Grippe aviaire
Une situation compliquée
Le confinement des volailles, pour éviter le risque d’une contamination des animaux par le virus de la grippe aviaire emmené par les oiseaux migrateurs, pose des problèmes techniques difficiles à résoudre dans l’urgence. Exemples dans plusieurs départements de Bourgogne Franche-Comté, alors que des premiers cas ont été détectés en France, en Corse et dans les Yvelines.
Dans un décret paru au Journal officiel du 5 novembre, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a placé 45 départements en « risque élevé » à la grippe aviaire H5N8. En Bourgogne Franche-Comté, le Jura, la Haute-Saône, la Côte-d’Or et la Saône-et-Loire sont sur la liste. Cet arrêté oblige les producteurs à confiner leurs volailles ou à poser des filets de protection. Cette influenza aviaire, qui se transmet notamment par l’intermédiaire des oiseaux migrateurs, a été détectée en Russie et au Kazakhstan en juillet. Elle n’a cessé de s’étendre à l’ouest du foyer primaire. Des cas ont été confirmés aux Pays-Bas le 21 octobre, le 3 novembre au Royaume-Uni et le 14 novembre en Belgique. « La présence du virus dans la faune sauvage non loin de la frontière française, dans un couloir migratoire qui traverse le territoire national, justifie l'élévation du niveau de risque et les mesures de prévention », indique l’arrêté.
Dilemne pour le bio ou les labels
Parmi les départements concernés, figurent ceux qui produisent du foie gras comme les Landes et le Gers. Ils avaient été durement touchés lors des hivers 2015-2016 et 2016-2017, entraînant l’abattage de milliers de volailles et coûtant des millions d’euros aux producteurs. Par ailleurs, les rassemblements de volailles vivantes sont interdits, en particulier sur les marchés, de même que les lâchers de gibiers à plume par les chasseurs. Les éleveurs de volailles en agriculture biologique ou dans des labels qui spécifient l’engagement d’un accès à des parcours de plein air sont donc confrontés à un dilemme : faut-il appliquer le décret gouvernemental, au risque de perdre son agrément ? « Pour l’instant, il n’y a pas de dérogation permise au cahier des charges bio, souligne Olivier Hézard, aviculteur à Villers Bouton, en Haute-Saône. Nous prévoyons de nous équiper en filets pour réaliser ce que nos voisins suisses appellent « des jardins d’hiver », c’est-à-dire des parcours couverts où les poulets ont accès, mais ce n’est pas simple d’en trouver, car tous les producteurs concernés se sont rués sur les stocks, et à l’heure actuelle notre fournisseur est incapable de nous donner un délai de livraison ! Il ne s’agit pas non plus d’acheter n’importe quoi dans l’urgence : un filet brise-vent qui ne résisterait pas à la première chute de neige un peu humide : on veut un produit bien particulier, à grosses mailles. C’est un investissement important, qui va nous compliquer le travail par la suite car nous utilisons des poulaillers mobiles… »
Contraintes et normes habituelles
Bénédicte Guery, éleveuse de poulets de chair en bio sur les hauteurs de Colombotte, dans le même département, avec deux poulaillers de 1 300 places chacun, prévoit elle aussi d’installer des filets pour aménager des parcours extérieurs à ses volailles, pour être en conformité avec le décret gouvernemental. « Nos poulets sont abattus à 81 jours, et je ne conçois pas de les garder enfermés pendant tout ce temps. Non seulement ce n’est pas autorisé par le cahier des charges de l’agriculture biologique, mais ça va à l’encontre de notre philosophie ! L’accès à l’extérieur, à la lumière, c’est bon pour la santé des poulets, pour le confort animal. C’est aussi ce que nos clients attendent. » Elle espère que l’alerte sanitaire sera levée rapidement. « On va recevoir un nouveau lot de poussins très prochainement. Selon l’évolution de la situation, on ne sera peut-être pas impactés… mais on se prépare quand même » conclut-elle. En Côte-d'Or, Philippe Plançon, du Gaec du Pontot, au sud de Dijon, aborde cette nouvelle contrainte avec philosophie : « On fonctionne déjà toute l'année avec les mesures de bio sécurité, donc on a un peu l'habitude. Face à ce risque de grippe aviaire et en conformité avec les demandes gouvernementales, on confine nos