique qui me passionne. Je travaille avec le génotypage, le gène sans corne, les facilités de naissance, le potentiel de croissance. Avec l’insémination artificielle, j’ai obtenu 100% de réussite. Il faut cibler les souches laitières les plus productives, l’aptitude au vêlage, la facilité de naissance. Il faut sélectionner le gène sans corne, c’est l’avenir et cela fait du travail en moins. Et il faut travailler les accouplements. On met des veaux en station, au Marault, à Pouilly-en-Auxois et Challuy pour se faire connaître. Je ne fais pas partie des agriculteurs pessimistes. J’étais heureux de mon métier et j’ai toujours concilié ma vie professionnelle et personnelle. J’ai eu quatre enfants, j’ai vécu. L’objectif c’est aussi de gagner sa vie et pour ça il faut faire de la qualité et toujours chercher à s’améliorer. Il faut communiquer aussi, ne pas avoir peur d’ouvrir les portes de son exploitation, c’est un argument de vente. Nous organisons régulièrement des portes ouvertes à la rentrée de septembre.
Ma plus grande fierté d’éleveur ? C’est la naissance de mon taureau Artois en 2005. Il a battu des records. Avec plus de 120 000 doses vendues dans le monde entier, c’est un taureau à la descendance exceptionnelle. Pour un éleveur c’est la cerise sur le gâteau, la récompense de toute une carrière. J’ai d’ailleurs été récompensé l’an dernier au Salon de l’Agriculture».

A 61 ans, Georges Lapalu dirige l’exploitation du lycée agricole de Challuy
«Je fais de la sélection sur le troupeau bovins/charolais et je participe en mettant des veaux dans des stations d’évaluation. L’avantage c’est que cela permet de se comparer à d’autres éleveurs. Les veaux sont élevés pendant cinq ans dans les mêmes conditions et aujourd’hui ils expriment tout leur potentiel génétique. La sélection des veaux se fait essentiellement sur du vêlage facile. Pour moi, c’est un outil qui sert de base de sélection pour mon cheptel. A Challuy, on a 80 vaches charolaises. L’objectif est aussi pédagogique : c’est de montrer aux jeunes cette méthode de sélection, une méthode efficace qui permet de procéder à la sélection des femelles. Celle-ci se fait sur les capacités de vêlage, l’aptitude à la production laitière, l’harmonie de l’animal (la corrélation entre développement musculaire et génétique). On ne peut pas progresser si on ne fait pas de sélection. Aujourd’hui on a des outils qui nous le permettent. Grâce à la génomique, on connaît le potentiel génétique des veaux. Pour moi la génétique entre dans le cadre d’une recherche de perfection, d’amélioration de son revenu en fin de campagne. Aujourd’hui en période de crise, la sélection est un levier économique que les éleveurs ont à leur disposition et ne doivent pas négliger».

Sébastien Cluzel, secrétaire général du Herd Book Charolais
«L’intérêt aujourd’hui c’est de parfaire la facilité de naissance en charolais. Aujourd’hui on va dans le bon sens. Il y a un réel attrait des éleveurs, une vraie demande, d’où l’idée de se spécialiser dans le vêlage facile. Les animaux sont sélectionnés sur leur ascendance et leur aptitude à donner de petits veaux. En terme de revenus, aujourd’hui les trésoreries sont tendues et assurer des vêlages sans frais vétérinaires ni assistance, c’est un vrai poste intéressant. Cela correspond aussi à la demande des éleveurs de s’adapter davantage à la société.
Aujourd’hui les agriculteurs veulent se dégager du temps personnel, les jeunes générations ne sont plus prêtes à passer toutes leurs nuits dans la stabule. La vente aux enchères d’aujourd’hui est pour nous un événement important, puisqu’elle permet de valoriser le travail fait par la station tout au long de l’hiver et de comparer des animaux qui ont été traités de la même manière. C’est l’aboutissement d’un long cheminement».