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Fenaison en commun

Une solution pour optimiser les outils et réduire les coûts des foins

La fenaison en commun a fait l’objet de la deuxième partie de l’assemblée générale de le Fédération Cuma Bourgogne la semaine dernière. L’exemple nivernais de la CUMA de la Chaussade a été mis en avant. Terres de Bourgogne a rencontré Vincent Pommery qui fait partie du groupe des 4 adhérents de la Cuma qui s’adonnent à cette activité spécifique. Un bel exemple d’anticipation et d’optimisation technico-économique.
Par Emmanuel Coulombeix
Une solution pour optimiser les outils  et réduire les coûts des foins
Vincent Pommery devant le tracteur de la Cuma Terr'eau et la presse de la Cuma de la Chaussade.
Le groupe des pratiquants de la fenaison en commun, au sein de la Cuma, s’est structuré avec le temps. De 6 exploitants au début, dans les années 1990, ils sont passés à 4 aujourd’hui, au gré des départs en retraite et des difficultés économiques de certains d’entre eux. Au départ, chacun avait de son côté un matériel [I]«vieillissant»[i]: presses à bottes rondes, faucheuses, faneuses, andaineurs... De son côté, Vincent Pommery, à la même époque, avait acquis une presse à bottes carrées et faisait de la prestation de paille pour ses voisins. Et quand le problème du renouvellement du matériel s’est posé, [I]«nous avons posé en commun une réflexion, notamment en vue d’acheter une presse plus conséquente, une fois et demie plus grosse que la précédente»[i] se rappelle aujourd’hui le naisseur-engraisseur de Parigny-les-Vaux. [I]«L’investissement n’était pas le même mais, en travaillant ensemble, cela se raisonnait. On commençait à mettre à plat les contraintes d’organisation et de rationnalisation. La presse devait tourner sur 30 à 40 ha par jour et les adhérents devaient être prêts. Nous posions même les bases pour faire le foin dans la journée et la paille, la nuit»[i]. Ainsi était née la démarche de la fenaison en commun. En 2004, la Cuma de la Chaussade achète une faucheuse de 4m traînée, puis les adhérents mettent en commun un andaineur de 6,50m latéral à double retors, puis c’est l’achat de deux plateaux pour le transport et, entre temps, la mise en commun d’une faneuse. Enfin, en 2010, le groupe investit de nouveau dans une faucheuse plus grosse (5m) et un andaineur de 8,20m latéral. [I]«L’objectif n’était pas de faire de plus gros andains mais que la presse tourne à pleine capacité»[i] souligne Vincent Pommery, grâce aux allers-retours qui optimisent le travail.

[INTER]Moins de 45 euros/t de matière sèche[inter]
[I]«Aujourd’hui, grâce à ce système, nous réalisons en moyenne 9 500 bottes par an depuis trois ans, qui proviennent de 400 ha de foin (en moyenne) mais aussi pour l’enrubannage ou le foin issu de la pâture déprimée, soit 3500 bottes de foin et le reste en paille d’orge ou de blé. Le tout s’étale du 15 juin au 1er juillet. On réserve l’enrubannage pour la période humide»[i] explique Vincent Pommery. Le tracteur aussi est un modèle d’optimisation économique puisqu’appartenant à la Cuma Terr’eau, dont la Cuma de la Chaussade est une des initiatrices, il est mis à disposition du groupe du 15 juin au 15 août [I]«pour un coût de 21 euros/h au lieu de 30 si on était tout seul chacun dans notre coin»[i]. [I]«Dans notre raisonnement, on déclenche la fauche en concertation. On localise sur un secteur à chaque fois, sachant que notre rayon d’action s’étend sur 15 km. On essaie de faire 25-30 ha/jour, en évitant que la presse ne passe d’un secteur à l’autre pendant les heures de potentiel de récolte, tôt le matin ou tard le soir. On fait en sorte que nos journées soient pleines. On évite de se déplacer pour les petits chantiers»[i]. L’engagement moral qui a été pris entre les adhérents, c’est qu’en cas de perte, [I]«nous répartissons les pertes. Mais nous n’en avons jamais eu besoin et nous n’avons aucune crainte sur la réalisation de la récolte ou la qualité du foin»[i]. Vincent Pommery insiste sur les deux grandes qualités du projet de fenaison en commun: [I]«une certaine sérénité par rapport à la réalisation des chantiers et la solidarité qui, en cas de souci de santé ou de finances de l’un des membres, permet de lisser les difficultés. Dans le contexte, c’est appréciable !»[i] [I]«On cumule tout plein de petites choses qui rendent le travail global moins coûteux pour nous tous»[i]. Les chiffres de la Fédération Cuma Bourgogne sont limpides: en moyenne, cela revient à 45 euros/t de matière sèche, voire moins, alors que d’autres projets de ce type annoncent 60 euros/t. [I]«Mais cet autre groupe de Côte d’Or ne réalise que 200 ha, moitié moins que nous»[i] compare l’agriculteur de Parigny. Quant au chiffre d’affaires du groupe fauche, il représente 25% du CA total de la Cuma de la Chaussade. Et le carnet d’enregistrement des chantiers, qui totalise la comptabilité des temps de transport, la durée des chantiers, le carnet d’entretien et les volumes de gasoil, ne ment pas: [I]«en passant de 0,8l à 0,5l de fuel en quinze ans, nous avons fait une économie de 2 700l pour 9 000 bottes»[i].

[INTER]«Faire durer le matériel»[inter]
Côté organisation, le groupe réalise trois bilans, au cours de la saison. [I]«Un premier début mai avant de démarrer la campagne, pour planifier les surfaces et le mode de récolte. Chacun donne ses priorités en fonction de l’avancement de la végétation et de son besoin de retrouver de la surface pour les bovins; un deuxième à mi-saison, quand tout le monde est à 50% de récolte, sachant que certains ont 13 ha, d’autres 140 ha et qu’ils n’ont pas les mêmes exigences; enfin un troisième en fin de campagne qui permet de tirer le bilan comptable: nombre de bottes, prix à la botte avec une variation de plus ou moins 20% d’un adhérent à l’autre selon le parcellaire et la quantité à l’ha. Faucher pour 2 ou 5 t, ce n’est pas le même coût»[i]. Le groupe, par ailleurs, utilise les services de chauffeurs polyvalents, toujours dans l’optique d’optimiser le travail et de le rendre moins dépendant des impondérables. Le groupe fait ainsi appel à un Groupement d’employeurs, dont chacun des membres du groupe est aussi adhérent. Même si les incertitudes demeurent sur la conjoncture, l’évolution du groupe, la recherche de nouvelles synergies, les adhérents envisagent l’avenir avec fluidité. La démarche se veut entrepreneuriale et donc ouverte aux adaptations permanentes. [I]«Aujourd’hui, on veut faire durer le matériel car techniquement, on est à notre optimum»[i] témoigne Vincent Pommery. [I]«Et cela nous permet de donner un cap, en moyens et en temps, ce qui permet à chacun de dégager du temps pour autre chose... ou pour rien »[i]. L’éleveur préfère parfois se consacrer au troupeau de son EARL. Et de se réjouir: [I]« les vaches, on ne peut pas faire sans, mais le matériel, on peut essayer de le diviser !»[i]