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Association d’aide au monde rural 58

Une structure par des agridif et pour des agridif

Ils se sont connus en novembre dernier, lors d’une réunion à la DDT, où l’apport de trésorerie remboursable (ATR) leur a été refusé. Tous, agriculteurs en difficulté ayant eu des procédures d’observation ou des plans de continuation, ont décidé de se constituer en association. Et d’inviter ceux de leurs collègues qui, traversant une mauvaise passe, ne doivent «pas avoir honte de demander de l’aide».
Par Emmanuel Coulombeix
Une structure par des agridif et pour des agridif
Une partie des membres du bureau de la nouvelle Association d’aide au monde rural de la Nièvre (AMR 58).
«L’objectif est d’éviter à des collègues de connaître l’enfer que nous avons vécus et d’en arriver à des solutions extrêmes  !» Sandrine Richard est l’ardente secrétaire de la nouvelle association, l’AMR58, conçue comme une structure «asyndicale et apolitique» et «où tous ceux qui le souhaitent sont les bienvenus». Exploitante agricole, avec son mari Christophe, à Saint-Jean-aux-Amognes, la mère de famille a traversé depuis 2008 des épreuves professionnelles dures et éprouvantes, à la suite «d’une erreur de la banque».
Depuis cinq ans, l’entreprise a obtenu un plan de redressement et a changé d’établissement financier, après que le préfet de la Nièvre soit intervenu auprès de la Banque de France pour mettre en place une médiation. «Nous avons haussé le ton et menacé d’arrêter l’exploitation, ça n’a plu ni à la DDT ni à la MSA» explique celle qui s’est entourée d’un avocat de Bourges spécialisé dans les procédures collectives.
La ferme suit son cours, désormais, mais l’année 2015 et la succession d’aléas l’a fragilisée, comme bon nombre de ses égales. Et en novembre, une réunion à la DDT a tenté d’expliquer aux exploitants, ainsi qu’à 17 de leurs homologues nivernais, pourquoi ils ne pouvaient pas toucher l’Apport de trésorerie remboursable (ATR), «au prétexte d’une loi très contestable juridiquement sur les minimis en agriculture». La dizaine d’agriculteurs présents, tous ayant connu des difficultés financières ayant entraîné des procédures de sauvegarde, ont donc promis de se revoir et d’affronter ensemble un contexte difficile.

Ouverture aux artisans et commerçants
L’idée d’une association d’aide au monde rural est née très vite. «Tout le monde peut connaître des hauts et des bas dans son métier agricole et nous disons que ce n’est pas une honte. Ce n’est pas une faiblesse de demander de l’aide. Il faut juste dépasser tous ces sentiments néfastes pour aller de l’avant et accepter l’aide qu’on peut nous apporter» dit Sandrine Richard.
Quitte à la solliciter fermement auprès des instances en question. «Pour les agriculteurs, cela nécessite du courage mais il ne faut pas hésiter à téléphoner à l’association pour sortir de l’impasse de la solitude». La responsable cite l’exemple d’un cas de suicide récent dont elle a eu connaissance à quelques kilomètres et dont elle pense que c’est cette extrémité qui constitue «le réel échec».
Aujourd’hui, les tracts sont prêts. Le bureau a été constitué, présidé par Christophe Guérin, éleveur à Saint-Sulpice, et l’AMR58 s’est entourée de quatre juristes qui ont accepté de devenir partenaires. Trois avocats et un conciliateur de justice, de la Nièvre et du Cher, et qui accompagnaient déjà l’un ou l’autre des membres de l’association, prêtent main forte à la nouvelle association. «Ensemble, on est plus fort et la tentation de certaines insititutions de faire pression avec des méthodes sauvages est moins grande» souligne Christophe Richard.
Ouverte à tous, l’AMR58 souhaiterait installer un bureau permanent à Nevers, où siègent tous les organismes». Peut-être aussi une antenne au marché au cadran de Moulins-Engilbert, pour être au plus près des éleveurs, selon l’un des membres... Une réunion de présentation et d’accueil aura lieu à la mairie de Saint-Jean-aux-Amognes le 13 février à 15h.
«Elle sera ouverte à tous, librement, agriculteurs en difficulté mais aussi artisans et commerçants qui traversent une mauvaise passe» précise Sandrine Richard. «Maintenant que le bureau est constitué, il y aura peut-être moins de freins pour que les personnes qui en ont besoin se rapprochent de l’association, sans avoir à y prendre des responsabilités» estime Christophe Guérin.