poules. Nous n'avons pas le choix puisque nous n'avons pas de filets sur nos parcs. Je pense d'ailleurs que le confinement est la meilleure solution, parce que le filet ne protège pas contre les fientes d'oiseaux qui pourraient être porteurs du virus. » Cet éleveur n'ouvre donc plus les trappes pour que les poules sortent dans les parcs, jusqu'à ce que les sorties soient autorisées de nouveaux, avec l'espoir que cela ne dure pas trop longtemps. « Le risque, poursuit-il, par rapport à des animaux qui sont habitués à sortir, c'est que les poules ont tendance à s'agglutiner devant les trappes. Dans certains cas, cela peut entraîner des étouffements. Pour l'instant nous n'avons pas eu de soucis particuliers sur ce point mais on fait attention. Dans notre cas, les poules ne sont pas hyper-concentrées. Nous en avons 16 000 sur trois bâtiments. On s'adapte même si ce n'est pas une situation idéale pour nous qui faisons du plein air. On avait déjà été confronté à des contraintes de ce type en 2017... En tout, on en est déjà au troisième ou quatrième épisode de confinement. La première fois on s'est posé des questions mais on en est arrivé à la conclusion qu'il faut vraiment appliquer et respecter scrupuleusement ces consignes. On sait que c'est pour les canards que les risques sont les plus importants. Il n'y a jamais eu de cas dans le secteur, mais personne ne peut être sûr que ça n'arrivera jamais. »
Pas de débat face à la menace
En ce qui les concerne, ces producteurs savent très bien que, économiquement, si la grippe aviaire leur tombe dessus, ils sont morts, « surtout dans un système de vente directe comme le notre, donc, il n'y a pas de débat : on confine ! On respecte déjà depuis longtemps les mesures de bio-sécurité, lorsqu'on pénètre dans les bâtiments. Tout cela n'entraîne pas pour nous de grand changement en termes d'organisation. Les camions qui viennent nous livrer de l'aliment désinfectent leurs roues, nous avons de nombreux protocoles de désinfection qui sont déjà appliqués tout au long de l'année. » Pour Julie Cadiou, dans la Nièvre, ce confinement est au contraire une première, mais qui ne la prend pas de court pour autant : « avec les normes sanitaires qui s'appliquent à mon élevage, la situation actuelle ne change rien. La seule différence c'est que les poules ne sortent pas. J'ai quatre bâtiments de 500 poulets chacun. J'ai « desserré » : ils sont moins nombreux dans les bâtiments. Pour moi, cette situation est une première parce que mon installation est récente. Dans le passé, à la suite des premiers cas de grippe aviaire, des systèmes de bio-sécurité avaient dû être mis en place. Moi, lorsque je me suis installée, cet aspect a été pris en compte tout de suite, je n'ai pas eu besoin de m'adapter, je fonctionne déjà selon ces normes.»
Dilemne pour le bio ou les labels
Parmi les départements concernés, figurent ceux qui produisent du foie gras comme les Landes et le Gers. Ils avaient été durement touchés lors des hivers 2015-2016 et 2016-2017, entraînant l’abattage de milliers de volailles et coûtant des millions d’euros aux producteurs. Par ailleurs, les rassemblements de volailles vivantes sont interdits, en particulier sur les marchés, de même que les lâchers de gibiers à plume par les chasseurs. Les éleveurs de volailles en agriculture biologique ou dans des labels qui spécifient l’engagement d’un accès à des parcours de plein air sont donc confrontés à un dilemme : faut-il appliquer le décret gouvernemental, au risque de perdre son agrément ? « Pour l’instant, il n’y a pas de dérogation permise au cahier des charges bio, souligne Olivier Hézard, aviculteur à Villers Bouton, en Haute-Saône. Nous prévoyons de nous équiper en filets pour réaliser ce que nos voisins suisses appellent « des jardins d’hiver », c’est-à-dire des parcours couverts où les poulets ont accès, mais ce n’est pas simple d’en trouver, car tous les producteurs concernés se sont rués sur les stocks, et à l’heure actuelle notre fournisseur est incapable de nous donner un délai de livraison ! Il ne s’agit pas non plus d’acheter n’importe quoi dans l’urgence : un filet brise-vent qui ne résisterait pas à la première chute de neige un peu humide : on veut un produit bien particulier, à grosses mailles. C’est un investissement important, qui va nous compliquer le travail par la suite car nous utilisons des poulaillers mobiles… »
