Accès au contenu
Prélèvement d’eau sur les axes de la Loire et l’Allier

Une interdiction qui passe mal

C’est un courrier du préfet de Bassin qui a mis le feu aux poudres. Cet été, il a en effet informé l’ensemble des préfets de département ligérien de l’interdiction des nouveaux prélèvements ou augmentation de prélèvement sur l’axe Allier/Loire. Une décision unilatérale critiquée sur la forme et sur le fond
Par Fabienne Desseux
Dans un document daté du mois d’août, Nacer Meddah, préfet coordinateur de la région Centre-Val-de-Loire, préfet coordinateur du bassin Loire-Bretagne, informait ses homolgues des départements concernés par les axes réalimentés Loire et Allier, de la mise en application de la disposition 7B-5 du SDAGE. Dans ce courrier, il était ainsi précisé qu’«une augmentation des prélèvements à l’étiage, autres que ceux destinés à l’alimentation en eau potable ou à la sécurité civile, n’est pas envisageable sur les axes Loire et Allier réalimentés. Sont concernés, les prélèvements sur l’Allier à l’aval du Donouzeau, et sur la Loire du barrage de Villerest jusqu’à Ancenis, y compris les nappes d’accompagnement de ces cours d’eau». Rapidement, les échanges se sont fait entre les différents acteurs concernés, Chambre d’agriculture, Adiem ou FDSEA qui ont envoyé une lettre commune il y quinze jours à Joël Mathurin, préfet de la Nièvre. Car pour Didier Guyon, président du Syndicat des agriculteurs irrigants : «avec cette décision, on sort un parapluie disproportionné avec non pas des études mais plutôt des statistiques sur lesquelles on empile des normes. Là, on prévoit pour 2050, pourquoi pas, mais pas de façon aussi brutale sans explication ni concertation».  Des études que certains estiment teintées d’amateurisme.

Onze projets locaux impactés par cette interdiction
En outre, Didier Guyon rappelle quelques chiffres venant du ministère de l’Écologie : «En France, les irrigants pompent en moyenne 1.700 m3 par hectare. En Espagne, cette moyenne est de 4.800 m3 et en Europe elle est de 4.000 m3». Et il ajoute afin de mettre les choses en perspective que dans l’hexagone «11% des volumes sont prélevés par l’irrigation – tout comme l’industrie – 19% par l’eau potable et... 59% par l’énergie. La Loire est un axe réalimenté. Et quand l’État a cédé la gestion des barrages, la profession a signé une charte. On allait payer l’eau plus chère mais avec la certitude d’y avoir accès. Là, avec cette décision, onze projets locaux sont plombés». Et de souligner : «ici on est dans une zone intermédiaire, c’est difficile, on demande aux gens d’assurer des rendements» et il est clair que ce coup d’arrêt aux nouveaux prélèvements a de quoi démoraliser, connaissant les conséquences que ces mesures auraient sur l’agriculture du département, notamment les grandes cultures. D’autant que cette décision ne semblait pas à l’orde du jour, le SDAGE actuel prévoyait en effet une maîtrise de la hausse des prélèvements, et en aucun cas un arrêt pur et simple, comme l’annonce le préfet de bassin. La nouvelle est tombée comme un couperet, imposant une réaction soudée des irrigants.

Le territoire nivernais pénalisé
La lettre commune envoyée à Joël Mathurin est donc signée par Éric Bertrand, président de la Chambre d’agriculture, Didier Guyon et Stéphane Aurousseau, président de la FDSEA. Ils y dénoncent une «façon d’agir très brutale et autoritaire contraire à l’état d’esprit de la SDAGE Loire-Bretagne qui veille à favoriser la concertation» soulignant que «cette année encore le fonctionnement des réservoirs a permis de répondre aux besoins des usagers et des milieux aquatiques. L’urgence de la situation est feinte et n’appelle pas à agir dans la précipitation». Donnant au préfet un certain nombre de détails techniques, les signataires affirment que «l’approche retenue sous-estime les ressources en eau du bassin de la Loire et de l’Allier car l’importance de la nappe alluviale semble mise de côté». Ils ajoutent que «la gestion actuelle des retenues n’exploite pas tout le potentiel de soutien d’étiage. En moyenne depuis sa création, 90 millions de m3 sont mobilisés sur une capacité totale de 280 millions de m3». Les signataires tirent la sonnette d’alarme expliquant qu’«une telle interdiction aura pour conséquence de pénaliser le développement du territoire nivernais dans un contexte de grande fragilité économique». L’appel est donc lancé, reste à savoir s’il sera entendu.