Contraintes et normes habituelles
Bénédicte Guery, éleveuse de poulets de chair en bio sur les hauteurs de Colombotte, dans le même département, avec deux poulaillers de 1 300 places chacun, prévoit elle aussi d’installer des filets pour aménager des parcours extérieurs à ses volailles, pour être en conformité avec le décret gouvernemental. « Nos poulets sont abattus à 81 jours, et je ne conçois pas de les garder enfermés pendant tout ce temps. Non seulement ce n’est pas autorisé par le cahier des charges de l’agriculture biologique, mais ça va à l’encontre de notre philosophie ! L’accès à l’extérieur, à la lumière, c’est bon pour la santé des poulets, pour le confort animal. C’est aussi ce que nos clients attendent. » Elle espère que l’alerte sanitaire sera levée rapidement. « On va recevoir un nouveau lot de poussins très prochainement. Selon l’évolution de la situation, on ne sera peut-être pas impactés… mais on se prépare quand même » conclut-elle. En Côte-d'Or, Philippe Plançon, du Gaec du Pontot, au sud de Dijon, aborde cette nouvelle contrainte avec philosophie : « On fonctionne déjà toute l'année avec les mesures de bio sécurité, donc on a un peu l'habitude. Face à ce risque de grippe aviaire et en conformité avec les demandes gouvernementales, on confine nos poules. Nous n'avons pas le choix puisque nous n'avons pas de filets sur nos parcs. Je pense d'ailleurs que le confinement est la meilleure solution, parce que le filet ne protège pas contre les fientes d'oiseaux qui pourraient être porteurs du virus. » Cet éleveur n'ouvre donc plus les trappes pour que les poules sortent dans les parcs, jusqu'à ce que les sorties soient autorisées de nouveaux, avec l'espoir que cela ne dure pas trop longtemps. « Le risque, poursuit-il, par rapport à des animaux qui sont habitués à sortir, c'est que les poules ont tendance à s'agglutiner devant les trappes. Dans certains cas, cela peut entraîner des étouffements. Pour l'instant nous n'avons pas eu de soucis particuliers sur ce point mais on fait attention. Dans notre cas, les poules ne sont pas hyper-concentrées. Nous en avons 16 000 sur trois bâtiments. On s'adapte même si ce n'est pas une situation idéale pour nous qui faisons du plein air. On avait déjà été confronté à des contraintes de ce type en 2017... En tout, on en est déjà au troisième ou quatrième épisode de confinement. La première fois on s'est posé des questions mais on en est arrivé à la conclusion qu'il faut vraiment appliquer et respecter scrupuleusement ces consignes. On sait que c'est pour les canards que les risques sont les plus importants. Il n'y a jamais eu de cas dans le secteur, mais personne ne peut être sûr que ça n'arrivera jamais. »
Pas de débat face à la menace
En ce qui les concerne, ces producteurs savent très bien que, économiquement, si la grippe aviaire leur tombe dessus, ils sont morts, « surtout dans un système de vente directe comme le notre, donc, il n'y a pas de débat : on confine ! On respecte déjà depuis longtemps les mesures de bio-sécurité, lorsqu'on pénètre dans les bâtiments. Tout cela n'entraîne pas pour nous de grand changement en termes d'organisation. Les camions qui viennent nous livrer de l'aliment désinfectent leurs roues, nous avons de nombreux protocoles de désinfection qui sont déjà appliqués tout au long de l'année. » Pour Julie Cadiou, dans la Nièvre, ce confinement est au contraire une première, mais qui ne la prend pas de court pour autant : « avec les normes sanitaires qui s'appliquent à mon élevage, la situation actuelle ne change rien. La seule différence c'est que les poules ne sortent pas. J'ai quatre bâtiments de 500 poulets chacun. J'ai « desserré » : ils sont moins nombreux dans les bâtiments. Pour moi, cette situation est une première parce que mon installation est récente. Dans le passé, à la suite des premiers cas de grippe aviaire, des systèmes de bio-sécurité avaient dû être mis en place. Moi, lorsque je me suis installée, cet aspect a été pris en compte tout de suite, je n'ai pas eu besoin de m'adapter, je fonctionne déjà selon ces normes.»